Rien n'est plus surprenant pour ceux qui considèrent les affaires humaines avec un oeil philosophique que de voir la facilité avec laquelle la majorité (the many) est gouvernée par la minorité (the few) et d'observer la soumission implicite avec laquelle les hommes révoquent leurs propres sentiments et passions en faveur de leurs dirigeants. Quand nous nous demandons par quels moyens cette chose étonnante est réalisée, nous trouvons que, comme la force est toujours du côté des gouvernés, les gouvernants n'ont rien pour les soutenir que l'opinion. C'est donc sur l'opinion seule que le gouvernement est fondé et cette maxime s'étend aux gouvernements les plus despotiques et les plus militaires aussi bien qu'aux plus libres et aux plus populaires(David Hume in Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, Seuil, Collection Liber, 1997, Points, 2003 P.257, aussi in Sur l'Etat. Cours au Collège de France 1989-1992, Raisons d'agir/Seuil, 2012, p.257-258)
vendredi 31 juillet 2009
4 septembre, intervention de Fabien Nathan, La régulation sociale des risques de catastrophe.
La régulation sociale des risques de catastrophe. Résultats d’une étude dans les quartiers périphériques ouest de la ville de La Paz, Bolivie
Résumé
La thèse de doctorat présentée ici cherche à expliquer les facteurs causaux qui déterminent les catastrophes dites « naturelles » à La Paz (glissements de terrain, coulées de boue, etc.) et tente d'établir le lien entre la perception des habitants et des gestionnaires du risque, la construction historique du risque et la gestion du risque tant au niveau des habitants que de ceux qui sont censés le prendre en charge. Par "régulation sociale", nous entendons la manière dont une société construit (ou produit) et considère les risques auxquels elle est exposée, et comment elle les gère. Autrement dit, on cherche à comprendre et expliquer le processus de production et de gestion des risques (et en particulier, de la vulnérabilité aux aléas mentionnés) par la société considérée, et ce à plusieurs niveaux : du niveau des foyers jusqu’à celui de la ville en passant par les communautés. La thèse s’appuie sur un travail de construction théorique ainsi qu’un terrain de plus de 2 ans dans les bidonvilles de la ville de La Paz peuplés essentiellement d’indigènes Aymara pauvres d’origine rurale et de classes moyennes basses de la ville de La Paz.
(La soutenance de cette thèse est prévue le 11 septembre 2009 à 14h à l’IHEID de Genève)
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lundi 27 juillet 2009
31 juillet, Intervention de Jean-Louis Fabiani sur l'espace second life Pierre Bourdieu un hommage
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Son intervention aura pour titre "La culture, entre légitimisme et diversité: un point de vue sociologique"
Résumé
Depuis le modèle construit par Bourdieu il y a trente ans dans la Distinction, la question de la légitimité culturelle a fait l'objet d'un débat incessant. Doit-on abandonner de modèle puissant d'intelligibilité de la culture au profit d'une vision plus éclatée de la culture où la domination n'est plus le centre du dispositif d'explication. La revendication d'une "culture populaire" n'est-elle pas un piège. Avec quels outils le sociologues doit-il entrer dans le débat ? On tente de répondre, avec des armes empiriques tirées de plusieurs enquêtes sur les publics de la culture.
Jean-Louis Fabiani, directeur d'études à l'EHESS, est l'auteur de plusieurs ouvrages dont:
L'Education populaire et le théâtre. Le public d'Avignon en action, PUG.
Après la culture légitime. Objets publics, autorités, L'Harmattan.
La petite mer des oubliés, Etang de Berre, paradoxe méditerranéen (avec Frank Pourcel) Le Bec en l'air.
Les Philosophes de la République, Minuit.
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dimanche 26 juillet 2009
Qu'est-ce que la critique selon Bourdieu ?
Enseignements de Gérard Mauger, directeur de recherche au CNRS, en 2009-2010
Qu'est-ce que la critique selon Bourdieu ?
* Gérard Mauger, directeur de recherche au CNRS (TH)
S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.
Planning en cours de validation
Sans doute Pierre Bourdieu est-il plus connu en France pour ses prises de position politiques depuis les grèves de l’automne 1995 et les polémiques politico-médiatiques récurrentes qu’elles ont suscitées que pour son œuvre scientifique. Il semble vraisemblable, en effet, que, de la critique du monde social selon Bourdieu, le grand public aura surtout retenu « le Bourdieu politique » au détriment du « Bourdieu savant ».
1. On montrera d’abord qu’en dépit des apparences, « le politique » est indissociable du « savant ».
2. On montrera ensuite que, si la critique inscrite dans l’œuvre de Bourdieu est indissociable d’un « habitus clivé » associé à une trajectoire sociale d’exception.
3. Elle est également inhérente à une conception bachelardienne des sciences sociales (« il n’y a de science que du caché ») qui ne peut manquer de soulever de multiples résistances.
