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Rien n'est plus surprenant pour ceux qui considèrent les affaires humaines avec un oeil philosophique que de voir la facilité avec laquelle la majorité (the many) est gouvernée par la minorité (the few) et d'observer la soumission implicite avec laquelle les hommes révoquent leurs propres sentiments et passions en faveur de leurs dirigeants. Quand nous nous demandons par quels moyens cette chose étonnante est réalisée, nous trouvons que, comme la force est toujours du côté des gouvernés, les gouvernants n'ont rien pour les soutenir que l'opinion. C'est donc sur l'opinion seule que le gouvernement est fondé et cette maxime s'étend aux gouvernements les plus despotiques et les plus militaires aussi bien qu'aux plus libres et aux plus populaires
(David Hume in Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, Seuil, Collection Liber, 1997, Points, 2003 P.257, aussi in Sur l'Etat. Cours au Collège de France 1989-1992, Raisons d'agir/Seuil, 2012, p.257-258)

mardi 30 mars 2010

Re-découvrir: Pierre Bourdieu, “Le fonctionnement du champ intellectuel”

Pierre Bourdieu
“Le fonctionnement du champ intellectuel”
publié in Regards Sociologiques n°17/18 Le champ littéraire (1999)

pdf: Christian de Montlibert , “Éléments de réponse aux critiques de Bourdieu”



Christian de Montlibert
“Éléments de réponse aux critiques de Bourdieu”
publié in Regards Sociologiques n°30 (Varia) (2005)

pdf: Rémi Lenoir , “L’habitus scientifique : Pierre Bourdieu et l’intellectuel collectif”



Rémi Lenoir
“L’habitus scientifique : Pierre Bourdieu et l’intellectuel collectif”

publié in Regards Sociologiques n°30 (Varia) (2005)

Regards Sociologiques, n°39, Discrimination et exclusion





Regards Sociologiques

Au sommaire du n°39 Discrimination et exclusion (2010)


Numéro bientôt en téléchargement sur le site de la revue

Christian Poiret
“Pour une approche processuelle des discriminations : entendre la parole minoritaire” [résumé]
Alexis Spire
“La discrimination des étrangers au guichet” [résumé]
Valérie Sala Pala
“Faut-il en finir avec le concept de racisme institutionnel ?” [résumé]
Atmane Aggoun
“La carte de retraité : visa amélioré ou permis de circulation ?” [résumé]
Muriel Cohen
“‘Qui tient la femme tient tout’ (Jules Ferry, 1870). Le contrôle de l’immigration familiale algérienne dans la France des Trente glorieuses” [résumé]
Mireille Eberhard
Habitus républicain et traitement de la discrimination raciste en France” [résumé]
William Gasparini
“Immigration et discrimination dans le sport. Les catégories à l’épreuve du terrain” [résumé]

Varia

Abdelali Kerroumi
“Immigration, relations familiales et rapports à l’Ecole” [résumé]

Note de lecture


[Lire] [Version pdf]

lundi 29 mars 2010

The Erving Goffman Archives

The Erving Goffman Archives (EGA) collect critical studies and biographical materials about Erving Goffman (1922-1982) and his era. This web-based, open-source project serves as a clearing house for those interested in the dramaturgical perspective in sociology and biographical methods of research. Postings on the EGA web site are divided into several overlapping sections: “Documents and Papers,” “Goffman's Publications,” “Goffman in the News,” “Biographical Materials,” “Critical Assessments,” and “Comments and Dialogues.” The biographical section contains previously published materials, as well as new memoirs and conversations about Erving Goffman.


dimanche 28 mars 2010

video: Pierre Bourdieu, Chercheurs de notre temps, 1991


Pierre Bourdieu
Dominique Bollinger/Philippe Miquel
Chercheurs de notre temps
CNDP
1991





samedi 27 mars 2010

Re-découvrir: à contre-pente, entretien avec Pierre Bourdieu, entretien réalisé par Philippe Mangeot


à contre-pente

entretien avec Pierre Bourdieu

entretien réalisé par Philippe Mangeot

publié dans Vacarme 14 hiver 2001



C’est à Pierre Bourdieu que nous avons proposé de poursuivre l’objectif de nos entretiens d’ouverture : articuler science et politique, savoirs savants et savoirs profanes, théorie et pratique. Or il y avait quelque chose de particulièrement tendu à soumettre ce programme-ci à cet interlocuteur-là. Bourdieu n’aime pas qu’on l’aborde comme « l’intellectuel le plus puissant de France », et veut se penser comme un dissident, sinon un dominé, des champs intellectuel, médiatique et politique. Il n’en est pas moins vrai qu’il a une visibilité et une notoriété sans véritable équivalent — savant international et figure de la gauche, n’en déplaise à ceux qui trouvent cette figure encombrante. Comment dans ces conditions éviter le double piège de la déférence au maître et du trépignement de « prétendant pressé », sachant que le maître retire parfois d’une main ce qu’il offre de l’autre, par exemple en appuyant l’émergence de la question gay en France, tout en écorchant à l’occasion les minority studies à l’américaine ?

Bourdieu entre dans la question savant / profane avec un matérialisme hard, attentif aux forces, aux conflits et aux corps, et une foi en la science, donc en la possibilité de voir juste et de dire vrai, qui peuvent tout à la fois nous rapprocher (pas de risque, alors, de sombrer dans le relativisme mondain et la conversation complaisante) et nous éloigner, pour peu que le réalisme savant se mue en leçon d’efficacité. Avec son impitoyable obsession du réel, la sociologie se montre à la fois familière et menaçante : familière et précieuse à tous ceux qui savent que la politique ne se paie pas de mots ; menaçante et irritante pour tous ceux — les mêmes, souvent — qui persistent à croire aux miracles.

D’autant que la sociologie en question est tout entière une sociologie des pratiques. D’où notre ambivalence. D’un côté, un vrai désir de travail commun : oui, théorisons les pratiques, et non seulement le « sens pratique » ordinaire de nos habitus scolaires ou professionnels, mais aussi nos pratiques politiques, celles qui engagent l’habitus dans un devenir. De l’autre, une inquiétude susceptible : l’exaltation savante des savoir-faire peut équivaloir à une confiscation du savoir lorsqu’elle discrédite la « proto-théorie en acte » [1], prétention bavarde des pratiques à ne pas rester un objet muet — la tentative de Vacarme.

Ne vendons pas la mèche, mais tout de même : le Pierre Bourdieu qui nous a répondu, peut-être parce que nous n’avons dissimulé ni l’admiration, ni les divergences, ni l’expérience à partir de laquelle nous lui posions ces questions (il sait mieux que quiconque que l’identité de l’enquêteur n’est pas indifférente), a fait montre d’une générosité qui n’allait pas de soi, et dont nous lui savons gré.

Entretien préparé avec l’aide de Stany Grelet, Victoire Patouillard et Jeanne Revel.

Les années 1994/1995 — les suites de la publication de La Misère du monde, le mouvement social de décembre 1995 — constituent visiblement pour vous un tournant politique. Ou plutôt, elles constituent un tournant dans la façon dont vous êtes perçu. La chronologie est-elle aussi simple ? À supposer qu’elle fonctionne, pourquoi ce moment précis ? Et s’il y a césure politique, correspond-elle à une césure épistémologique ?

