Pierre Bourdieu, in Pour un mouvement social européen,
Le Monde Diplomatique, juin 1999 — Pages 1, 16 et 17, aussi in Contre-feux 2, Raisons d'agir, 2001, p. 13-23

"L'histoire sociale enseigne qu'il n'y a pas de politique sociale sans un mouvement social capable de l'imposer ( et que ce n'est pas le marché, comme on tente de le faire croire aujourd'hui, mais le mouvement social qui a « civilisé » l'économie de marché, tout en contribuant grandement à son efficacité ). En conséquence, la question, pour tous ceux qui veulent réellement opposer une Europe sociale à une Europe des banques et de la monnaie, flanquée d'une Europe policière et pénitentiaire ( déjà très avancée ) et d'une Europe militaire ( conséquence probable de l'intervention au Kosovo ), est de savoir comment mobiliser les forces capables de parvenir à cette fin et à quelles instances demander ce travail de mobilisation. "


lundi 31 mai 2010

Nicolas JOUNIN, Chantier interdit au public


Nicolas JOUNIN
Chantier interdit au public
Enquête parmi les travailleurs du bâtiment

Collection : La Découverte Poche / Sciences humaines et sociales n°307
2009



Présentation de l'éditeur
Le secteur de la construction a souvent défrayé la chronique économique ou judiciaire, mais le quotidien des chantiers demeure obscur. C’est ce quotidien qu’explore ce livre. L’auteur, qui s’est immergé durant une année dans le monde du béton armé parisien, en tant qu’ouvrier, retrace ici l’itinéraire de son enquête. Au fil des expériences et des rencontres, il expose les conditions d’emploi et de travail liées au recours croissant à la sous-traitance et à l’intérim : division des collectifs ouvriers, infériorisation et culpabilisation des sous-traitants et des intérimaires, pratiques illégales d’employeurs, contradictions pesant sur la sécurité au travail, recours massif à une main-d’œuvre étrangère fragilisée et parfois sans papiers, racisme et discriminations…
L’enquête ébranle au passage certaines idées reçues et témoigne également des résistances des travailleurs concernés. S’ils s’affrontent rarement à leurs employeurs, ils entretiennent en revanche une révolte souterraine qui peut menacer à l’occasion les constructions et contraindre les employeurs à mettre en œuvre des aménagements. L’implication physique de l’auteur dans son enquête permet une restitution fine des situations rencontrées et offre une immersion impressionnante dans cet univers méconnu du bâtiment.


table des matières
Introduction - Le jeu de l'oppression et de la résistance sur les chantiers - La « pénurie de main-d'oeuvre » : un bon point... de départ si on ne la prend pas trop au sérieux - L'enquête -
1. Les « mamadou » : l’humiliation ordinaire - L’intérim des manœuvres : une discrimination inversée ? - À situation précaire, humiliation stable - « Mamadou » : entre classe et race - Derrière les « Mamadou » : des émigrés et des (dés)illusions - Keïta, prisonnier de son statut - Un apartheid professionnel ?
2. Des « bétonneurs » sans ouvriers ? L’externalisation - L’exemple d’un chantier : sept travailleurs sur huit externalisés - Les travailleurs externalisés : étrangers au cœur de la production - Comment contourner de nouvelles lois en profitant de nouvelles lois : petite histoire de l’externalisation
3. « Toujours à la bourre, les ferrailleurs » - Les éternels fautifs - Fuites et absences - Une externalisation sous le contrôle des donneurs d’ordres -
4. « Je préférerais vendre des savonnettes » : l’intérim - Une organisation de la précarité - Affaiblir des affaiblis - La stabilité dans la précarité - Une gestion discriminatoire de la main-d’œuvre - Un « commerce » si particulier
5. Intérimaires fidélisés contre travailleurs détachés - Les « noyaux » - « Un ouvrier du bâtiment qui vit après soixante-cinq ans, c’est qu’il a été feignant » - Ferrailleurs embauchés et intérimaires : deux mondes étanches mais côte à côte - Et après ? Le ferrailleur polonais
6. Une belle équipe ? - Un patron d’un côté, un employeur de l’autre - Intérimaires et embauchés : divisions et réconciliations toujours à refaire - La peur des mouchards - Le chef de chantier ou la technique du « gueulard » - Discrimination : quand l’anticipation rejoint la réalité - Rendus à l’intérim
7. « Arrêtez, je suis le premier concerné par la sécurité ! » - L’« union sacrée » contre les inspecteurs : la sécurité en représentation - Un affrontement clandestin du danger - Cadence et prudence : des exigences contradictoires portées par une même hiérarchie - Beau temps ou intempéries ? Tout dépend du rapport de forces - Ouvriers coupables, mais pas responsables - La déresponsabilisation en cascade : la sécurité à l’épreuve de l’externalisation
8. L’ouvrier impossible - Aller-retour des qualifications - Un sans-papiers vous manque et tout est désorganisé - Les Portugais : des petits chefs incarnés ethniquement - Être français sur un chantier : soit « con » soit « chef »
Conclusion - Le travail et le travailleur dissociés ? - Logique marchande et logique personnelle - Loyautés incertaines : les travailleurs du bâtiment entre discrimination et précarité - De la liberté du citoyen à celle du travailleur
Annexes
Éléments bibliographiques.




Nicolas Jounin est maître de conférences en sociologie à l’université Paris-VIII et chercheur au laboratoire URMIS (Unité de recherches Migrations et société). En 2009, il a reçu pour Chantier interdit au public (La Découverte, 2008), le prix « La Ville à lire », créé par France Culture et la revue Urbanisme.

1 commentaire:

Madagascar a dit…

C'est mon premier livre sur l'aspect historique et sociologique de l'externalisation: génial. Merci M Bourdieu. Et merci aussi à Nicolas JOUNIN.

Madagascar BPO