4. Critique, la sociologie telle que la concevait Bourdieu est indissociable d’une pratique réflexive de l’enquête : la vigilance critique s’exerce d’abord sur la pratique de la recherche.
5. Mais si la portée critique donc politique de la sociologie de Bourdieu n’échappe vraisemblablement à personne, on montrera aussi que l’analyse des mécanismes de la violence symbolique – au moins dans une de ses versions – n’incline guère à un optimisme débridé : la critique, telle que l’a pratiquée Bourdieu, désenchante sans doute plus de prime abord qu’elle n’incite au volontarisme.
6. On retracera enfin la réflexion en actes ébauchée par Bourdieu sur l’action politique des intellectuels.
Suivi et validation pour le master : Semestriel
Mentions & spécialités :
* Enquêtes, terrains, théories
(Séminaire de recherche )
* Sociologie
(Séminaire de recherche )
* Histoire
(Séminaire de recherche )
Renseignements : sur rendez-vous.
Niveau requis : destiné aux étudiants de master 1 et 2 et de doctorat de toutes disciplines (notamment sociologie, anthropologie et histoire).
Site web : http://www.master-ett.ens.fr/
Adresse(s) électronique(s) de contact : monique.bidault(at)cse.cnrs.fr
samedi 25 juillet 2009
Malika GOUIRIR, P. Bourdieu et A. Sayad : une rencontre intellectuelle
Publié avec l’aimable autorisation de Malika GOUIRIR
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Malika . GOUIRIR : P. Bourdieu et A. Sayad : une rencontre intellectuelle.
Article paru dans la revue de l’association culturelle berbére, N°54-55, printemps/été 2007, pp.17-20.
Introduction
Ce colloque « La Kabylie de Bourdieu » ne pouvait se tenir sans rendre hommage à son ami Abdelmalek Sayad, le grand sociologue algérien. Cette amitié intellectuelle a commencé à l’Université d’Alger en 1958. Leurs actions et positionnement scientifique lors d’une enquête sur les centres de regroupement les ont rapproché. Leur ascension sociale a eu, pour l’un comme pour l’autre, des conséquences sur les relations à leur groupe d’origine. A travers des objets d’étude, parfois communs, ces deux transfuges sociaux ont contribué à mieux faire comprendre les mécanismes des différentes formes de domination notamment symbolique. Cette présentation se base sur des écrits, notamment sur les hommages rendus par P. Bourdieu après la disparition d’Abdelmalek Sayad en mars 1998, et l’entretien biographique que celui-ci a accordé à Hassan Arfaoui.
Deux moments d’une rencontre intellectuelle
La rencontre à l’université d’Alger
A la fin des années 50, Pierre Bourdieu est un professeur agrégé de philosophie, il accomplit ses obligations militaires au service de presse du gouvernement général. Il a tout le temps de lire et se rendre compte de la réalité algérienne. Pendant cette période, il écrit un livre « Sociologie de l’Algérie » dans la collection « Que sais-je ? » qui donnera la direction à ses futurs travaux sociologiques. Sa rencontre avec l’Algérie passe aussi par la photographie qui lui permet de saisir et d’objectiver ce qu’il voit et que personne ne décrit encore.
Il donne des cours de philosophie à l’Université d’Alger et l’un de ses étudiants s’appelle Abdelmalek Sayad. Ce dernier n’est pas un étudiant comme les autres. Il est plus âgé, déjà instituteur dans un quartier populaire d’Alger, motivé par l’enseignement d’une philosophie pratique, qui pouvait servir à la compréhension de la réalité sociale. Parallèlement à son travail d’enseignant et à ses études, il est engagé dans les mouvements d’indépendance. Ces activités multiples lui permettent de rencontrer des personnes de milieux et de convictions divers. Cet étudiant atypique ne peut pas assister à tous les cours et se sent peu légitime, « on a volé nos études » disait il. A l’Université d’Alger, la situation est particulière, deux clans co-existent, l’un détient le pouvoir intellectuel et envie les facultés parisiennes. L’autre est proche du pouvoir politique. P. Bourdieu occupe une place singulière par ses connaissances et son intérêt pour l’Algérie et les algériens, contrairement à une partie de ses collègues (intérêt attesté par son livre mais aussi par une conférence sur la « culture algérienne »). Très vite, il se sent (socialement et politiquement) plus proche de certains de ses étudiants algériens que des autres enseignants.
L’enquête sociologique sur les centres de regroupement
Ces premiers contacts entre le professeur de philosophie et le disciple se concrétisent par une collaboration scientifique. Les nécessités de la guerre ont amené des jeunes fonctionnaires, recrues de l’INSEE coopérants, plutôt ouverts, désireux de comprendre l’Algérie. Le contexte particulier de cette guerre (qui ne disait pas son nom) tisse objectivement des liens très forts entre ces jeunes gens de milieux et de formations différentes. A la fin des années 50, des articles sont publiés en France et parlent des centres de regroupement en Algérie et de la situation faite aux populations. Pour tenter d’échapper aux critiques, l’armée propose une enquête à l’ARDES, l’Association pour la Recherche Démographique, Economique et Sociale, ce bureau d'études, intégré au service des statistiques de l'Algérie, a pour mission de recenser les besoins du service public.
L’association demande à P. Bourdieu de prendre la direction de cette enquête sur les centres de regroupement. P. Bourdieu propose à A. Sayad de collaborer à ce projet. Enthousiaste, l’ancien étudiant engage des amis proches. P. Bourdieu entraîne toute son équipe (composée d’hommes et de femmes, d’étudiants algériens, d’enquêteurs venus de la France Métropolitaine) dans une immense investigation sur pratiquement tous les domaines (alimentation, logement, travail). La mise en commun des informations recueillies permettra de comprendre un peu mieux l’ampleur des bouleversements liés à la colonisation et la répression militaire. Ce travail établit les conséquences des transformations économiques d’une société coloniale sur les habitus des autochtones et inséparablement sur leurs pratiques sociales quotidiennes (notamment le rapport au travail et leurs rapports à la parenté).
Deux intellectuels attentifs
Lors de ces missions de travail, les deux chercheurs redoublent de vigilance vis-à-vis des conditions de production de savoir dans cette situation de guerre. Chaque enquêteur, quel qu’il soit, est placé sous l’œil des militaires, des indépendantistes mais aussi des populations déplacées.
L’Algérie que P. Bourdieu apprend à connaître se révèle très proche de ce qu’il a vécu dans son enfance dans le Béarn. L’enquête de l’ARDES l’entraîne en Kabylie avec A. Sayad comme guide. Mais Abdelmalek n’est pas un interprète qui ne traduit simplement les mots kabyles en mots français. Il invite à regarder, à faire des liens entre les éléments très disparates et surtout dispersés par la colonisation puis par la guerre et ses conséquences (déplacement des populations, anéantissement des activités agricoles et de l’ordre agricole).
A. Sayad, étant un « étudiant de l’intérieur comme un militant de l’intérieur » s’interroge sur le sens des attentats et la célébration des martyrs, devenue arme du nationalisme. Il est sensible aux divergences des positions des militants indépendantistes notamment à l’écart existant entre le point de vue des étudiants peu nombreux certes, mais ayant un statut et une légitimité intellectuelle reconnus, et celui des travailleurs plus nombreux et plus exposés à la répression policière que cela soit en métropole ou au pays. Sa contribution à cette lutte parfois ambiguë d’indépendance s’est avérée plus efficace par la participation à cette enquête de l’ARDES. P. Bourdieu reconnaît les qualités humaines de Sayad, toujours proche des enquêtés sans en être dupe. Décrire la situation dans les centres de regroupement revient à objectiver les violences faites aux populations. A. Sayad a pu ainsi agir à son niveau, saisir ce que la colonisation et la guerre ont fait de son pays, et grâce à Bourdieu, il a l’occasion d’écrire scientifiquement sur la réalité sociale et donc sur la réalité politique sans compromission (dans « le déracinement » publié en 1964).
Le travail sur l’Algérie (et plus précisément la Kabylie) semble avoir agi comme une sorte de révélateur pour P. Bourdieu. Il prend des photographies pour les enquêtes, il fera de même ensuite dans le Béarn lorsqu’il y étudiera les paysans dépossédés de l’ordre social qui était le leur. Réussir à objectiver la réalité algérienne et les bouleversements subis par l’économie paysanne (dite traditionnelle) lui permet d’envisager de faire de même (mais bien plus tard) pour la vie des paysans qui n’étaient pas encore appelés des agriculteurs et des classes populaires et moyennes (dans la « Misère du Monde » de 1993). Mais auparavant, il objectivera de manière radicale le système scolaire français, système qui l’a éloigné de son milieu familial tout en lui donnant les outils pour comprendre les diverses facettes du monde social.
L’ascension sociale de deux hommes d’origine rurale
Les affinités intellectuelles des deux hommes sont basées sur des similitudes dans leurs trajectoires sociales ascendantes. P. Bourdieu, est un ancien élève d’origine rurale béarnaise « monté à Paris » pour y suivre une excellente scolarité dans l’un des lycées les plus prestigieux. Tout lui réussit, il obtient l’agrégation de philosophie, se forge des amitiés solides, enseigne à l’université puis à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales avant d’occuper une chaire au Collège de France. Il transforme même la période de ses obligations militaires en temps de réflexion et d’écriture. Il parvient à imposer ses idées, et à élaborer des formes collectives de collaboration scientifique. Il abandonne une thèse avec G. Canguillem sur « les structures temporelles de la vie affective ». Sa carrière d’enseignant ne s’interrompt jamais et il obtient les distinctions intellectuelles les plus hautes, en France et à l’étranger. Son audience grandissante lui donne l’occasion de faire part de ses engagements militants.
A. Sayad est aussi un élève d’origine rurale kabyle qui devient instituteur après avoir fait fréquenté le lycée de Bougie, puis l’Ecole Normale de la Bouzaréa à Alger. Il sera maître d’école dans le quartier de Barberousse (casbah d’Alger). C’est une trajectoire ascendante particulièrement réussie pour un jeune homme kabyle à cette époque (« le bâton de maréchal » disait-il). Mais la situation de la fin de colonisation, la guerre remettent en cause tout cela. La conjoncture est particulièrement sombre après la guerre : des études restent inachevées malgré une collaboration fructueuse avec P. Bourdieu. Après l’Indépendance, il n’a plus de travail et survit difficilement tout en comptant sur des amitiés solides des deux côtés de la Méditerranée. Un ami lui offre le billet pour Paris. Après bien des tergiversations, il finit par accepter après le décès de son père. Il s'installe en France en 1963, il travaille en tant que vacataire avec P. Bourdieu et son équipe au Centre de Sociologie de l'Education et de la Culture et à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Il ne retournera en Algérie qu’en 1971. Il s’inscrit en thèse avec R. Aron mais ce travail intitulé « les emprunts linguistiques comme révélateurs des contacts culturels » n’aboutit pas. Par contre, il commence à publier des articles qui feront date (notamment « les enfants illégitimes » dans Actes de la Recherche en Science Sociale en 1975). Intégré au CNRS en 1977, il est nommé Directeur de recherches en sociologie.
Des préoccupations et des objets d’étude communs
Les transformations de l’ordre rural sont au cœur des préoccupations de deux hommes. Le passage de l’économie dite traditionnelle à une économie généralisée de marché s’est fait de manière très brutale en Algérie car il est redoublé par la colonisation, puis par la guerre. P. Bourdieu observe les conséquences, il est fasciné par l’économie de survie dans les quartiers populaires, les bidonvilles « où se déploie beaucoup d’ingéniosité et qui offre à beaucoup de gens des moyens minimaux de survie et surtout des raisons de vivre socialement c'est-à-dire d’échapper au déshonneur que représente, pour un homme qui se respecte, le fait de ne rien faire, de ne contribuer en rien à l’existence de sa famille ». Sayad, lui aussi constate ces dégradations généralisées des conditions de vie de ses compatriotes, devenus des « ruraux dépaysannés ». Cette première ethnographie du « déracinement » sera suivie 30 ans plus tard par la description et l’analyse de la précarisation des classes populaires et moyennes en France. Les outils de la sociologie (écouter, compter, objectiver, comparer) sont utilisés pour dépasser le choc émotionnel face à la détresse sociale où qu’elle soit. Etudier les pratiques effectives, dépasser les discours et lier les prises de position à la position sociale et aux ressources de l’enquêté, ces tâches s’avèrent plus utiles pour comprendre la réalité sociale que les indignations publiques et/ou mondaines.
Si P. Bourdieu peut choisir d’autres objets d’étude, A. Sayad est tributaire des contrats de recherche. Leur amitié perdure et permet à l’un comme à l’autre de s’interroger sur les effets de ces déstructurations sur les groupes. A. Sayad accompagne P. Bourdieu dans le Béarn, et tous deux observent l’impact des changements économiques sur le marché matrimonial des paysans béarnais. Cela donnera lieu à la description « d’un bal des célibataires » qui est la face visible d’une souffrance sociale (individuelle et collective) de voir compromis l’avenir d’un groupe.
Dans le projet d’intégration au CNRS d’A. Sayad, l’étude de l’immigration algérienne figure déjà en bonne place. La généralisation de l’immigration algérienne après l’Indépendance, est l’une des conséquences insoupçonnées (voire paradoxale) de la guerre d’Algérie. L’article « les trois âges de l’émigration » donne le ton des travaux de A. Sayad, toujours soutenu par P. Bourdieu.
Les manières de travailler des deux hommes diffèrent. P. Bourdieu travaille toujours avec une équipe plus ou moins nombreuse. Ses publications font l’objet d’une grande publicité et souvent de polémiques. P. Bourdieu s’acharne à prouver que les institutions scolaires, politiques et académiques transforment les inégalités sociales en différences individuelles et par là même les légitiment. Comprendre les points de vue des agents sera la préoccupation de toute l’équipe de P. Bourdieu lors de l’enquête sur « la misère du monde » aux débuts des années 90 à laquelle collabore A. Sayad.
A. Sayad travaille seul, ou avec quelques collaborateurs et de manière très discrète, avançant ses interprétations de manière continue. Il présente des entretiens prolongés avec ses enquêtés, il soigne la présentation de toutes les facettes d’une personne sans la juger et surtout sans jamais verser dans le misérabilisme ou le populisme. La description du bidonville de Nanterre en offre une parfaite illustration. La question de l’Etat est au cœur de leurs préoccupations. A. Sayad étudie l’immigration dans les relations internationales, la fonction symbolique de la naturalisation des « émigrés-immigrés ».
La pensée d’Etat est « ce système de catégories de perception et d'appréciation incorporé qui impose une grille nationale (et nationaliste) sur tout le perçu et qui renvoie l'émigré-immigré à l'étrangeté, à l'altérité, notamment lorsque, pour une infraction quelconque aux règles de la bienséance qui s'imposent aux non-nationaux, toujours menacés d'apparaître comme des intrus, il rappelle à ses " hôtes " son statut d'étranger ». A. Sayad a conservé la nationalité algérienne chèrement acquise, et il peut faire l’expérience des contraintes quotidiennes qui pèsent sur le travailleur immigré et étranger, qu’il soit intellectuel ou ouvrier. Ainsi, les difficultés et les délais pour obtenir un visa pour faire une conférence dans un autre pays lui rappellent sans cesse la condition des allogènes et l’inégale qualité associée à leur nationalité.
En guise de conclusion
P. Bourdieu et A. Sayad sont des transfuges, des personnes qui ont dépassé, dans un contexte particulier, les espérances subjectives et objectives de leur famille. S’accepter soi même lorsqu’on n’est pas un héritier légitime se traduit différemment suivant les trajectoires des deux hommes. A. Sayad a milité de manière active au début de sa vie et est resté fidèle à ses engagements politiques en rendant compte de la souffrance des populations déplacées (lors de la guerre, lors des migrations).
A. Sayad est un « passeur » et l’a tout d’abord été pour son ami P. Bourdieu. J’aimerai terminer sur une citation, un peu longue mais qui résume parfaitement ce que la Kabylie a apporté à P. Bourdieu : « … l’Algérie est ce qui m’a permis de m’accepter moi-même. Le regard d’ethnologue compréhensif que j’ai pris sur l’Algérie, j’ai pu le prendre sur moi-même, sur les gens de mon pays, sur mes parents, sur l’accent de mon père, de ma mère et récupérer tout ça sans drame, ce qui est un des grand problème de tous les intellectuels déracinés, enfermés dans l’alternative du populisme ou au contraire de la honte de soi liée au racisme de classe. J’ai pris sur des gens très semblables aux Kabyles, des gens avec qui j’ai passé mon enfance, le regard de compréhension obligé qui définit la discipline ethnologique. La pratique de la photographie, d’abord en Algérie, puis en Béarn, a sans doute beaucoup contribué, en l’accompagnant, à cette conversion du regard qui supposait, -je crois que le mot n’est pas trop fort-, une véritable conversion ».
Sources
Cette présentation rapide de cette rencontre intellectuelle se base principalement sur les écrits suivants :
Pierre Bourdieu, Sociologie de l’Algérie, PUF, collection Que sais-je ? 1958
Pierre Bourdieu et Abdelmalek Sayad, Le déracinement, la crise de l'agriculture traditionnelle en Algérie, Paris, Minuit, 1964 (réed. 1996).
Pierre Bourdieu , (avec A. Darbel, et al), Travail et travailleurs en Algérie. Paris, Ed. de Minuit, 1964.
Pierre Bourdieu, Algérie 60. Structures économiques et structures temporelles, Paris, Ed. de Minuit, 1977.
Pierre Bourdieu (sous la direction de) La misère du Monde, Paris, Seuil , 1993.
Pierre Bourdieu , Pour Abdelmalek Sayad , Hommage prononcé à l'Institut du monde arabe, le 2 avril 1998, à l'occasion d'une réunion en la mémoire d'Abdelmalek Sayad. Publié dans la revue Annuaire de l'Afrique du Nord, vol XXXVII, 1998.
Pierre Bourdieu et Yvette Delsaut : Entretien sur l’esprit de la recherche, in Delsaut Y. et M-C Rivière Bibliographie des travaux de P. Bourdieu, Edition Les Cerises, 2002.
Pierre Bourdieu «Si le monde social m’est supportable c’est parce que je peux m’indigner », Entretien avec Antoine Spire. Paris l’Aube, 2002.
Pierre Bourdieu Images d'Algérie. Une affinité élective, (Entretien entre Pierre Bourdieu et Franz Schultheis, le 26 juin 2001 au Collège de France) Actes Sud/Sindbad/Camera Austria, 2003.
Abdelmalek Sayad (avec la collaboration d’Eliane Dupuy), Un Nanterre algérien, terre de bidonvilles, Paris, Autrement 1995.
Abdelmalek Sayad
Histoire et recherche identitaire suivi d’un entretien avec Hassan Arfaoui, Saint Denis, Bouchène, 2002.