Pierre Bourdieu : Ça me surprend toujours quand on parle de « tournant ». D’une façon générale, je suis surpris quand on parle de « tournant » chez Marx aussi bien que chez Heidegger. Quand on sait regarder, les continuités sont plus frappantes que les discontinuités. Un chercheur ou un penseur, c’est comme un paquebot : les tournants, ça prend un temps fou. Même chez Foucault, chez qui il y a beaucoup plus de tournants apparents que chez moi, je pense que les continuités sont éclatantes. Bien sûr, on peut se dire : comment se fait-il qu’il « passe à la politique » ? En fait, c’était déjà là. Vous le dites vous-même : il a un tournant dans la façon dont je suis perçu. Je pense que c’est essentiellement ça. Un changement, cela peut tenir à la chose vue ou à la perception. Du côté de la perception, je vois bien un certain nombre de choses : le monde intellectuel a beaucoup changé et c’est peut-être parce que je n’ai pas beaucoup changé sur l’essentiel que je parais avoir changé. Ça pourrait être une explication. Car beaucoup de gens ont beaucoup changé. C’est Henri Weber, qui avait entrepris avec moi une thèse sur la Ligue Communiste dont il était chef, et qui est maintenant sénateur socialiste et qui explique le socialisme à sa fille. J’ai beaucoup lu L’Éducation sentimentale : je ne peux pas ne pas avoir un ricanement flaubertien. Peut-être pas un ricanement : un sourire un peu triste.

Il y a donc beaucoup de ça. Pourquoi beaucoup de gens ont-ils besoin de penser que c’est moi qui ai changé ? L’un d’eux m’a dit ça un jour : quand cesseras-tu de faire le reproche vivant ? Je suis peut-être, et ce n’est pas très agréable, une butte témoin d’un continent disparu, effondré. Le monde intellectuel a beaucoup changé. Il fut un temps où certaines choses étaient évidentes. Sartre n’allait pas déjeuner à l’Élysée. Aujourd’hui, on donne les conférences sur le perron de l’Élysée, on va déjeuner avec le Medef, etc. Il y a donc un petit côté paléo dans le fait de dire ce que je dis. Ça, c’est le premier aspect : la perception.

En même temps, il y a des continuités. On dit de La Misère du monde que c’est une rupture. J’étais perçu comme objectiviste, statistique, « sociologie hard ». Et voilà que je donne la parole au peuple et que je fais des « tranches de vie ». C’est complètement faux. D’abord, j’ai toujours dénoncé l’objectivisme. Ensuite, La Misère du monde est un livre très construit, un de ceux qu’il a été le plus difficile de faire, et pas seulement parce qu’il est difficile de mener des entretiens : pour des raisons théoriques. À la fin de mon premier livre, Travailleurs en Algérie, il y a un entretien avec un cuisinier d’Alger, intitulé « Un sociologue spontané ». Ce texte pourrait absolument figurer dans La Misère du monde.

Pour les interventions politiques, elles ont une autre visibilité. C’est que ma position sociale a changé. je suis devenu plus visible. Mais j’ai fait toutes sortes d’interventions politiques. En 1981, il y avait la question de la Pologne ; je peux remonter plus haut, aux années 1960. En Algérie par exemple. Je suis allé faire de la sociologie dans un pays en guerre révolutionnaire, et j’ai écrit vers 1960 un article qui s’appelle « De la guerre révolutionnaire à la révolution ». C’était un effort pour accompagner ce mouvement révolutionnaire, pour décrire tout ce qui avait changé dans les attitudes des gens, dans les rapports entre les sexes, pour dire en quoi il fallait que les intellectuels algériens qui allaient prendre le pouvoir soient conscients de ces changements, pour éviter de les faire régresser. Je me considérais comme un Algérien d’honneur qui en savait en un sens plus que la plupart des Algériens pour des tas de raisons. Cela ne changeait rien à mon effort d’objectivité, mais je pensais que j’avais à rendre service. Dans La Misère du monde, j’ai employé la métaphore de l’écrivain public. Cette métaphore était déjà là dans la préface de Travail et travailleurs en Algérie — j’étais encore trop normalien, encore un peu dissertateur, mais à ça près, le ton est très proche.

Ce qui a changé, c’est donc mon statut — le Collège de France, etc. Cela a donné de la visibilité à ce que je fais. Mais cela m’a aussi donné l’idée que je pouvais me servir de cette visibilité. Ce n’est pas cynique du tout. À la fin de ma leçon inaugurale au Collège de France, qui a été pour moi une épreuve psychologique très dure, je disais : on peut se servir du pouvoir symbolique pour donner de la diffusion à la critique du pouvoir symbolique.

Il y a autre chose. Je dis toujours qu’il faut faire de la sociologie réflexive. Ça ne veut pas dire qu’il faut se regarder faire de la sociologie ; ça veut dire qu’il faut se servir de la sociologie la plus objective, la plus statistique — quelle origine ? quelle trajectoire ? etc. — pour essayer de comprendre les limites de ce qu’on fait, et du même coup, pour se libérer des limites sociales que l’instrument sociologique a permis de découvrir.

Je pense que cette réflexivité m’a beaucoup fait changer. Je découvrais par exemple que les gens consacrés deviennent prisonniers de leur consécration. Il faut distinguer entre le vieillissement biologique et le vieillissement social. Dans le cas du vieillissement social, le monde social s’empare peu à peu de vous. À là campagne, il y a des postures de vieux que les gens adoptent sans même s’en rendre compte. Un vieil intello, on le consacre, on le célèbre, on lui donne des doctorats Honoris Causa, et c’est comme ça qu’on tue des vieillards dans le monde universitaire. L’une des choses que j’ai comprises grâce à la sociologie, c’est aussi que la consécration pouvait être le principe d’une liberté. Toute la gamme de ce que peut faire un sociologue, je l’ai fait. Je me suis dit, c’est le moment de faire des choses qui sont des transgressions par rapport à la définition dominante. C’est ce que j’ai fait avec La Misère du monde.

Il y a enfin une autre variable qui explique un changement relatif : je pense que le monde connaît des épreuves sans précédent et que du coup, le chercheur a un rôle sans précédent à jouer, qu’on ne peut pas rester comme ça sur son petit tas de science. Pour le dire vite, je pense que les forces dominantes sont aujourd’hui terribles, parce qu’économiquement elles ont atteint un degré de concentration sans précédent et qu’à cette concentration du capital économique s’ajoute la concentration du capital culturel qui leur permet d’avoir des effets symboliques terribles. Il y a des mobilisations formidables de lobbies, d’agences de presse. Il faut lire ce livre magnifique écrit par cinq chercheurs néerlandais, Europe Inc., édité par Agone, qui décrit tous ces groupes de pression. À situation radicalement nouvelle, il faut, je crois, des attitudes nouvelles.

Lire la suite sur le site de Vacarme


Re-découvrir: « voir comme on ne voit jamais », dialogue entre Pierre Bourdieu et Toni Morrison


« voir comme on ne voit jamais »
dialogue entre Pierre Bourdieu et Toni Morrison, publié dans la revue Vacarme 06 / résister, inventer, produire. 1998.
 L’entretien a eu lieu à Paris, le 22 octobre 1994.





Pierre Bourdieu : L’intention de mes questions est d’essayer de vous donner l’occasion de dire des choses que vous n’avez pas dites. J’aurais bien aimé vous interroger sur Howard University, sur les maîtres que vous avez eus là-bas, par exemple Frazier, le grand auteur de Bourgeoisie noire ; et aussi sur votre rôle de Senior editor de Random House, où vous avez publié un certain nombre d’ouvrages importants de grands écrivains et analystes noirs. J’aurais aimé évoquer la controverse qui a entouré le prix Pulitzer en 1988, parce qu’il me semble que c’est une affaire très significative qui permet de réfléchir sur la situation particulière de l’écrivain noir dans le monde intellectuel américain. Mais j’en viens à quelque chose qui me paraît plus important. Vous avez analysé dans Playing in the Dark les images, secrètes, que la littérature blanche donne des Noirs. Mais il y a aussi une image blanche de la littérature noire, image terriblement stéréotypée : par exemple, même si vous n’aimez pas, et c’est très légitime, être traitée comme un écrivain noir, vous êtes un écrivain noir parce qu’on pense que vous êtes un écrivain noir — parce qu’il y a un stéréotype attaché à cette image, et qui oriente la lecture de votre œuvre. Ce stéréotype, quel est-il ? Par exemple, on fait de manière systématique le lien entre littérature noire et sciences sociales. Et, de façon générale, ce n’est pas un compliment... Albert Murray parlait de « social-science fiction », ce qui n’est pas une manière de faire honneur à cette littérature. On réduit l’œuvre littéraire au document, et lorsqu’on accorde aux écrivains noirs une capacité subversive, on la leur accorde sur le terrain socio-politique, pas sur le terrain formel. Par exemple, de même que le jazz a introduit des innovations tout à fait extraordinaires, qui ont été à la fois reçues et non reçues parce que cataloguées, cantonnées dans une région inférieure de l’art musical, de même un certain nombre d’innovations esthétiques de la littérature noire ont été renvoyées au folklore, et neutralisées dans leur spécificité littéraire ; par exemple dans Jazz, ce qui a été perçu, c’est le rythme beaucoup plus que la structure ; or, ce qui est intéressant, c’est la pluralité des voix et le fait qu’il n’y a plus de voix principale, de discours central... On pourrait dire la même chose sur l’écriture noire. On parle de sensualité, de chaleur, de sexualité, etc. Autrement dit, on trouve dans le discours sur votre œuvre tout ce que vous trouvez chez les écrivains blancs à propos des Noirs.
Toni Morrison : Être considéré uniquement comme témoin d’une certaine situation, ou comme quelqu’un qui n’a rien d’autre à dire que : « Aïe ! J’ai mal ! » ou « Je proteste ! », est profondément humiliant, même s’il est très important que les écrivains soient considérés dans leur contexte. J’ai essayé de faire de Beloved un roman historique, mais qui échappait aux limites de la discipline historique. Lorsque je l’ai fini, j’ai décidé de faire un livre consacré à la période historique suivante, qu’on appelle le Jazz Age (l’ère du Jazz). Mais ce que je voulais surtout, c’est que les lecteurs soient avant tout conscients de la construction, de l’élaboration apparente, dans laquelle je voulais utiliser, autant que possible, les structures du jazz. La comparaison avec cette musique est fondamentale car, s’il est vrai qu’on associe toujours à l’heure actuelle la culture du jazz à la sensualité, à l’illégalité, aux tam-tams et à l’exotisme, il est devenu difficile de s’en tenir là. À partir du moment où l’on fait la moindre analyse critique de cette musique, on ne peut en ignorer la sophistication. Mais ce n’est pas encore le cas dans le domaine de la littérature : quelle que soit la sophistication des œuvres, quelles que soient les réponses nouvelles, les subtilités et les innovations qu’elles apportent, tout cela est absolument ignoré ; la réaction est toujours des plus banales : on y voit quelque chose de « naturel », d’accessible, de magique ou de folklorique.
J’ajouterai que les journalistes sont tenus par les contraintes de leur métier. Mais je peux vous garantir que personne ne traite de ce qui m’intéresse : la structure enchâssée, la manière dont les histoires sont racontées, le refus de toute domination dans la narration par l’éclatement de la voix du narrateur.
Pierre Bourdieu : Tout ce que vous avez dit de l’écrivain noir vaut pour le sociologue : il s’efforce souvent de faire des choses assez sophistiquées, qui sont ramenées au pur « content. » C’est peut-être ce qui fait que j’ai été sensible à l’injustice qui est faite aux écrivains noirs. Maintenant, ce qui me paraît important, et que vous avez confirmé à l’instant, c’est qu’on prend souvent sur la littérature noire un point de vue non littéraire. Et pour adopter un point de vue proprement littéraire, il est important de resituer un écrit littéraire dans l’histoire littéraire, dans l’histoire des prédécesseurs, et évidemment, il nous faudrait beaucoup plus de temps — j’aimerais que vous puissiez nous dire un peu comment vous vous situez par rapport à ces gens du Harlem des années vingt, dont vous avez retrouvé l’époque dans Jazz ; ou par rapport à des gens comme Zora Neale Hurston, par exemple, qui est très importante pour nous, sociologues, parce qu’elle est à la fois écrivain et anthropologue. J’aimerais que vous nous disiez ceux de vos prédécesseurs dans lesquels vous vous reconnaissez, les écrivains noirs, mais aussi les écrivains blancs : Faulkner, Virginia Woolf, Garcia Marquez.
Toni Morrison : Comme tous les écrivains, je rêve d’être un auteur à part, sui generis, et assez original pour être au-delà de toute comparaison. Mais le fait est que nous avons tous beaucoup lu, et que nous aimerions ne pas avoir à reconnaître nos influences. Je suis cependant tout à fait consciente d’avoir été marquée par beaucoup d’auteurs américains ; des auteurs noirs et des auteurs blancs, parfois pour des raisons différentes, et parfois pour les mêmes raisons. Les gens qui ont le plus compté pour moi sont les écrivains des années vingt, des gens comme Jean Toomer [2] ; et surtout je me suis montrée très curieuse et attentive à l’égard de la littérature noire, ce qui m’a permis de découvrir des trésors jusque-là ignorés, pas des romans, mais des récits d’esclaves ou d’anciens esclaves. La littérature inclut à mes yeux cette quantité incroyable de récits écrits par des gens qui, par la plume, se défaisaient du joug de l’esclavage et entraient dans le monde de la liberté. Je ne connais pas, dans l’histoire de l’humanité, de peuple opprimé qui ait autant médité, écrit et publié sur sa propre situation. Et puis il y a eu aussi cette mine inépuisable de chansons, de paroles, de « spirituals », qui étaient et resteront toujours la voix du jazz ; cette forme de poésie m’a immédiatement parlé. Ces antécédents sont donc clairement présents dans mon œuvre. Mais dans certains cas, je remets en question ces écrivains : chez Ralph Ellison [3], par exemple, je m’interroge sur certaines voix narratives, j’essaie de voir si on ne pourrait pas les modifier, les diviser, pour créer un effet différent. Je comprends combien il était important pour tous ces écrivains, aussi bien ceux qui vivaient encore l’esclavage que ceux qui ont écrit au début du siècle, de prouver à un public blanc qui dictait les règles du jeu leur capacité à bien écrire. Ils approchaient l’écrit en utilisant une langue excessivement correcte et érudite. Ou bien, à l’inverse, ils essayaient de reproduire ce qu’on appelait alors le « dialecte » noir, faute de terme plus approprié ; mais ils le faisaient bien souvent avec maladresse, dans la transcription orthographique, pour essayer de mettre en valeur les spécificités de la langue noire. Ce problème m’intéresse particulièrement dans mon travail ; c’est dans cette mesure que je peux prétendre faire un effort conscient pour me rattacher à des auteurs du passé.
Lire la suite sur le site de Vacarme



vendredi 26 mars 2010

à paraître: Pierre Bourdieu, Sociologie de l'Algérie, Collection Quadrige

à paraître: Pierre Bourdieu, Sociologie de l'Algérie
Collection Quadrige
PUF
ISBN 2130583768
juin 2010

jeudi 25 mars 2010

(RE)PENSER LES QUESTIONS LIÉES À L’IMMIGRATION A partir des travaux et de l’oeuvre d’Abdelmalek Sayad. LES 9 AVRIL, 18 MAI ET 15 JUIN 2010

GROUPE DE TRAVAIL
(RE)PENSER LES QUESTIONS LIÉES À L’IMMIGRATION
A partir des travaux et de l’oeuvre d’Abdelmalek Sayad.
LES 9 AVRIL, 18 MAI ET 15 JUIN 2010
DE 9H À 12H30


Le Centre de Ressources Politique de la Ville en Essonne propose un groupe de travail intitulé « (Re)penser les questions liées à l’immigration - à partir des travaux et de l’oeuvre d’Abdelmalek Sayad », en partenariat avec l’Association de Prévention du Site de la Villette(APSV).

Il s’agit de s’appuyer sur l’oeuvre et le «fonds SAYAD» légué à la médiathèque de la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration (CNHI). Ce fonds, dont la valeur patrimoniale est unanimement reconnue, constitue une référence intellectuelle en la matière.

Objectifs :
, Interroger sa pratique et ses représentations à partir des mots et des concepts d’Abdelmalek Sayad
, Soumettre à l’épreuve de la pratique la conception de l’immigration d’Abdelmalek Sayad
, Prendre de la distance et suspendre l’urgence
, Acquérir des repères sociologiques : découvrir et s’approprier l’oeuvre Abdelmalek Sayad (La double absence : Des illusions de l’émigré aux souffrances de l’immigré, Seuil (Paris), 1999)
, Engager une réflexion professionnelle et personnelle à partir de la pensée d’Abdelmalek Sayad

Intervenants :
, Smaïn LAACHER, sociologue et chercheur au CNRS-EHESS.
, Avec Yves JAMMET, (APSV) et Evelyne BOUZZINE, directrice du CRPVE.

Calendrier :
Ce groupe de travail sera constitué de 3 séances :
, le 9 avril 2010 de 9h à 12h30
, le 18 mai 2010 de 9h à 12h30
, le 15 juin 2010 de 9h à 12h30

Plus d'informations dans le Programme du groupe de travail

Inscrivez-vous

mardi 23 mars 2010

Reprise du spectacle "Remember Pierre Bourdieu" le 26 Mars 2010 au Centre Culturel de Nouzonville

Ensemble Arcadeus
Reprise du spectacle Remember Pierre Bourdieu (citations du sociologue, théâtre, musique, textes littéraires)
26 Mars 2010 au Centre Culturel de Nouzonville à 20h30
Il sera suivit d'un débat avec le sociologue Patrick Champagne.

Renseignements au 0324373749

http://www.arcadeus.net/

Parution: Savoir/agir n°11 Régions, térritoires locaux et proximité



Savoir/agir n°11
Régions, térritoires locaux et proximité
Michel Koebel - Patrick Lehingue - Frédéric Pierru
Éditions du Croquant
2010










Présentation de l'éditeur
Suppression de la taxe professionnelle, inversion des processus de décentralisation par durcissement de la contrainte budgétaire, remplacement des conseillers généraux et régionaux par des conseillers territoriaux moins nombreux mais mieux pensants, redécoupage des territoires et des compétences, fronde des notables sénatoriaux… À l’occasion des élections régionales de mars 2010, il nous a paru opportun de traiter de la question des territoires locaux.
Classiquement opposé au « national », le « local », de par les propriétés qui lui sont parfois très généreusement associées (diversité, dynamisme, inventivité, proximité, gestion sinon apolitique au moins non partisane, traitement sur le terrain des urgences sociales, laboratoire d’expérimentations et de démocratie participative…), est souvent paré de toutes les vertus et certains de ses représentants censés incarner au quotidien d’autres manières de faire de la politique. Si l’on admet avec Jacques Lagroye, « que les “notions” de local et de national sont des catégories forgées par les acteurs à d’autres fins que scientifiques, et que le chercheur ne peut donc s’approprier qu’avec une infinie prudence », le caractère proprement mythologique de cette opposition binaire durcie peut être vérifié à l’approche des élections régionales sur toute une série de questions.
En quoi les scrutins régionaux (derniers venus dans la liste des « nominations électives au suffrage universel ») sont-ils singuliers ? Les mécanismes de structuration de l’offre (délimitation des éligibles et constitution des listes) sont-ils spécifiques ? Les conseillers régionaux qui en sont issus sont-ils socialement plus représentatifs de leurs électeurs que les titulaires d’autres mandats ? Au terme de trois décennies, comment évaluer le degré réel d’autonomie et de particularisme dont bénéficieraient les collectivités locales ? Quels effets a eu la montée en puissance de l’intercommunalité sur le jeu politique local ? Pour des raisons budgétaires, ­n’assiste-t-on pas dans certains domaines (la santé, par exemple) à une dynamique de « verticalisation » qui restreint toujours plus les marges de manœuvre des collectivités territoriales aux prises avec des services déconcentrés de l’État fusionnés donc toujours plus puissants ?





Table des matières

Éditorial
Vers l’émergence d’une alternative globale ?
Frédéric Lebaron

Dossier
Régions, territoires locaux et proximité
Par Michel Koebel, Patrick Lehingue et Frédéric Pierru

Décentralisation et autonomie de l’espace politique local
Michel Koebel

La démocratisation de l’intercommunalité n’aura pas lieu
Fabien Desage, David Guéranger

Napoléon au pays du New Public Management
Frédéric Pierru

Une démocratie hybride ?
Laurent Godmer

Les singularités des élections régionales en France
Patrick Lehingue

La composition des listes socialistes aux élections régionales
Rémi Lefebvre

Grand entretien avec Jean-Louis Briquet
Clientélisme et pratiques politiques officieuses

Paroles
« Un morceau de ma chair qui me manquait »
Sabine Lambert et Olivier Paquereau

Chronique de la gauche de gauche
La gauche de gauche à l’épreuve des régionales
Louis Weber

Alterindicateurs
La longue marche vers de nouveaux indicateurs sur les territoires
Florence Jany-Catrice

Actualité
Grand Paris, le pari est-il encore gagnable ?
Guy Burgel

Europe
Un nouveau Président pour l’Union européenne
Michel Mangenot

Première campagne électorale, premier mandat de député européen
avec Marie-Christine Vergiat

Politiques d’ailleurs
Belgique : la fin des compromis ?
Bernard Conter, Jean Faniel

Retour sur les célébrations de la fin du communisme
Jérôme Heurtaux

samedi 20 mars 2010

Livres de l'ARESER: Les ravages de la "modernisation" universitaire et Quelques diagnostics et remèdes urgents pour une université en péril




Les ravages de la "modernisation" universitaire

Coordinateurs: Charle Christophe, Soulié Charles
SYLLEPSE
2008






Présentation de l'éditeur
Depuis plus de vingt ans, et en particulier depuis la déclaration de Bologne, la transformation des universités en Europe rassemble des hommes politiques de bords opposés et un petit nombre des universitaires qui en tirent partie. Les résultats ont pourtant tout pour inquiéter : imposition de recettes à peine adaptées des entreprises, exagération sans mesure des exigences de la professionnalisation, sélectivité accrue, concurrence entre établissements, hiérarchisation entre universités, obsession pour la rentabilité financière de l’investissement éducatif, sans oublier la précarisation des statuts d’enseignants et de chercheurs.

La comparaison conduite par des universitaires d’origine géographique différente montre l’inspiration néolibérale partagée qui hante les initiatives en apparence éclatées (à l’exemple de la récente loi française sur les libertés des universités). Le modèle universitaire privé nord-américain qui se heurte aux conditions spécifiques de chaque pays n’est pas exportable. Il favorise, au contraire, un véritable renversement de la table des valeurs académiques.

Ce diagnostic informé d’enseignants qui croient encore aux vertus critiques du savoir laisse crûment apercevoir les illusions et les faux débats du discours officiel ambiant.


Les auteurs :
Christophe Charle est professeur d’histoire à l’université Paris 1-Sorbonne et membre de l’Institut universitaire de France. Charles Soulié est sociologue à l’université Paris 8-Saint-Denis.














Quelques diagnostics et remèdes urgents pour une université en péril
Association de réflexion sur les enseignements supérieurs et la recherche
ARESER
Raisons d'Agir
1997






Présentation de l'éditeur
Ce petit livre présente, sous une forme rigoureuse et souvent un peu vive, une description clinique des principales maladies dont souffrent les universités françaises : manque d’implication de la communauté universitaire dans la vie des universités, sous-administration (au niveau central et surtout local), démoralisation d’un corps enseignant de plus en plus atomisé, dualisme scolaire et social, responsable, avec l’hétérogénéité croissante des étudiants, des échecs des premières années, pédagogie inadaptée, émiettement géographique d’institutions souvent en trompe-l’œil, clôture nationale et localisme exacerbé, manque d’encadrement aboutissant à l’anomie de la vie étudiante.
Pour chacun de ces symptômes les auteurs proposent des remèdes concrets et réalistes, éléments du traitement de choc nécessaire pour permettre au système d’enseignement de remplir vraiment les fonctions vitales qui sont les siennes.


Table des matières
7 Préambule
Sortir de l'indifférence
Pour une loi de programmation universitaire

19 Un avion sans pilote

25 Une institution sous administrée
Les origines du désinvestissement public
Créer un espace universitaire civique et critique
La sous-administration des universités
Une double commande ?
Le rôle des conseils des universités

40 Un corps enseignant atomisé et démoralisé
Les responsabilités de l'État
Le conflit des catégories
Des concours en trompe-l'œil

53 Dualisme scolaire et dualisme social
Le dualisme social des premiers cycles
Les sources du malaise étudiant
Réduire l'écart entre les filières
Des innovations à généraliser
Contre le catastrophisme conservateur

67 Une pédagogie anti-pédagogique
Des locaux inadaptés
Maîtriser le cours magistral
Les universités contre la lecture
Les origines immédiates du désinvestissement pédagogique
La démoralisation

84 Des universités en trompe-l'œil
Universités Majuscules, Universités Potemkine, antennes
Limites et enjeux du modèle
Faux-semblants et effets de nasse

104 L'université contre l'universel ?
La faiblesse de la préparation des étudiants
La résistance des structures nationales

114 Conclusion

vendredi 19 mars 2010

ARESER, LETTRE D’INFORMATION N°21

ARESER INFO
Association de réflexion sur les enseignements supérieurs
et la recherche
LETTRE D’INFORMATION N°21
FÉVRIER 2010

ÉDITORIAL
FAUX DÉBATS, VRAIE CATASTROPHE

Quand une société ou un système ne fonctionne plus, les responsables à court d’idées inventent des faux débats. Ils servent de leurres pour maintenir une apparence d’espace public et de projection vers l’avenir alors que chacun sait que rien n’en ressortira de concret que du temps gagné jusqu’à la prochaine crise. La politique universitaire ou d’enseignement en général et la politique française tout court en ont donné des exemples variés ces derniers temps. Le plus récent est la fausse querelle à propos des boursiers dans les grandes écoles. Avec ces deux chiffons rouges aux résonances historiques nobles et prestigieuses les « responsables » étaient sûrs de leur coup. Susciter de faux espoirs ou de fausses craintes, faire jouer à fronts renversés des réflexes rhétoriques de l’inconscient national, masquer par un théâtre de grandes phrases les véritables évolutions sous-jacentes et les vraies responsabilités politiques à l’œuvre depuis de longues années dans le silence des mesures techniques dont les effets se font sentir quand les décideurs ne sont plus là. « Démocrates » contre « élitistes », « baisse du niveau » contre « méritocratie », fils du peuple contre privilégiés, ces vieux antagonismes qui ont beaucoup servi dans les querelles scolaires anciennes sont ressortis des placards comme si rien n’avait changé depuis les années 1950. On oubliait au passage quelques problèmes qui ruinaient pourtant la plupart des arguments : ce « niveau » arbitrairement défini par des épreuves qui n’ont cessé de changer au cours de l’histoire, que mesure-t-il sinon l’arbitraire d’un rapport de force entre disciplines ? En quoi prédit-il autre chose que la conformité des lauréats à cet arbitraire ? La suite de l’existence, sauf pour quelques écoles très élitistes assurant des rentes de situation, démontre combien ces classements scolaires sont largement bouleversés par les classements sociaux et les héritages familiaux. Plus grave, n’oubliait-on pas surtout que l’on confondait, sous cette notion de grandes écoles aujourd’hui indéfiniment extensible, des institutions aux fonctions, aux recrutements et aux positions extraordinairement hétéroclites ? On mélangeait la dizaine d’établissements assurant à une minorité de ses diplômés les plus hautes positions sociales avec une masse d’écoles commerciales ou techniques, dont beaucoup privées ou payantes, fournissant certes des garanties d’emplois supérieurs à celles consenties aux diplômés des universités mais nullement ces rentes de situation mythiques extrapolées à partir de la minorité visible ? Enfin et surtout, alors qu’on avait affirmé haut et fort que c’était la seconde massification des universités qui, il y a plus de vingt ans maintenant, était censée relancer l’ascenseur social et ouvrir l’avenir aux enfants des classes populaires et des petites classes moyennes, n’avouait-on pas, avec ce remake troisième République des boursiers contre les héritiers sorti d’un mauvais roman de Bourget ou de Barrès, que les universités, une fois de plus, étaient poussées hors du jeu, qu’elles avaient échoué dans leur tâche et qu’il fallait revenir à la charité élective dans des « réserves » protégées, puisque l’Etat providence éducatif avait failli à concilier ouverture et promotion sociale sur fond de chômage et de déclassement ? Au moment même où les bonimenteurs de la grande école pour tous lançaient leur tour de passe passe, les technocrates de la RGPP détruisaient tranquillement la base même de tout l’édifice en sabotant l’encadrement pédagogique des futurs enseignants, en lançant une réforme absurde des concours de recrutement pour mieux les remplacer par des professeurs à tout faire ou des maîtres auxiliaires tenus en laisse et en obscurcissant un peu plus l’avenir pour les rescapés des universités dont on supprime les débouchés publics au moment même où le secteur privé licencie à tout va.
C. Charle, président de l’ARESER

Lire la suite du N°21 FÉVRIER 2010





QU'EST-CE QUE L'ARESER ?

L'ARESER, Association de réflexion sur les enseignements supérieurs et la recherche, a été créée en 1992 par un collectif d'une centaine d'universitaires et de chercheurs. Son objectif est de promouvoir une véritable communauté universitaire et scientifique souhaitant reprendre en main son avenir. Le premier président de l'association était Pierre Bourdieu et le secrétaire Christophe Charle. Comme le souligne l'Appel à la communauté des universitaires et des chercheurs lancé le 26 mars 1992 lors de la fondation de l'association : « De tous les défauts dont souffrent depuis longtemps l'enseignement supérieur et la vie intellectuelle en France, l'un des plus graves est l'absence d'une réflexion collective sur les finalités et les modalités d'une vie universitaire et scientifique adaptée tant à l'évolution des savoirs qu'aux transformations du public étudiant. Jusqu'ici, cette fonction réflexive a été remplie soit par des organisation dites représentatives qui, on le sait, connaissent une grave crise, soit par des groupes de pression ou des organisations de spécialistes qui ont, à présent, tendance à se cantonner dans des objectifs disciplinaires ou corporatifs étroits. » Contre les dysfonctionnements qui affectent les processus de décision et notamment la perte de contrôle des instances de spécialistes qui laisse à des « administrateurs scientifiques » le pouvoir de fixer les objectifs et les modalités des enseignements, l'ARESER entend rassembler les enquêtes et documents nécessaires pour proposer ses propres « diagnostics et remèdes urgents pour une université en péril », comme l'indique le titre du premier ouvrage publié par le collectif en 1997, lequel a été suivi par un second publié en janvier 2008 et intitulé : Les ravages de la « modernisation » universitaire en Europe.


A l'heure de la « modernisation » à marche forcée de l'enseignement supérieur européen selon des principes étroitement gestionnaires, concurrentiels et marchands, de la massification de cet enseignement, de la perte d'autonomie croissante de la recherche, comme de la bureaucratisation du métier d'enseignant et de chercheur, la nécessité d'une réflexion d'ensemble sur le devenir de l'enseignement supérieur et de la recherche s'impose encore plus fortement. L'ARESER entend proposer des solutions conjuguant démocratisation dans l'accès au savoir, mobilité sociale et autonomie scientifique. Au sentiment croissant de dépossession qui accable nombre d'universitaires et de chercheurs, il faut répondre par un effort accru de réflexivité critique. Les acquis indissociablement scientifiques et réflexifs de la recherche en lettres et sciences humaines doivent être mis en oeuvre pour permettre à l'ensemble de la communauté savante d'intervenir dans le débat public au nom d'une conception de l'université, comme de la recherche, collectivement discutée. L'Université de la République doit rester, elle aussi, une vraie république.

jeudi 18 mars 2010

Redécouvrir: Ernst Cassirer, Essai sur l'homme









Ernst Cassirer
Essai sur l'homme
Traduit de l'anglais par Norbert Massa
Collection « Le sens commun »
Minuit



Présentation de l'éditeur
Dans Essai sur l'homme, ouvrage qu'il écrivit à la fin de sa vie, Ernst Cassirer présente une théorie générale du mythe et de la religion, du langage, de l'art, de l'histoire et de la science qui se fonde sur une théorie unitaire de la fonction symbolique : en plus d'un point, Cassirer précise et nuance les acquis de ses recherches antérieures - par exemple en ce qui concerne la relation entre sa théorie du symbolisme et le structuralisme linguistique – en même temps qu'il en systématise les résultats.

Table des matières

Préface

Première partie : Qu'est-ce que l'homme ?
Chapitre 1 : La crise de la connaissance de soi – Chapitre 2 : Un accès à la nature de l'homme : le symbole – Chapitre 3 : Des réactions animales aux réponses humaines – Chapitre 4 : Le monde humain de l'espace et du temps – Chapitre 5 : Faits et idéaux

Deuxième partie : L'homme et la culture :
Chapitre 6 : Définition de l'homme du point de vue de la culture – Chapitre 7 : Mythe et religion – Chapitre 8 : Le langage – Chapitre 9 : L'art – Chapitre 10 : L'histoire – Chapitre 11 : La science – Chapitre 12 : Conclusion

Index des thèmes et des termes – Index des noms propres




Ernst Cassirer (Breslau, Silésie, 1874 - New York, 1945). Après des études de droit, de littérature, de philologie et de philosophie aux universités de Marburg, Berlin, Leipzig et Heidelberg, il poursuivit une carrière universitaire, d'abord comme maître de conférences à Berlin (1906), puis comme professeur titulaire à l"université de Hambourg à partir de 1919. Il donne sa démission quand Hitler devient chancelier du Reich et quitte définitivement l’Allemagne en 1933 pour la Suède, où il obtient une chaire à l’université de Göteborg, qu’il quitte en mai 1941 pour les États-Unis, où il devient professeur à l’université de Yale.

http://www.leseditionsdeminuit.eu/

mercredi 17 mars 2010

parution: Pierre Tevanian & Sylvie Tissot, Les mots sont importants












Pierre Tevanian & Sylvie Tissot
Les mots sont importants
Les éditions Libertalia
2010

Présentation de l'éditeur
Les mots sont importants : vivre dans l’omission de cette évidence laisse la voie libre aux plus lourds stéréotypes, amalgames, sophismes et présupposés. Depuis dix ans, le site « Les mots sont importants » publie des analyses sur la manière dont est socialement construit l’espace public légitime, et sur ce qu’il produit : entretien des préjugés et des politiques racistes ; légitimation de l’oppression dite « sécuritaire » ; occultation des questions dites « mineures » comme le sexisme ou l’homophobie ; triomphe du mépris de classe et de la « guerre des civilisations »…

Ce recueil rassemble 28 contributions.

- Le premier chapitre analyse de quelle manière la parole populaire est confisquée par ceux qui prétendent la recueillir et la publiciser : les éditorialistes, armés de sondages, qui font dire à « l’opinion publique » absolument tout ce qu’ils veulent.

- Le second chapitre revient sur le tournant antipopuliste de ces mêmes éditorialistes à chaque fois qu’émerge une expression populaire authentique et autonome (grève, émeute, victoire du « non » au référendum sur l’Europe).

- Le troisième chapitre analyse, sur des cas précis (émeutes, faits divers, commémorations), quelques formes de « mauvais traitements médiatiques » : stigmatisation des pauvres et des étrangers, légitimation de la violence économique, raciste, sexiste, homophobe.

- Le quatrième chapitre est consacré au deux poids deux mesures qui se manifeste dans la manière de publiciser, réprouver et combattre les différentes formes de violence raciste ou sexiste (affaires Dieudonné, Redeker, Devedjian, etc).

- Le cinquième chapitre déconstruit quelques « gros concepts » : des mots comme « communautarisme », « diversité », « mixité sociale », « repentance » ou « honte d’être français », qui ont pour fonction essentielle d’intimider et d’empêcher de penser.

- Dans le sixième chapitre, nous proposons des analyses qui ont en commun d’aller à contre-courant des interprétations dominantes de divers phénomènes : le racisme, la nature du sarkozysme et les raisons de son succès, les enjeux de la lutte contre le sexisme en banlieue, mais aussi la construction même de cet objet politique très particulier qu’est « la banlieue ».

- Nous avons enfin réuni, pour finir, plusieurs textes sur le sexisme, et plus précisément sur les formes machistes et virilistes du sexisme telles qu’elles se manifestent dans les hautes sphères de la politique, de la culture et de la communication, aussi bien chez Julien Dray que chez Eric Zemmour, Dominique de Villepin ou Nicolas Sarkozy...

Les auteurs
Pierre Tevanian est philosophe. Il a notamment publié Le Voile médiatique (Raisons d’agir, 2005), La République du mépris (La Découverte, 2007), Les Filles voilées parlent (La Fabrique, 2008, en collaboration avec Malika Latrèche et Ismahane Chouder), La Mécanique raciste (Dilecta, 2008).
Sylvie Tissot est sociologue. elle a publié L’Etat et les quartiers - Genèse d’une catégorie de l’action publique (Seuil, 2007) ; et en collaboration avec Pierre Tevanian Stop quelle violence ? (Esprit frappeur, 2001) et Le Dictionnaire de la lepénisation des esprits (Esprit frappeur, 2002).
http://editionslibertalia.com/

mardi 16 mars 2010

Brussels Alternative Summit 25 March 2010




















SPRING ALTERNATIVE SUMMIT

For Another Europe of Knowledge

Thursday 25 March 2010

European Parliament

Wiertz Street/Wiertzstraat 60 B-1047 Brussels

Room 7C050

- 10:00-12:30 AM / 2:00-6:00 PM
- (Arrival from 9:00 AM)
http://spring2010.eu/

dimanche 14 mars 2010

samedi 13 mars 2010

à paraître: Frédéric Lebaron, Gérard Mauger (dir.), Pierre Bourdieu

A paraître
Pierre Bourdieu
Frédéric Lebaron, Gérard Mauger (dir.)
Ellipses
2011

écoutez: à propos des entretiens de Pierre Bourdieu avec Roger Chartier

La suite dans les idées
émission du samedi 13 mars 2010
Actualité de Pierre Bourdieu
avec Roger Chartier



Roger Chartier et Pierre Bourdieu
Le sociologue et l'historien
Agone
2010

vendredi 12 mars 2010

Louis Pinto: Transmettre/recevoir un héritage intellectuel

Louis Pinto, research director at the Centre européen de sociologie et de science politique de la Sorbonne (CNRS/EHESS, Paris), discusses the conditions of possibility of the transmission and reception of an intellectual heritage in a paper presented at the conference "Was tun mit dem Erbe?" (Bielefeld, 2-3 october 2009).

Louis Pinto : Transmettre/recevoir un héritage intellectuel







Fondation Pierre Bourdieu

mercredi 10 mars 2010

écoutez: "Et si on fermait la Bourse ?", Là-bas si j’y suis, entretien avec Frédéric Lordon

"Et si on fermait la Bourse ?"
Là-bas si j’y suis, entretien avec Frédéric Lordon (Le samedi 6 mars 2010) autour de son article L’urgence du contre-choc dans Le Monde Diplomatique mars 2010

Blog de Frédéric Lordon

Parution: Laurent Cordonnier, L'économie des Toambapiks


















Laurent Cordonnier
L'économie des Toambapiks
Une fable qui n'a rien d'une fiction

ISBN: 2912107520
Editeur : Raisons d'Agir
2010

Présentation de l'éditeur
Dans L’économie des Toambapiks, Laurent Cordonnier utilise le ton et le style de la fable pour montrer avec ironie les effets désastreux que produit la transformation d’une paisible économie agraire imaginaire en une société capitaliste avancée qui, pour être conforme aux préceptes du néo-keynésianisme, n’en est pas moins cauchemardesque.

L’histoire commence ainsi :
« Même si c’est incroyable, les Toambapiks n’avaient en effet jamais entendu parler du Massachussets Institute of Technology, ni même des économistes néo-keynésiens, avant qu’un émissaire du FMI en charge des questions de développement leur proposât la venue de Happystone. « Je vous envoie la crème de la crème des économistes, avait fini par leur promettre l’émissaire. » Et il avait ajouté, persuadé d’emporter définitivement leur adhésion : « je veillerai même personnellement à ce que l’on ne vous envoie pas un économiste classique. Je pense plutôt à un néo-keynésien ». À vrai dire les Toambapiks étaient loin de pouvoir faire la différence entre un économiste classique et un néo-keynésien. Mais c’est sans doute que découlait de leur sagesse ancestrale cette forme de préscience avisée qui les en préservait. »

Laurent Cordonnier présente avec la même clarté et la même rigueur qui avait fait le succès de son ouvrage précédent aux Editions Raisons d’agir Pas de pitié pour les gueux, le raisonnement et les effets d’une organisation de la société selon la logique des économistes. Comme le précédent, qui pouvait être utilisé comme une sorte d’anti manuel d’économie du travail, ce livre donne une vision claire des principaux mécanismes qui régissent le fonctionnement macroéconomique des sociétés, selon les économistes bien sûr. En même temps, il fait ainsi une lecture implacable des non-dits politiques d’une vision du monde aujourd’hui à la fois dominante et ébranlée par la crise. Sur ton décalé, qui renoue avec la fable voltairienne, il propose un livre destiné à un large public.


Sommaire


7 Avant-propos de l’éditeur
9 Introduction
15 Les jardins
33 La cérémonie du walras
51 Le plan de Happystone
73 La mise en œuvre du plan
91 La disparition des profits
115 Le calvaire de Happystone
125 L’investissement et la réapparition des profits
151 L’âge d’or
171 La loi de Kalecki
189 La fin de l’âge d’or et le capitalisme financier
215 Épilogue
223 Annexes
233 Notes

http://www.homme-moderne.org/raisonsdagir-editions/

Lire également son article Un pays peut-il faire faillite ? dans Le Monde Diplomatique de mars 2010

March 12th and 13th 2010 – "Bologna Ministerial Anniversary Conference” International Protests in Vienna















On the 11th of March 2010 the education ministers of 46 countries want to celebrate the 10-year anniversary of the Bologna accords in Vienna. Students across Europe protest against this meeting and are organizing an alternative summit. Further actions involve demonstrations and blockades in the streets of Vienna.

For more information, see the official website of the alternative summit

mardi 9 mars 2010

Marta Roca i Escoda, La reconnaisance en chemin. L'institutionnalisation des couples homosexuels à Genève


Marta Roca i Escoda
La reconnaisance en chemin
L'institutionnalisation des couples homosexuels à Genève

SEISMO
2010







Présentation de l'éditeur
Depuis le milieu des années 1990, on assiste en Europe à un processus politique nouveau: la reconnaissance institutionnelle des couples homosexuels. En se centrant sur Genève - premier canton suisse ayant légiféré dans le domaine du partenariat homosexuel, ce livre suit le tracé sinueux et complexe d'une lutte pour la reconnaissance qui s'est provisoirement achevée par la confection d'un dispositif juridique inédit. L'auteur s'attache à montrer combien la demande d'une loi sur les unions homosexuelles est étonnante au regard de l'agenda politique et des topiques contestatrices du mouvement homosexuel tel qu'il s'est affirmé sur la scène publique dans les années 1970 et 1980. L'histoire politique menant de positions contestataires à une aspiration à la reconnaissance est décrite à travers une analyse fine de la dynamique des organisations homosexuelles actives en Suisse romande, des mutations de leurs revendications et des luttes menant à l'obtention de droits similaires - sinon identiques - à ceux des couples hétérosexuels. A l'heure où la question des droits des couples homosexuels est largement débattue dans de nombreux pays européens, ce livre fait preuve d'une grande actualité politique.

Marta Roca i Escoda est docteure en sociologie de l'Université de Genève. Née à Barcelone, elle est licenciée en sociologie de l'Université Autonome de Barcelone et diplômée en Etudes Genre et en Sociologie de l'Université de Genève. Elle a été d'abord assistante aux Etudes Genre, puis au département de sociologie de l'Université de Genève, où elle a été par la suite chargée de cours et collaboratrice scientifique. Outre l'enseignement, elle a pris en charge la coordination du projet européen ESSE (Pour un Espace des Sciences Sociales Européen). Sa thèse en sociologie, intitulée " Mise en jeu et mise en cause du droit dans le processus de reconnaissance des couples homosexuels " a été défendue avec succès en février 2006 à la faculté SES de l'Université de Genève. Actuellement, elle est chercheuse invitée, avec une bourse post-doctorale du FNRS suisse, à l'Université Libre du Bruxelles, au sein du Groupe de Recherche sur l'Action Publique. Elle est également invitée comme chercheuse à l'institution de droit et technologie (IDT) de l'Université Autonome de Barcelone.

Ses domaines de prédilection sont l'action publique, les sexualités, le genre, la famille, le droit, la philosophie morale et politique.

Elle collabore à la coordination de l'atelier Genre(e) et sexualité(s) de l'ULB.

http://www.seismoverlag.ch/

dimanche 7 mars 2010

10 mars, Michel Koebel pour la présentation du dossier de la revue Savoir/Agir N°11



















Le réseau Pierre Bourdieu un hommage a le plaisir de vous inviter à la présentation par Michel Koebel du dossier Régions, territoires locaux et proximité de la revue Savoir/Agir N°11, sur l'espace second life Pierre Bourdieu un hommage.

Date et Lieu: 10 mars à 21h30 sur l'espace second life Pierre Bourdieu un hommage

Suivez ces liens pour écouter et poser vos questions:
Comment s'inscrire sur second life?
Second Life Registration
Une fois l'inscription faite et le logiciel téléchargé on clique sur le lien suivant pour aller directement sur l'espace Pierre Bourdieu un hommage



Présentation du dossier
Savoir/Agir n°11
Éditions du Croquant
Sortie prévue : mars 2010

Régions, territoires locaux et proximité
Dossier coordonné par Michel Koebel, Patrick Lehingue et Frédéric Pierru

Suppression de la taxe professionnelle, inversion des processus de décentralisation par durcissement de la contrainte budgétaire, remplacement des conseillers généraux et régionaux par des conseillers territoriaux moins nombreux mais mieux pensants, redécoupage des territoires et des compétences, fronde des notables sénatoriaux … À l’occasion des élections régionales de mars 2010, il nous a paru opportun de traiter de la question des territoires locaux.
Classiquement opposé au « national », le « local », de par les propriétés qui lui sont parfois très généreusement associées (diversité, dynamisme, inventivité, proximité, gestion sinon apolitique au moins non partisane, traitement sur le terrain des urgences sociales, laboratoire d’expérimentations et de démocratie participative…), est souvent paré de toutes les vertus et certains de ses représentants censés incarner au quotidien d’autres manières de faire de la politique. Si l’on admet avec Jacques Lagroye, « que les "notions" de local et de national sont des catégories forgées par les acteurs à d’autres fins que scientifiques, et que le chercheur ne peut donc s’approprier qu’avec une infinie prudence », le caractère proprement mythologique de cette opposition binaire durcie peut être vérifié à l’approche des élections régionales sur toute une série de questions.
En quoi les scrutins régionaux (derniers venus dans la liste des « nominations électives au suffrage universel ») sont-ils si singuliers ? Les mécanismes de structuration de l’offre (délimitation des éligibles et constitution des listes) sont-ils spécifiques ? Les conseillers régionaux qui en sont issus sont-ils socialement plus représentatifs de leurs électeurs que les titulaires d’autres mandats ? Au terme de trois décennies, comment évaluer le degré réel d’autonomie et de particularisme dont bénéficieraient les collectivités locales ? Quels effets a eu la montée en puissance de l’intercommunalité sur le jeu politique local ? Pour des raisons budgétaires, n’assiste t’on pas dans certains domaines (la santé, par exemple) à une dynamique de « verticalisation » qui restreint toujours plus les marges de manœuvre des collectivités territoriales aux prises avec des services déconcentrés de l’Etat fusionnés donc toujours plus puissants ?

§ Les singularités des élections régionales en France (Patrick Lehingue)
§ Décentralisation et autonomie de l’espace politique local (Michel Koebel)
§ Les effets des transformations économiques sur le jeu politique local (Frédéric Pierru)
§ La démocratisation de l'intercommunalité n’aura pas lieu (Fabien Desage et David Guéranger)
§ La composition des listes socialistes aux élections régionales. Velléités rénovatrices et néo-féodalisation du PS (Rémi Lefebvre)
§ Une démocratisation hybride ? Les élus régionaux entre représentation-miroir et élitisme social (Laurent Godmer)

(merci à Michel Koebel et Alain Oriot pour les infos ci-dessus)

mercredi 3 mars 2010

Programme du 5e festival Raisons d'agir 2010 « Surveiller, ficher et pénaliser »

Festival "Raisons d'agir" 2010
SURVEILLER, FICHER, PENALISER
avec: Loïc Wacquant, sociologue, Peter Watkins, cinéaste, Manu Luksch, net-artiste, et de nombreux chercheurs en sciences sociales, documentaristes, militants.
A Poitiers, du 26 au 27 mars 2010.


























http://festivalraisonsagir.org/

Séminaire: Lionel Paolella (HEC), Sociogenèse, pratiques, et légitimité des conseils économiques institutionnels, 12 mars

Séminaire sociologie des faits économiques

Vendredi 12 mars 2010, 10h-12h
MSH, 54 bd Raspail, Paris 6ème (S. 412, 4ème étage)

Lionel Paolella (HEC)

Sociogenèse, pratiques, et légitimité des conseils économiques institutionnels
Le cas du Conseil d'Analyse Economique


Contacts :
Marie-France Garcia (INRA-RITME)
mfcgarcia@aol.com

Rémy Caveng (UPJV-CURAPP)
rcaveng@wanadoo.fr



Prochaines séances :


9 avril 2010
Claire Lemercier (IHMC-ENS)
Le règlement de conflits économiques à Paris au 19ème siècle

21 mai 2010
Marie-France Garcia (INRA-RITME)
Le marché de la certification et la production biologique

18 juin 2010
Marie-Victoire Bouquet (CSE)
L’intérêt au désintéressement.
Les candidats au bénévolat dans une association caritative

mardi 2 mars 2010

Actes de la recherche en sciences sociales, n°181-182, Les partitions du goût musical



















Extrait
« Le goût classe, et classe celui qui classe », montrait PB dans La Distinction à la fin des année 1970. Le goût n’est pas une simple affaire de tempérament individuel. Entre l’oeuvre et celui qui la goûte, toutes une série de médiations sociales s’intercalent : la trajectoire sociale du consommateur, les mécanismes de sociabilités qui se jouent, par exemple, dans les groupes des pairs, ou encore l’activité de tous les intermédiaires qui contribuent à former les goûts. C’est en se plaçant sur le terrain de la musique, que ce numéro d’Actes de la recherche en sciences sociales contribue à l’analyse du goût. Des exemples aussi différents que celui de la jazzophilie française ou de l’histoire de la samba au Brésil au cours du XXe siècle montrent, par exemple, comment les goûts se forment et se transforment, avec les « genres » auxquels ils s’attachent. Les analyses développées mettent particulièrement en lumière le rôle des « connaisseurs », les critiques savants aussi bien que, au XXe siècle, les programmateurs de radio et les professionnels du marché du disque, dans la définition des pratiques musicales légitimes et, bien souvent, corrélativement, dans la disqualification de pratiques d’écoute « amateurs ». Plusieurs articles rendent sensible à la concurrence qui se joue, de longue date, au sein des classes cultivées (et entre leurs différentes fractions) entre un goût « général » et un goût « savant » qui considère, de façon moins « hédoniste », que la compréhension des oeuvres nécessite une connaissance spécifique. Si le numéro aborde, à travers plusieurs objets empiriques, la formation d’un goût esthète ou/et savant, il n’ignore pas des pratiques musicales plus populaires et la relation spécifique qu’elles entretiennent avec le goût : le cas de la musique d’harmonie, par exemple, montre que le goût n’est pas toujours, pour les musiciens, la condition de la pratique. La question de l’éclectisme croissant du goût musical traverse également le numéro. Le penchant à l’éclectisme varie-t-il (dans son intensité comme dans ses formes) selon les catégories sociales ? Faut-il voir dans les progrès qu’il enregistre dans les milieux cultivés la fin d’une « parenthèse cultivée » qui s’est ouverte au XVIIIe siècle quand la musique s’est dotée, dans les catégories privilégiées, d’une tradition savante comparable à celle qui existait déjà dans d’autres domaines artistiques ?
C’est également à un retour réflexif sur la sociologie du goût, et peut-être plus généralement de la culture, que ce numéro convie. Les années 1960 ont marqué une étape importante en ce domaine, avec les premières grandes enquêtes empiriques et la mise au point d’analyses qui restent aujourd’hui des références cardinales. Depuis, des thèses concurrentes ont été défendues. Il reste à savoir si elles constituent des mises en question aussi radicales qu’on l’a parfois dit. Les développements de la sociologie du goût et, plus généralement de la culture, sur ces quarante dernières années invitent également à s’interroger sur les effets néfastes de la division du travail scientifique qui tend ordinairement à séparer l’analyse des biens culturels et celle de leur réception. Le numéro, à cet égard, montre tout l’intérêt d’une approche plus intégrée : c’est dans les relations entre ces deux dimensions que semblent se jouer quelques-uns des mécanismes les plus importants de la formation du goût musical.



au sommaire


4 La fabrique des goûts
Wenceslas Lizé et Olivier Roueff

12 Hédonismes et ascétismes musicaux au prisme de l’histoire
Entretien avec William Weber

18 Le savant et le général. Les goûts musicaux en France au XVIIIe siècle
William Weber

34 La montée des intermédiaires. Domestication du goût et formation du champ du jazz en France, 1941-1960
Olivier Roueff

60 Le goût jazzistique en son champ. L’espace parisien de la jazzophilie
Wenceslas Lizé

88 Les métamorphoses de la légitimité. Classes sociales et goût musical en France, 1973-2008
Philippe Coulangeon

106 Quand le goût ne fait pas la pratique. Les musiciens amateurs des orchestres d’harmonie
Vincent Dubois, Jean-Matthieu Méon et Emmanuel Pierru

126 Le goût de ces choses bien à nous. La valorisation de la samba comme emblème national (Brésil, années 1920-1940)
Vassili Rivron

142 Lectures Critiques À l’écoute du rap : une politique du corps chantant
Olivier Roueff

146 Lectures Critiques Distinction studies
Julien Duval

http://www.arss.fr/