Pierre Bourdieu, in Pour un mouvement social européen,
Le Monde Diplomatique, juin 1999 — Pages 1, 16 et 17, aussi in Contre-feux 2, Raisons d'agir, 2001, p. 13-23

"L'histoire sociale enseigne qu'il n'y a pas de politique sociale sans un mouvement social capable de l'imposer ( et que ce n'est pas le marché, comme on tente de le faire croire aujourd'hui, mais le mouvement social qui a « civilisé » l'économie de marché, tout en contribuant grandement à son efficacité ). En conséquence, la question, pour tous ceux qui veulent réellement opposer une Europe sociale à une Europe des banques et de la monnaie, flanquée d'une Europe policière et pénitentiaire ( déjà très avancée ) et d'une Europe militaire ( conséquence probable de l'intervention au Kosovo ), est de savoir comment mobiliser les forces capables de parvenir à cette fin et à quelles instances demander ce travail de mobilisation. "


jeudi 1 avril 2010

Parution: Sébastien Chauvin, Les Agences de la précarité


Sébastien Chauvin
Les Agences de la précarité
Journaliers à Chicago

Collection Liber
SEUIL
2010



Présentation de l'éditeur
Qu’il soit célébré pour sa flexibilité ou dénoncé pour son caractère impitoyable, le marché du travail américain fait l’objet en Europe d’une attention continue. Il est cependant rarement exploré de première main. C’est ce projet qu’a mené l’auteur au cours d’une enquête de deux années à Chicago parmi les travailleurs les plus précaires du pays : les hommes et les femmes, immigrés mexicains sans papiers ou sous-prolétaires afro-américains, employés par des agences de travail journalier. Attendant à l’aube avec eux les offres d’emplois quotidiennes dans les locaux de ces établissements, travaillant à leurs côtés dans les usines de la région, et militant enfin dans les organisations où ils se mobilisent, il en dresse un portrait qui renouvelle notre vision de la précarité aux États-Unis et complexifie les théories contemporaines sur la fonction des intermédiaires du marché du travail. Il montre que les agences sont moins là pour faciliter le licenciement des travailleurs que pour assurer leur disponibilité permanente, qui implique de longues phases d’attente gratuite. Il met aussi en évidence les contradictions de l’utopie néolibérale de la flexibilité absolue : dans les usines et les entrepôts, l’emploi massif, durable et régulier de la main-d’œuvre journalière oblige en effet à la traiter « en masse » et interdit le recours des directions aux formes les plus extrêmes d’intermittence ou d’individualisation.

Sébastien Chauvin est sociologue, professeur assistant à l’université d’Amsterdam et chercheur à l’Institute for Migration and Ethnic Studies.

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