A. Sayad, L’immigration et les paradoxes de l’altérité.
T 1 : l’illusion du provisoire ; T2 : les enfants illégitimes
Editions Raisons d’agir, 2006, réédition par A. Spire du livre de 1991 épuisé.
vendredi 24 juillet 2009
Études littéraires « La nouvelle revue française» sous la direction d’Anna Boschetti
Sommaire
La nouvelle revue française
Ce dossier a été préparé sous la direction d’Anna Boschetti
Présentation, 7
Études
Maaike Koffeman
La naissance d’un mythe. La nouvelle revue française dans le champ littéraire de la Belle Époque, 17
Michael Einfalt
« … penser et créer avec désintéressement » — La nouvelle revue française sous la direction de Jacques Rivière, 37
Sophie Levie
Jean Paulhan, rédacteur en chef de La nouvelle revue française de 1925 à 1930, 55
Martyn Cornick
Une institution française : La nouvelle revue française de Jean Paulhan, 77
Gisèle Sapiro
Un héritage symbolique détourné ? La nouvelle revue française des années noires, 97
Analyses
Christophe Wall-Romana
Une source du verset moderne : le cinéma muet, 121
Noémi Doyon
Sujet précaire et quête de liberté : analyse de sept chansons de Quatre saisons dans le désordre de Daniel Bélanger, 137
Notices sur les collaborateurs et collaboratrices
Abstracts/Résumés
http://www.etudes-litteraires.ulaval.ca/
jeudi 23 juillet 2009
nouvel espace Pierre Bourdieu un hommage sur second life
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Second Life Registration http://www.secondlife.com/join/?u=6ff0a41ed5bd4012aeec059dcaf9e720
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Merci à Naastik Rau pour le build, Albane Fargis pour la déco, Marc Moana pour le terrain et à Poete Cummings pour tout ce qui concerne Bourdieu
Coloquio Internacional Pierre Bourdieu
Cabe mencionar que este coloquio es una continuación de la Cátedra Humanitas Pierre Bourdieu: Educación, cultura y sociedad impartida desde marzo el primer y último martes de cada mes en el Aula Especial XI de dicha universidad.
El coloquio Internacional, en palabras del propio Wilmar Peña, tiene como objetivo "acercar al público académico y especializado colombiano a algunas de las líneas de profundización y desarrollo temático de la Sociología contemporánea que adelantan investigadores en Ciencias Sociales en al menos tres continentes".
Para mayor información puede comunicarse directamente al Departamento de Humanidades en Bogotá, Colombia:
Tel. (091) 6343247
humanidades@unimilitar(punto)edu(punto)co
Quantifying Theory: Pierre Bourdieu
Book Quantifying Theory: Pierre Bourdieu
Éditeur Springer Netherlands
Copyright 2009
ISBN 978-1-4020-9449-1 (Print) 978-1-4020-9450-7 (Online)
Chris Sanders and Karen Robson
This volume is the result of a conversation between the two editors about the importance of linking theory and methods. It may seem obvious to all social scientists that this is of upmost importance and indeed the foundation of the discipline of sociology (as sociologists, we can only speak of our discipline with any degree of certainty). In undergraduate and postgraduate teaching, however, the discourses of theory and methods are often rather disparate, with little direct communication between the two. There are ‘theorists’ and there are ‘methodologists’. One group often claims that the other does a job that they cannot do, which is actually rather preposterous, as anyone schooled in the discipline up to the level of a Ph.D. should be able to muster up a few facts about research design as well as the key features of the theories of Marx, Weber and Durkheim — at the very least.
After investigating the availability of ‘recent’ books and articles specifically addressing the linkage between theory and methods, we were surprised by the paucity of materials in the area. Indeed, any good peer-reviewed journal publication can, and often does, demonstrate the operationalization of a theory, but the readership of these articles is assumed to be rather specialized. It leaves the less seasoned without much detail on the actual steps involved in the process and the possibility that there might be more than one way of measuring a concept, and hence any serious discussion around such topics.
able of contents
1. Introduction: Approaches to Quantifying Bourdieu
Chris Sanders, Karen Robson
2. How Bourdieu “Quantified” Bourdieu: The Geometric Modelling of Data
Frédéric Lebaron
3. Quantifying the Field of Power in Norway
Johs Hjellbrekke, Olav Korsnes
4. The Homology Thesis: Distinction Revisited
Philippe Coulangeon, Yannick Lemel
5. Transmutations of Capitals in Canada: A ‘Social Space’ Approach
Gerry Veenstra
6. The Cumulative Impact of Capital on Dispositions Across Time: A 15 Year Perspective of Young Canadians
Lesley Andres
7. The Influence of Cultural Capital on Educational and Early Labour Market Outcomes of Young People in Australia
Gary N. Marks
8. Teenage Time Use as Investment in Cultural Capital
Karen Robson
9. Cultural Capital and Access to Highly Selective Education: The Case of Admission to Oxford
Anna Zimdars, Alice Sullivan, Anthony F. Heath
10. Applying Bourdieu's Concepts of Social and Cultural Capital in Educational Research in Greece and Cyprus
Marios Vryonides
11. Occupational Structures: The Stratification Space of Social Interaction
Wendy Bottero, Paul S. Lambert, Kenneth Prandy, Stephen McTaggart
12. Women's Work and Cultural Reproduction: An Analysis of Non-Wage Labour in Central Ontario, 1861
Heather L. Garrett
13. Quantifying Social Class: A Latent Clustering Approach
Nathan D. Martin
14. Changing Determinants of Consumption in Hungary, 1982–1998
Péter Róbert
15. Fanship Habitus: The Consumption of Sport in the US
Donald P. Levy
16. Quantifying Habitus: Future Directions
William C. Cockerham, Brian P. Hinote
jeudi 16 juillet 2009
Agone 41 et 42 "Les intellectuels, la critique & le pouvoir"
"Les intellectuels, la critique & le pouvoir" Coordination Thierry Discepolo, Charles Jacquier & Philippe Olivera, Agone, À paraître en octobre 2009
L’« intellectuel » serait forcément « de gauche » ; il œuvrerait « naturellement » au seul service des dominés ; surtout, son action serait désintéressée. Quelques rappels historiques écornent vite cette belle image ; surtout ils montrent comment ont changé les valeurs au nom desquelles on s’« engage » pour quelles « nobles causes ». Un peu d’actualité montre combien les fonctions remplies sont toujours plus publiquement rentables.
Ce recueil revient sur les rôles qui ont porté certains intellectuels au coeur de mouvements de libération, qui n’ont parfois libéré qu’eux-mêmes, au sein d’une lutte des classes dans laquelle ils n’ont souvent jamais que changé de camp.
L’« intellectuel » serait forcément « de gauche » ; il œuvrerait « naturellement » au seul service des dominés ; surtout, son action serait désintéressée. Quelques rappels historiques écornent vite cette belle image ; surtout ils montrent comment ont changé les valeurs au nom desquelles on s’« engage » pour quelles « nobles causes ». Un peu d’actualité montre combien les fonctions remplies sont toujours plus publiquement rentables.
Ce recueil revient sur les rôles qui ont porté certains intellectuels au coeur de mouvements de libération, qui n’ont parfois libéré qu’eux-mêmes, au sein d’une lutte des classes dans laquelle ils n’ont souvent jamais que changé de camp.
SOMMAIRE
James Conant, « Orwell et la dictature des intellectuels », présenté et traduit par Jean-Jacques Rosat
Philippe Olivera, « Aragon en modèle d’intellectuel médiatique »
Jan Waclav Makhaïski, « Le rôle de l’intelligentsia au sein des partis politiques marxistes », introduction par Jean-Pierre Garnier
Ante Ciliga, « Est-ce que, toi aussi, Lénine, pour conserver le pouvoir, tu as trahi les intérêts sociaux des masses ? », introduction par Charles Jacquier
Bruno Rizzi & Mario Mariani, « Une critique prolétarienne de la bureaucratie révolutionnaire », introduction par Paolo Sensini, traduit de l’italien par Miguel Chueca et présenté par Charles Jacquier
Alexandre Grothendieck, « Comment je suis devenu militant ? », introduction par Charles Jacquier et Philippe Olivera
Michael Christofferson, « François Furet entre l’histoire et le journalisme, 1958–1965 », traduit de l’anglais par Françoise Jaouen
Thomas Didot (et Guy Hocquenghem), « Régis Debray, maître es renégats »
Pierre Bourdieu, « Sollers tel quel », introduction Thierry Discepolo
Christophe Gaubert, « Genèse sociale de Pierre Rosanvallon en “intellectuel de proposition” »
Entretiens avec Gérard Noiriel, « Dire la vérité au pouvoir au nom des opprimés », par Thierry Discepolo & Philippe Olivera
Entretien avec Jacques Bouveresse, « Le philosophe, les intellectuels, la presse et le citoyen », par Thierry Discepolo
Adam Garuet, « Radical, chic et médiatique »
Jean-Jacques Rosat, « Le constructivisme comme outil de pouvoir aux mains des intellectuels »
Camille Trabendi, « De la fonction de second et de troisième couteau (de poche) -Fabre/Vidal/Wacquant/Blanchard »
Alain Accardo, « (Auto-)dérision. Sur l’action politique du Penseur critique », introduction Thierry Discepolo
mardi 7 juillet 2009
à paraître: Modelos de gestión del agua en ciudades de los Andes, coord. par Franck Poupeau et Claudia Gonzales
blog de Franck Poupeau http://www.pieb.com.bo/blogs/poupeau/
lundi 6 juillet 2009
à paraître: Philip Gorski (dir.), Bourdieusian Theory and Historical Analysis
Actes du Colloque: Traductions scientifiques et transferts culturels 1
Actes du colloque de relève organisé par la Formation doctorale interdisciplinaire de la Faculté des lettres, en partenariat avec la Section de langues et civilisations slaves, Université de Lausanne, les 14 mars 2008.
Edités par Jérôme MEIZOZ & Patrick SERIOT
avec la collaboration de Panayota BADINOU, UNIL, 2008.
Que se passe-t-il quand un texte de type scientifique est transposé d'un contexte (national, linguistique, académique) à un autre? Les articles réunis dans ce volume, issus d'un colloque de relève organisé à l'Université de Lausanne le 14 mars 2008, traitent cette question en se focalisant notamment sur les sujets suivants:
* Retraduire Bakhtine et Voloshinov en français aujourd'hui; problèmes conceptuels; l'importation des courants critiques.
* Traduire les Russes: «la grande Lumière qui vient de l'Est» et le filtre du marxisme occidental.
* La traduction comme réinvention d'un texte. L'anachronisme comme effet de sens, le malentendu comme effet de reconnaissance.
* La traduction scientifique comme pratique: questions de traductologie; les débats historiques sur la traduction; les polémiques autour des traductions; la comparaison des traductions.
* La traduction comme échange (inégal) entre les nations; enjeux scientifiques et culturels des traductions; constitution de corpus transnationaux; mondialisation des savoirs et dépassement des catégories nationales de la pensée académique.
En ligne dans la bibliothèque numérique RERO DOC
vendredi 3 juillet 2009
à paraître: Didier Éribon, Retour à Reims. Une théorie du sujet.
Présentation (de l'éditeur) :
A la mort de son père, Didier Eribon retrouve sa famille avec laquelle il avait plus ou moins rompu trente ans auparavant. Regardant avec sa mère des photos du passé, il revoit le monde ouvrier dans lequel il est né et la misère du milieu dans lequel il a grandi. Le choc produit par ce retour à Reims est immense. Mais plutôt que de fuir à nouveau son milieu d’origine, Didier Eribon décide de se plonger dans son passé pour tenter de se le réapproprier. Il retrace ainsi, dans cet ouvrage, l’histoire de sa famille. Il parle longuement de sa mère et de la situation des femmes dans les années 1950 et 1960. Il réfléchit également, plus largement, sur la condition ouvrière et les expériences qui sont constitutives de cette appartenance de classe. Il dépeint le rapport des classes populaires à la politique (comment le vote communiste se transforme en vote pour Le Pen), à la culture, à la sexualité, au système scolaire, etc. Evoquant son enfance et son adolescence, il analyse son éloignement progressif d’avec sa famille, ses années de collège et de lycée et son parcours scolaire, son adhésion à la "culture", le rôle joué par son homosexualité dans sa trajectoire de transfuge de classe, etc.
Mais cet ouvrage n’est pas seulement une esquisse autobiographique. Didier Eribon mêle en effet à son récit des réflexions sur les grandes questions théoriques actuelles : sur les rapports de classes et le déterminisme social, sur la construction des identités et leur articulation, sur les formes de domination et de résistance, et donc sur la politique, le vote, les partis, les mouvements sociaux.
Il se demande enfin pour quelles raisons il s’est pensé plus tard comme un enfant gay plutôt que comme un fils d’ouvrier. N’est-ce pas parce que les catégories contemporaines de la politique fabriquent les enfants que nous avons été ? Et que la quasi-disparition du marxisme d’un côté, et la force des mouvements culturels et sexuels de l’autre, prescrivent aujourd’hui ce type de lecture de soi-même ? La politique ne transforme pas seulement le présent et le futur : elle transforme aussi notre passé, notre rapport à nous-mêmes et notre manière de nous définir.
Si ce que nous sommes est institué par les théories politiques, il convient dès lors de rompre avec les théories qui découpent le monde selon des frontières uniques (de classe, de genre, de race, de sexualité) ou prétendent que certaines identités seraient plus « vraies » et plus importantes que d’autres, pour au contraire essayer d’élaborer des théories qui nous permettent de penser la multiplicité de nos expériences et d’être le sujet simultané de plusieurs politiques.
Didier Eribon est professeur à la Faculté de Philosophie, sciences humaines et sociales de l’université d’Amiens. Il a également enseigné à l’université de Berkeley (Etats-Unis).
Il est notamment l’auteur de Réflexions sur la question gay (Fayard, 2009), Une morale du minoritaire (Fayard, 2001), Echapper à la psychanalyse (Leo Scheer, 2005), D’une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française (Leo Scheer, 2007). Il a été le lauréat 2008 du prestigieux Brudner Prize décerné chaque année par l’université Yale.
Site personnel de Didier Eribon