Pierre Bourdieu, in Pour un mouvement social européen,
Le Monde Diplomatique, juin 1999 — Pages 1, 16 et 17, aussi in Contre-feux 2, Raisons d'agir, 2001, p. 13-23

"L'histoire sociale enseigne qu'il n'y a pas de politique sociale sans un mouvement social capable de l'imposer ( et que ce n'est pas le marché, comme on tente de le faire croire aujourd'hui, mais le mouvement social qui a « civilisé » l'économie de marché, tout en contribuant grandement à son efficacité ). En conséquence, la question, pour tous ceux qui veulent réellement opposer une Europe sociale à une Europe des banques et de la monnaie, flanquée d'une Europe policière et pénitentiaire ( déjà très avancée ) et d'une Europe militaire ( conséquence probable de l'intervention au Kosovo ), est de savoir comment mobiliser les forces capables de parvenir à cette fin et à quelles instances demander ce travail de mobilisation. "


dimanche 13 septembre 2009

Savoir/agir n°9, Les salaires de la peur





Sylvain Laurens - Romain Bertrand
Savoir/agir n°9
Éditions du Croquant
ISBN : 978-2-9149-6859-1
Les salaires de la peur


Criminologues de tous poils, experts en « risque terroriste », praticiens de la « géopolitique de la menace islamiste » : le champ politique et médiatique regorge de plus en plus de spécialistes, bardés de titres aussi nombreux que cryptiques, qui s’évertuent à rendre sensibles les multiples « menaces » censées peser sur notre quotidien démocratique. Rattachés à des instituts d’analyse stratégique autoproclamés, alimentant les rapports produits par des think tanks souvent liés aux administrations publiques répressives, ces experts de la peur apparaissent cycliquement, à l’occasion du drame d’un crime ou d’un attentat, sur les plateaux des journaux télévisés et dans les talk-shows. « Tireurs d’alarmes » qui ne résonnent que par leurs soins particuliers, ils sont cependant rarement pris eux-mêmes pour objet d’une réflexion critique sur les conditions de production et de circulation des discours de la menace antidémocratique.
Ce numéro de Savoir/Agir se propose de revenir en détail sur les trajectoires et le rôle joué dans le champ politique par ces acteurs, qui interviennent de façon récurrente dans le débat public au nom de leur connaissance dite spécifique d’un « risque collectif majeur », d’un « enjeu de société préoccupant ». Il passe au crible de l’enquête sociologique les spécialistes de la « sécurité », de la « banlieue », du « terrorisme islamiste », et propose ainsi une réflexion générale sur ceux qui tirent – selon les mots de Marx – un « bénéfice secondaire du crime ». Les contributeurs réunis dans ce numéro montrent, chacun à partir de son travail d’enquête, comment ces acteurs réussissent à faire exister, au sein de l’espace public, le besoin de leurs propres « compétences », et comment ils contribuent ainsi fréquemment à durcir et à consolider des représentations – du caractère « criminogène » des classes populaires ou de la dimension intrinsèquement guerrière de l’islam – pourtant invalidées depuis des décennies déjà par les sciences sociales.

Et les rubriques habituelles : Paroles, La rhétorique réactionnaire, Chronique de la gauche de gauche, Actualité, Europe, Politiques d’ailleurs, Alterindicateurs, Culture.

Aucun commentaire: