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Rien n'est plus surprenant pour ceux qui considèrent les affaires humaines avec un oeil philosophique que de voir la facilité avec laquelle la majorité (the many) est gouvernée par la minorité (the few) et d'observer la soumission implicite avec laquelle les hommes révoquent leurs propres sentiments et passions en faveur de leurs dirigeants. Quand nous nous demandons par quels moyens cette chose étonnante est réalisée, nous trouvons que, comme la force est toujours du côté des gouvernés, les gouvernants n'ont rien pour les soutenir que l'opinion. C'est donc sur l'opinion seule que le gouvernement est fondé et cette maxime s'étend aux gouvernements les plus despotiques et les plus militaires aussi bien qu'aux plus libres et aux plus populaires
(David Hume in Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, Seuil, Collection Liber, 1997, Points, 2003 P.257, aussi in Sur l'Etat. Cours au Collège de France 1989-1992, Raisons d'agir/Seuil, 2012, p.257-258)

lundi 31 mai 2010

Gilles Remillet, ETHNO-CINÉMATOGRAPHIE DU TRAVAIL OUVRIER


Gilles Remillet
ETHNO-CINÉMATOGRAPHIE DU TRAVAIL OUVRIER
Essai d'anthropologie visuelle en milieu industriel

Dvd du film Ouvrier de Tamaris inclus
L'Harmattan
2009


Présentation de l'éditeur
Cet ouvrage présente le fruit d'une recherche menée en anthropologie filmique ; l'enquête de terrain, conduite dans une fonderie gardoise (région d'Alès) sur une période de deux ans (2000-2002), avait pour but de décrire et d'analyser, au moyen de l'image filmique, les pratiques quotidiennes de la coopération ouvrière.
Il s'agissait de rendre compte, non seulement des processus matériels, mais également des règles, normes et valeurs qui sous-tendaient les actions des hommes au travail. L'auteur montre que malgré les restrictions relatives à l'insertion en milieu industriel, l'étude, menée conjointement sur les plans praxéologique, scénique et ethnologique a révélé l'intérêt du film comme outil privilégié pour une micro-analyse des situations de travail.
Appuyant sa réflexion sur un film réalisé dans l'usine (Ouvriers de Tamaris), l'auteur met en évidence la manière dont la forte réflexivité qu'offre l'image à l'ethnologue contribue à une meilleure connaissance anthropologique du travail industriel.

Né en 1970, Gilles Remillet est ethnologue-cinéaste.
Membre du groupe de recherche Cinémas, Représentations, Identités de l'Université Paris X-Nanterre et du Centre interdisciplinaire Récits, Cultures, Psychanalyse, Langues et Sociétés (CIRCPLES) de Université de Nice Sophia Antipolis, il poursuit des recherches sur le milieu ouvrier, l'anthropologie de la maladie, l'anthropologie visuelle, l'épistémologie et la méthodologie du cinéma anthropologique et documentaire.

Nicolas JOUNIN, Chantier interdit au public


Nicolas JOUNIN
Chantier interdit au public
Enquête parmi les travailleurs du bâtiment

Collection : La Découverte Poche / Sciences humaines et sociales n°307
2009



Présentation de l'éditeur
Le secteur de la construction a souvent défrayé la chronique économique ou judiciaire, mais le quotidien des chantiers demeure obscur. C’est ce quotidien qu’explore ce livre. L’auteur, qui s’est immergé durant une année dans le monde du béton armé parisien, en tant qu’ouvrier, retrace ici l’itinéraire de son enquête. Au fil des expériences et des rencontres, il expose les conditions d’emploi et de travail liées au recours croissant à la sous-traitance et à l’intérim : division des collectifs ouvriers, infériorisation et culpabilisation des sous-traitants et des intérimaires, pratiques illégales d’employeurs, contradictions pesant sur la sécurité au travail, recours massif à une main-d’œuvre étrangère fragilisée et parfois sans papiers, racisme et discriminations…
L’enquête ébranle au passage certaines idées reçues et témoigne également des résistances des travailleurs concernés. S’ils s’affrontent rarement à leurs employeurs, ils entretiennent en revanche une révolte souterraine qui peut menacer à l’occasion les constructions et contraindre les employeurs à mettre en œuvre des aménagements. L’implication physique de l’auteur dans son enquête permet une restitution fine des situations rencontrées et offre une immersion impressionnante dans cet univers méconnu du bâtiment.


table des matières
Introduction - Le jeu de l'oppression et de la résistance sur les chantiers - La « pénurie de main-d'oeuvre » : un bon point... de départ si on ne la prend pas trop au sérieux - L'enquête -
1. Les « mamadou » : l’humiliation ordinaire - L’intérim des manœuvres : une discrimination inversée ? - À situation précaire, humiliation stable - « Mamadou » : entre classe et race - Derrière les « Mamadou » : des émigrés et des (dés)illusions - Keïta, prisonnier de son statut - Un apartheid professionnel ?
2. Des « bétonneurs » sans ouvriers ? L’externalisation - L’exemple d’un chantier : sept travailleurs sur huit externalisés - Les travailleurs externalisés : étrangers au cœur de la production - Comment contourner de nouvelles lois en profitant de nouvelles lois : petite histoire de l’externalisation
3. « Toujours à la bourre, les ferrailleurs » - Les éternels fautifs - Fuites et absences - Une externalisation sous le contrôle des donneurs d’ordres -
4. « Je préférerais vendre des savonnettes » : l’intérim - Une organisation de la précarité - Affaiblir des affaiblis - La stabilité dans la précarité - Une gestion discriminatoire de la main-d’œuvre - Un « commerce » si particulier
5. Intérimaires fidélisés contre travailleurs détachés - Les « noyaux » - « Un ouvrier du bâtiment qui vit après soixante-cinq ans, c’est qu’il a été feignant » - Ferrailleurs embauchés et intérimaires : deux mondes étanches mais côte à côte - Et après ? Le ferrailleur polonais
6. Une belle équipe ? - Un patron d’un côté, un employeur de l’autre - Intérimaires et embauchés : divisions et réconciliations toujours à refaire - La peur des mouchards - Le chef de chantier ou la technique du « gueulard » - Discrimination : quand l’anticipation rejoint la réalité - Rendus à l’intérim
7. « Arrêtez, je suis le premier concerné par la sécurité ! » - L’« union sacrée » contre les inspecteurs : la sécurité en représentation - Un affrontement clandestin du danger - Cadence et prudence : des exigences contradictoires portées par une même hiérarchie - Beau temps ou intempéries ? Tout dépend du rapport de forces - Ouvriers coupables, mais pas responsables - La déresponsabilisation en cascade : la sécurité à l’épreuve de l’externalisation
8. L’ouvrier impossible - Aller-retour des qualifications - Un sans-papiers vous manque et tout est désorganisé - Les Portugais : des petits chefs incarnés ethniquement - Être français sur un chantier : soit « con » soit « chef »
Conclusion - Le travail et le travailleur dissociés ? - Logique marchande et logique personnelle - Loyautés incertaines : les travailleurs du bâtiment entre discrimination et précarité - De la liberté du citoyen à celle du travailleur
Annexes
Éléments bibliographiques.




Nicolas Jounin est maître de conférences en sociologie à l’université Paris-VIII et chercheur au laboratoire URMIS (Unité de recherches Migrations et société). En 2009, il a reçu pour Chantier interdit au public (La Découverte, 2008), le prix « La Ville à lire », créé par France Culture et la revue Urbanisme.

dimanche 30 mai 2010

ÜBER LEBEN IM UMBRUCH - Konferenz und Theaterspektakel, 3. bis 5. Juni 2010



ÜBER LEBEN IM UMBRUCH - Konferenz und Theaterspektakel

3. bis 5. Juni 2010 im Collegium Hungaricum Berlin und Maxim Gorki Theater Berlin

Das Programm

samedi 29 mai 2010

à paraître: Pierre Bourdieu, Kunst und Kultur


Pierre Bourdieu
Kunst und Kultur
Kunst und künstlerisches Feld
Schriften zur Kultursoziologie

1. Auflage
Pierre Bourdieu – Schriften, Band 12.2)
UVK
geplant für Oktober 2010




Présentation de l'éditeur
Der soziale Umgang mit Kunst und Literatur als Kennzeichen der »feinen Unterschiede« hat Bourdieu schon zu Beginn seiner Forschungen beschäftigt. Parallel zu diesen Studien über den »Konsum« von Kultur entsteht auch eine Reihe von Arbeiten und Vorträgen zur Logik der Kulturproduktion.

Von Elementen einer Theorie der Kunstwahrnehmung über Skizzen zur Struktur des »künstlerischen Feldes« bis hin zu den historischen Dimensionen der Entstehung einer »reinen Ästhetik« demonstriert Bourdieu in immer dichteren Analysen die Mechanismen der Kulturproduktion als sozial hoch voraussetzungsreiche Arbeit am Glauben an ihre eigene Voraussetzungslosigkeit. Im zweiten Band der Schriften Bourdieus zu »Kunst und Kultur« sind diese Studien sämtlich zusammengefasst.


Pierre Bourdieu (eigentlich Pierre-Félix Bourdieu; * 1. August 1930 in Denguin, Pyrénées-Atlantiques; † 23. Januar 2002 in Paris) war einer der bekanntesten Soziologen des 20. Jahrhunderts. Er studierte Philosophie in Paris an der École Normale Supérieure und arbeitete als Lehrer. Mit einem Buch über den Aufenthalt in Algerien 1958 - 1960 ("Die zwei Gesichter der Arbeit") begründete er seine Reputation als Soziologe. Seit 1981 hatte Bourdieu einen Lehrstuhl am Collège de France. Im Jahre 1993 wurde er mit der "Médaille d'or du Centre National de la Recherche Scientifique" (CNRS) ausgezeichnet. Pierre Bourdieus soziologische Forschungen, zumeist im Alltagsleben verwurzelt, waren vorwiegend empirisch orientiert. Er war bekannt als politisch interessierter und aktiver Intellektueller, der sich gegen die herrschende Elite und den Neoliberalismus wandte.

Lire la présentation en anglais de la German Edition of Pierre Bourdieu's Writings sur le site de la Fondation Pierre Bourdieu

vendredi 28 mai 2010

Homo academicus – Recherche et enseignement à l’Université. Homo academicus – Was heißt Forschen und Lehren an der Universität ? 14 et 15 juin

Homo academicus – Recherche et enseignement à l’Université. Homo academicus – Was heißt Forschen und Lehren an der Universität ?


Französisch-österreichischer Workshop im Rahmen der Masterstudien Philosophie (Universität Wien), Philosophie und Sozialwissenschaften (ENS, Paris)
Atelier franco-autrichien dans le cadre du cycle de master de philosophie (Université de Vienne) et des départements de sciences sociales et de philosophie (ENS, Paris)

Konzeption und Leitung: Elisabeth Nemeth (Universität Wien) und Eric Brian (EHESS & ENS, Paris)

Zeit: Montag, 14. 6. 2010, 9:30 – 18:30 ; Dienstag, 15. 6. 2010, 10:00 – 12:00
Ort: Institut für Philosophie der Universität Wien, Universitätsstraße 7, A-1010 Wien, Hörsaal 2H

Die Tagung ist Teil von Forschungsseminaren im Rahmen der MA-Studienprogramme in Paris (ENS) und an der Universität Wien (MA Phil). In diesen Seminaren werden Texte zu Wissenschaft und Universität des französischen Soziologen und Philosophen Pierre Bourdieu gelesen und diskutiert. Als Bezugspunkt innerhalb der philosophischen Tradition ziehen wir Immanuel Kants Schrift „Der Streit der Fakultäten“ heran. Sie kann als Hintergrund zu Bourdieus Studie „Homo academicus“ eine instruktive Rolle spielen. Bourdieus Forschungen zeigen, dass sich innerhalb der Universität dasjenige Spannungsverhältnis abbildet, das für ihren Ort in der Gesellschaft charakteristisch ist: Einerseits hat die Universität als Bildungsinstitution eine reproduktive Funktion für die gesamte Gesellschaft, andererseits ist sie Teil des wissenschaftlichen Felds, das einer relativ eigenständigen Logik gehorcht.
Bourdieu und Kant liefern einen konzeptionellen Rahmen, in dem die Frage danach, was an Universitäten geleistet werden kann, in einer differenzierten Weise gestellt werden kann. Was können Akteurinnen und Akteure im universitären Raum aus den Einsichten Kants und Bourdieus für ihre Arbeit und ihr Selbstverständnis lernen? Und lassen sich diese Einsichten auf die konkrete Arbeit innerhalb eines Forschungsprojekts bzw. einer Master- oder Diplomarbeit anwenden? Vor dem Hintergrund der Texte von Kant und Bourdieu soll jede Teilnehmerin / jeder Teilnehmer die eigene Master- oder Diplomarbeit reflektieren: sind die Kriterien Kants bzw. Bourdieus für das, was wissenschaftliche Arbeit an der Universität ist, auf die eigene Arbeit anwendbar? Wenn ja, was folgt für die eigene Arbeit daraus? Wir wollen uns auf die Doppelperspektive Philosophie / Soziologie einlassen und erkunden, was sich daraus für die Entwicklung eines Forschungsthemas gewinnen lässt.

Für die Tagung am 14./15. Juni 2010 werden MA-Studenten der ENS in Paris ENS und der Universität Wien zusammenkommen, die sich im laufenden Semester mit denselben Themen auseinandergesetzt haben. Sie werden ihre Arbeiten vorstellen und gemeinsam diskutieren.
Sprachen: Englisch, Französisch, Deutsch

Präsentationen / Interventions : Lara Berger (Wien) ; Michael Bürkner (Wien) ; Olivier Daudé (Paris) ; Ole Hexel (Paris) ; Adina Hulda Seeger (Wien) ; Pierre de Larminat (Paris) ; Elke Park (Wien) ; Yann Renisio (Paris) ; Nicole Rossmanith (Wien) ; Barbara Rothmüller (Wien) ; Rémi Sinthon (Paris) ; Bianca Winkler (Wien).

Literatur:

* Bourdieu, Pierre: Homo academicus, Frankfurt / Main: Suhrkamp, 1988
* Bourdieu, Pierre: The specificity of the scientific field and the social conditions of the progress of reason, in: Social Science Information 1975, 19-47
* Bourdieu, Pierre: Science of Science and Reflexivity, Cambridge: Polity, 2004
* Bourdieu, Pierre: Sozialer Raum und ‚Klassen’. Leçon sur la leçon, Frankfurt/Main: Suhrkamp, 1985, S.9-46
* Bourdieu, Pierre, J.-C. Chamboderon, J.-C. Passeron: Soziologie als Beruf. Wissenschaftstheoretische Voraussetzungen soziologischer Erkenntnis, Berlin/New York: de Gruyter, 1991
* Bourdieu, Pierre und Loic Wacquant : Reflexive Anthropologie, Frankfurt/Main : 1996
* Fröhlich, Gerhard: Bourdieu-Handbuch. Leben-Werk-Wirkung, Stuttgart: Metzler, 2009
* Immanuel Kant: Der Streit der Fakultäten, in: Schriften zur Anthropologie, Geschichtsphilosophie, Politik und Pädagogik 1, Werkausgabe Bd. XI, hg. V. W. Weischedel, Frankfurt/Main: Suhrkamp 1977, S.261-393
* Nemeth, Elisabeth: Institutionalisierte Illusionen: Forschung, Ausbildung und Bildung an der Universität, in: IWK-Mitteilungen 4/1996, S.26-38


Koordination:
Roland.Lukesch@univie.ac.at
Elisabeth.Nemeth@univie.ac.at
Eric.Brian@ens.fr

jeudi 27 mai 2010

festival Paris en Toutes Lettres: discussion publique entre Annie Ernaux et Didier Eribon, 12 juin 2010




festival Paris en Toutes Lettres


Annie Ernaux & Didier Eribon

Présentation de la Rencontre
« Je suis un fils de l’injure. Un fils de la honte. » écrit Didier Eribon dans Retour à Reims. Ce récit intime commence après la mort de son père et il part sur les traces d’une histoire qu’il a écartée, refusée : celle de son enfance dans un HLM à Reims, avec un père à l’usine, une mère femme de ménage. Cette honte sociale et politique, les formes de domination qui y sont liées, ce sont aussi celles qu’Annie Ernaux a explorées, dans La place et dans La Honte notamment. Cette rencontre est l’occasion de faire dialoguer deux écrivains qui font, à leur manière, œuvre de sociologues, et déchiffrent la fabrique des identités avec un puissant talent littéraire.

Annie Ernaux, Les années, Gallimard, 2008
Didier Eribon, Retour à Reims, Fayard, 2009


CENTQUATRE, 104 rue d'Aubervilliers-5 rue Curial, Paris 19ème, 12 juin 2010, 18h30





(merci à Didier Éribon pour l'info, G.Q.)

Vincent Dubois, La vie au guichet, 3e édition


Vincent Dubois
La vie au guichet
Relation administrative et traitement de la misère

Préface de Jacques Lagroye
3e édition
Economica
2010





Le guichet d'une administration concentre et symbolise tous les traits négatifs que l'on a coutume de prêter à la bureaucratie (attente, routine, impersonnalité, froideur, formalisme, etc.).
À l'inverse, les discours de la " modernisation du service public " prétendent " personnaliser " l'accueil et transformer l'" usager " en " client ". En révélant la teneur des interactions au guichet et en les replaçant dans les structures sociales qui les fondent, l'analyse proposée ici écorne tant le mythe de l'abstraction bureaucratique que celui qui assimile la relation administrative à un échange " commercial ".
À partir du cas des caisses d'allocations familiales, ce livre rend compte des conséquences de la dégradation des conditions sociales et économiques sur le rapport à l'administration et, dans le même temps, montre le rôle des relations administratives dans le traitement de la misère et la gestion des rapports sociaux. A priori routinières et formelles, les relations administratives se révèlent alors délicates et chargées d'enjeux.
A priori standardisés et impersonnels, les rôles bureaucratiques se révèlent fortement perméables aux dispositions de ceux qui les jouent.

Vincent DUBOIS
Professeur en science politique, UdS
Membre de l'Institut Universitaire de France
Professor of Political Science, IEP Strasbourg, Institut Universitaire de France

John Langshaw Austin, Le langage de la perception


John Langshaw Austin
Le langage de la perception
Traduction de Paul Gochet
Nelle édition revue et corrigée par B. Ambroise
Introduction de Bruno Ambroise et Sandra Laugier
Vrin
2007


Présentation de l'éditeur
La tradition empiriste considère que le connaissance du monde qui nous entoure se fait au moyen des sens qui nous en offrent une représentation. Lorsque cette perception n’est pas illusoire, c’est-à-dire lorsque les sens ne trompent pas, elle considère que le sujet peut fonder sur cette perception une connaissance vraie. Austin critique de manière dévastatrice tous les arguments qui soutiennent cette vision « scolastique » des choses et, en cela digne héritier du « réalisme oxonien », montre qu’il n’y a aucun sens à prétendre que les sens « représentent » quoi que ce soit, ni par conséquent qu’ils nous trompent, ni à vouloir « fonder » la connaissance sur la perception. S’appuyant, sur l’usage ordinaire du langage, considéré comme critériel, plutôt que sur une recontruction logique jugée illusoire, il propose une autre logique de la perception et de la connaissance qui lui permet de rejeter toutes les positions philosophiques idéalistes ou réalistes en revenant à la position ordinaire de « l’homme de la rue ».

Gérard Vincent, Benoist Jocelyn (sous la dir.) Lectures de Husserl


Gérard Vincent, Benoist Jocelyn (sous la dir.)
Lectures de Husserl
Ellipses
2010



Présentation de l'éditeur
Husserl (1858-1938), par plus d’un trait, incarne probablement, dans la première moitié du XXe siècle, la figure du dernier philosophe « classique ». Il fait partie de ces philosophes qui croient que la philosophie est une connaissance fondée en raison, qui aspire à la scientificité. Son propos est précisément de faire de la philosophie une « science rigoureuse », établie une fois pour toutes. Lorsque, en 1935, il écrit, dans des lignes célèbres, et souvent mésinterprétées : « La philosophie comme science, comme science sérieuse, rigoureuse, et même apodictiquement rigoureuse : ce rêve est fini » (La Crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale), il ne s’agit aucunement d’une renonciation, mais d’un diagnostic sur l’esprit de l’époque, que Husserl déplore, et contre lequel il entend lutter — même si, il ne faut jamais le perdre de vue, pour Husserl, lutter contre celui-ci, c’est le comprendre aussi, en identifier les raisons.
Cette réaffirmation, d’un bout à l’autre de l’œuvre, de l’idéal classique de la philosophie, pensé et constitué comme tel, est, cependant, sans naïveté. Il ne s’agit pas, pour Husserl, de dire qu’on peut tout bonnement, imperturbablement, « faire de la philosophie comme on en a toujours fait », ignorant purement et simplement ce qui se manifeste apparemment toujours plus dans le réel comme une irrationalité tragique. Le rationalisme, précisément, requiert une refondation, et c’est sous le signe de cette refondation que se place toute la pensée de Husserl.

lundi 24 mai 2010

entretien: Pierre Bourdieu, "Tout est social"

"Tout est social", entretien avec Pierre Bourdieu, propos recueillis par Pierre-Marc de Biasi
in Magazine Littéraire n°303, octobre 1992

voir, ci-dessous, le commentaire de Bourdieu (entretien avec Yvette Delsaut in Biliographie de Pierre Bourdieu, Le Temps des Cerises, 2002, P.227) à propos de la publication de cet entretien:
"P.B. Oui. Mais "assumé par moi", ça ne veut pas dire, comme on a tendance à le penser, que j'entends exercer une censure en donnant ou refusant l'imprimatur. Non, il y a des critères: d'abord c'est de moi ou pas de moi, deuxièmement c'est de moi et transcrit correctement, sans déformations, stylistiques surtout-j'ai horreur du faux oral vulgaire, de mauvaise dissert, que me prêtent souvent les intervieweurs, même de haute volée: je pense à un entretien paru dans le Magazine littéraire et que je n'ai pas osé corriger autant qu'il l'aurait fallu (les gens, bien souvent, transcrivent non pas ce que j'ai dit, et qui est peut-être, à première vue au moins, un peu saugrenu, mais ce qu'ils ont entendu, et, malgré mes recommandations- je demande toujours la stricte littéralité-, ils croient bien faire de me corriger); et enfin, si c'est traduit, que ce soit bien traduit. Il y a des choses qui circulent, avant révision, c'est-à-dire avant ce travail de mise au point."

La version complète de l'entretien de Pierre Bourdieu avec Pierre-Marc de Biasi vient de paraître in Bourdieu et la littérature, éditions Cécile Defaut, 2010, p.245-290.

à paraître: Isabelle Charpentier avec Christine Détrez, Voi(es)x de femmes écrivains du Maghreb

à paraître: Isabelle Charpentier avec Christine Détrez [dir.], Voi(es)x de femmes écrivains du Maghreb: identités et résistances
L’Harmattan, coll. « Littérature et société »

Cédric Hugrée, Philippe Alonzo, Sociologie des classes populaires


Cédric Hugrée, Philippe Alonzo
Sociologie des classes populaires
Armand Colin
2010






Présentation de l'éditeur
« Démunis » , « exclus » , « nouveaux pauvres »… À l’heure où les conséquences économiques et sociales de la crise financière fragilisent ceux qu’un ministre avait un temps désignés comme « La France d’en bas », Philippe Alonzo et Cédric Hugrée reviennent sur les travaux et enquêtes sociologiques qui ont forgé la catégorie de « classes populaires » et en ont fait un outil pour décrire et comprendre le monde social.
Cet ouvrage retrace tout d’abord les débats sociologiques liés à la définition du « populaire ». Il revient ensuite sur les approches et les enquêtes qui ont analysé les transformations et permanences de ces milieux sociaux : depuis leurs rapports au politique, en passant par le travail et l’emploi, sans oublier leurs styles de vie et l’école.

1. Définir et circonscrire les "classes populaires" ?
2. Les classes populaires et le politique : mobilisations et déstabilisations
3. Travail, emploi et styles de vie : équilibres, inégalités, recompositions
4. "Peut mieux faire " Les classes populaires et l'école

Philippe Alonzo est maître de conférences en sociologie à l’Université de Nantes.
Cédric Hugrée est ATER (attaché temporaire d’enseignement et de recherche) à l’Université de Nantes.
Ils sont tous les deux chercheurs au Centre Nantais de Sociologie (Cens).

dimanche 23 mai 2010

écoutez: entretien avec Alain Garrigou, Mourir pour des idées, la vie posthume d'Alphone Baudin

 écouter:

Alain Garrigou, La marche de l'histoire par Jean Lebrun
11 mars 2011

Entretien avec Alain Garrigou à propos de son livre Mourir pour des idées, la vie posthume d'Alphone Baudin (La Suite dans les idées par Sylvain Bourmeau, 22.05.2010)

Alain Garrigou, professeur agrégé d'histoire et docteur en science politique à l'université de Paris-X Nanterre

samedi 22 mai 2010

Pierre Bourdieu, El sentido social del gusto.


Pierre Bourdieu
El sentido social del gusto
Elementos para una sociología de la cultura

Siglo XXI Argentina
2010




Présentation de l'éditeur
Las cosas en apariencia más puras, más sublimes, las cosas del arte, no son diferentes de los objetos sociales y sociológicos. De hecho, su “purificación” y su alejamiento del mundo cotidiano son resultado de relaciones sociales específicas. Y esas relaciones constituyen el universo donde se producen, se distribuyen, se consumen y donde se genera la creencia en su valor.

En los textos que componen este libro, Pierre Bourdieu analiza minuciosamente las reglas que configuran, en cada campo de producción cultural, qué se considera valioso y qué no, y cuáles son los procesos y los agentes que conducen a la consagración de un artista o una obra, o a su olvido. Así, se ocupa de describir el sistema de jerarquías y de luchas por la distinción que opera en el ámbito de las editoriales, el teatro, las galerías de arte y los museos. A través de nociones como campo, capital simbólico, habitus, illusio, Bourdieu demuestra que las disposiciones y los actos considerados más individuales y más libres –por ejemplo, los gustos literarios y musicales– están atravesados por la lógica social que determina la legitimidad de ciertas formas artísticas y el carácter herético de otras.

La potencia de este análisis también reside en que explicita las relaciones entre el arte y la política, y pone de manifiesto las posibilidades de subvertir los veredictos y las apuestas del juego artístico. Un modo de plantear que las relaciones de dominación pueden ser cuestionadas.




Pierre Bourdieu
Ha sido uno de los intelectuales más influyentes en Francia durante la última mitad del siglo XX. La variedad de las temáticas que estudió y el intento por llevar a la práctica la construcción interdisciplinaria de sus diversos objetos de estudio evidencian su capacidad para hacer coincidir su producción intelectual con los problemas más relevantes de la sociedad, y en especial, de los sectores dominados. Nació el 1ro de agosto de 1930 en Denguin, en el suroeste de Francia. Realizó sus estudios en la École Normale Supérieure y en la Facultad de Letras de París. En 1981 fue designado profesor titular de Sociología en la institución más prestigiosa de su país, el Collège de France, cargo que desempeñó hasta su muerte en enero de 2002.

vendredi 21 mai 2010

Samuel Lézé, L'autorité des psychanalystes


Samuel Lézé
L'autorité des psychanalystes
Collection "Hors collection"
PUF
2010




Présentation de l'éditeur
Comment expliquer la place ambiguë de la psychanalyse dans notre société ? Avec un regard qui rappelle celui des Persans de Montesquieu, un anthropologue a exploré pendant une dizaine d’années l’univers parisien de la psychanalyse. Il relate non seulement le parcours des patients et des psychanalystes dans un monde qui possède ses propres règles, mais aussi un épisode-clé de l’histoire du mouvement freudien en France (États Généraux de la psychanalyse, Réglementation du titre de psychothérapeute, parution d’un Livre noir de la psychanalyse), dont l’autorité est aujourd’hui contestée au nom de la scientificité et de l’efficacité de psychothérapies modernes…
À travers l’anthropologie d’un lieu commun faussement familier et qui suscite le plus souvent une critique radicale ou un engouement total, l’auteur interroge la rationalité d’une pratique finalement méconnue de la plupart d’entre nous.





Table des matières

Remerciements

Préface de Richard Rechtman

Introduction

Chapitre premier. — Comment peut-on être analysant ?
Disputatio
Devenir un étranger professionnel
L'intelligence de la situation
Vous avez dit « psy » ?

Chapitre II. — « Quel est votre désir ? »
L'homme au magnétophone
Une double évidence
Une double ignorance
Une double vérité

Chapitre III. — Histoire naturelle du mouvement freudien
Développer des cercles
Organiser la cause
Implanter les freudiens : contrôler sans être contrôlé
Marginaliser les marginaux

Chapitre IV. — La souveraineté freudienne
Les États généraux de la psychanalyse
Les États généraux de la psychologie
Les États généraux de la psychothérapie
Les États généraux de la psychiatrie

Chapitre V. — Dégrader la psychanalyse
De l'autorité culturelle à l'autorité professionnelle
Un titre de psychothérapeute
De l’autorité culturelle à l’autorité cognitive
La souveraineté en action

Chapitre VI. — Devenir freudien
L'opacité du trouble
L'opacité de l'offre
L'opacité de l'autorité
L'opacité de l'engagement

Conclusion

Annexe. — Chronologie





Samuel Lézé est chercheur postdoctoral au CNRS, membre de l’IRIS (Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux), docteur en anthropologie sociale et ethnologie de l’EHESS. Il a co-dirigé l’ouvrage Le langage social des émotions. Études sur le rapport au corps et à la santé (Éditions Economica/Anthropos, 2008).

jeudi 20 mai 2010

video: Julien Duval et Frédéric Pierru, « La médiatisation des questions de la santé et de la sécurité sociale » (Jeudi d’Acrimed )


« La médiatisation des questions de la santé et de la sécurité sociale » (« Jeudi d’Acrimed », vidéo)


Présentation d'Acrimed
Le jeudi 20 novembre 2008, invités dans le cadre des « Jeudis d’Acrimed », Frédéric Pierru (sociologue, auteur de Hippocrate malade de ses réformes, et Julien Duval (sociologue, auteur du Mythe du trou de la Sécu , dont on peut lire un extrait, intervenaient à la Bourse du travail de Paris.

video: Julien Duval et Frédéric Pierru, « La médiatisation des questions de la santé et de la sécurité sociale » (Jeudi d’Acrimed )

4e Congrès suisse «Santé dans le monde du travail», 10 juin 2010



PEURS ET ESPOIRS : LA SANTÉ AU TRAVAIL À L’ÉPREUVE DE LA CRISE



Le 10 juin 2010 se tiendra à l’Université de Fribourg le 4e Congrès suisse «Santé dans le monde du travail».

Différentes enquêtes récentes montrent qu’en Europe une majorité de travailleurs et travailleuses s’attendent à une détérioration des conditions de travail dans le contexte actuel de crise économique. Le personnel d’une entreprise qui doit procéder à des licenciements développera davantage de problèmes de santé et aura plus de peine à concilier vie professionnelle et vie privée. Au sentiment d’insécurité, accompagné d’une montée d’angoisse et d’inquiétude à la place de travail, s’ajoute une explosion de la peur : peur de ne plus tenir face aux transformations du travail, peur d’aller au travail, peur de le perdre.

La situation actuelle est marquée par des réorganisations, sources potentielles d’incertitudes. Elle risque aussi de conduire les directions à minimiser l’importance de la santé et de la sécurité au travail, avec pour conséquence une augmentation possible des accidents du travail et des pathologies associées au travail.

Ce colloque se fixe pour objectifs : de faire un état des lieux de la peur en milieu de travail ; de montrer le lien entre l’augmentation de la peur au travail et la dégradation de la santé ; d’appréhender les sources de ses manifestations ; de comprendre que la peur exacerbée par la crise actuelle est un tabou lorsqu’elle n’est pas reconnue. Il s’attachera surtout à décrire des figures d’espoir. Quelles sont les sources d’espoir face à la peur ? Reconnaissance, participation, capacité d’agir, sont des pistes de travail pour proposer des solutions permettant d’intégrer davantage cette préoccupation dans les pratiques de gestion et d’organisation du travail. La situation actuelle n’est-elle pas une opportunité pour remettre le travail au centre des préoccupations économiques et sociales ?

Après les colloques de : 2004 : Evolution du monde du travail et pathologies émergentes, 2006 : Exclure / Inclure : gérer les problèmes de santé dans le milieu professionnel, de 2008 : Les Suisses au travail : heureux mais… fatigués, le 4e Congrès « Santé dans le monde du travail » se penche sur la relation entre peur et santé, avec l’espoir d’une évolution dans un sens positif.

Le Congrès est organisé par l’IST en collaboration avec la Haute Ecole de gestion de Neuchâtel, le Centre de Recherche en Psychologie du travail (CerPSa) de l’Université de Lausanne, le Domaine Sociologie, politiques sociales et travail social de l’Université de Fribourg et le Département de recherche en santé et de management de la santé en entreprise de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich.
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Programme de la manifestation

mardi 18 mai 2010

Pierre-Emmanuel SORIGNET, Danser. Enquête dans les coulisses d'une vocation


Pierre-Emmanuel SORIGNET
Danser.
Enquête dans les coulisses d'une vocation

Collection : Textes à l'appui / Enquêtes de terrain
La Découverte
2010



Présentation de l'éditeur
Si les professions artistiques sont, d'une manière générale, soumises à la précarité, celle-ci est encore plus prégnante dans le cas des danseurs. En effet, pour ces derniers, la possibilité d'assurer des performances tout au long de la vie active dépend avant tout de leur capacité corporelle. Pourtant, de plus en plus de jeunes se présentent sur ce marché du travail. Comment comprendre cet apparent paradoxe ? Pour saisir les motivations qui conduisent des individus à choisir cette voie et à s'y maintenir, il faut en fait tenir compte des rétributions symboliques propres à ce métier associant « prestige » et « précarité ». Le plaisir de la scène, la jubilation d'éprouver son corps, la relative absence de routine expliquent que les danseurs vivent leur profession comme une vocation, parfois façonnée dès l'enfance.
L'auteur, sociologue et danseur, s'est immergé dans l'univers de la danse contemporaine pendant dix ans, partageant l'activité professionnelle des danseurs et danseuses enquêtés, mais aussi tous les moments hors travail qui souvent prolongent une façon d'être artiste. Ce livre, qui donne la part belle aux témoignages, offre un éclairage inédit du métier de danseur et du style de vie qui lui est lié (le choix du conjoint, l'orientation sexuelle...). Le moment de l'audition, l'entraînement quotidien, le travail de création, le rapport à la scène et au public sont ainsi analysés « de l'intérieur ». Grâce à une approche très fine des trajectoires des personnes enquêtées, cet ouvrage permet d'ouvrir la boîte noire de la « vocation », d'en montrer les recompositions tout au long des cycles professionnels traversés, jusqu'à la sortie du métier.

DANCING
Investigating behind the scenes
A sociologist and a dancer, the author has immersed himself in subject for ten years. This sociological study of an artistic profession and a lifestyle allows the reader to access this « vocation's » black box, showing the different reconstructions that may take place during dancers' professional life, right up to the time when they leave the career, an experience that can vary greatly according to the social options open to them. Pierre-Emmanuel Sorignet is a sociologist, a senior lecturer at the University of Toulouse-III. He has been working with different contemporary dance companies for nearly ten years.



Pierre-Emmanuel Sorignet est sociologue, maître de conférences à l’université Toulouse-III. Il collabore en tant qu’interprète, depuis une dizaine d’années, avec différentes compagnies de danse contemporaine.

lundi 17 mai 2010

Pierre Bourdieu, Les juristes, gardiens de l’hypocrisie collective



Pierre Bourdieu, Les juristes, gardiens de l’hypocrisie collective

in Chazel François et Commaille Jacques (sous la direction de)
Normes juridiques et régulation sociale
Paris : LGDJ, collection Droit et société, 1991, p. 95-99.

vendredi 14 mai 2010

parution: Louis Pinto, La religion intellectuelle. Emmanuel Levinas, Hermann Cohen, Jules Lachelier

Louis Pinto
La religion intellectuelle.
Emmanuel Levinas, Hermann Cohen, Jules Lachelier
Collection "Philosophie d'aujourd'hui"
PUF
2010






Présentation de l'éditeur
À travers des études de cas (deux auteurs juifs et un catholique : Levinas le plus connu, 1905-1995 Hermann Cohen, philosophe néo-kantien allemand, 1842-1918 Jules Lachelier, philosophe français spiritualiste, 1832-1918), il s’agit d’analyser certains aspects de la religiosité intellectuelle : comment des philosophes ont tenté de mettre en forme un discours de salut en lequel ils puissent se reconnaître doublement comme lettrés et comme membres d’un groupe confessionnel ?

Ce qui réunit ces trois penseurs, au delà d’importantes différences, est une attitude anti-mystique : le contact avec l’Absolu ne passe pas par les voies de l’affectivité mais par celles de l’abstraction, de l’intellect, de l’effort sur soi-même. Les demandes de salut intellectuel qu’ils tendent à satisfaire sont celles des groupes les moins attirés par les pratiques magiques, émotionnelles et « populaires » : l’Absolu ne se donne pas comme une chose à prendre mais dans la distance, le retrait, l’annonce, la promesse.


Introduction

Première partie. — Emmanuel Levinas, autrement

Chapitre premier. Une théorie de la patience
Une double vie spirituelle
Le sens de l’orientation
Avec, contre, après Heidegger
Un renversement des valeurs
La religiosité intellectualiste de salut
Une reconnaissance tardive
Chapitre II. Religions de l’autre
Un double marquage
La philosophie politique du dialogue
La circulation interreligieuse des idées
Des hospitalités réciproques
Chapitre III. Difficile identité
L’identité juive dans les classements intellectuels
Avant/après l’Occident
La religion de l’interprétation
Conclusion

Deuxième partie. — Hermann Cohen et la dénégation de l’origine
« Théorie de la connaissance » et psychologie
La Völkerpsychologie
Le point de vue génético-anthropologique en philosophie
Le tournant transcendantal
La redéfinition de l’origine
Le « point de vue de l’Idéal »
Science de l'éthique et « science de la société »

Troisième partie. — Le Dieu de Jules Lachelier et la sociologie durkheimienne
Deux discours sur la religion
La solitude et le groupe
La sociologie et la religion des « âmes raffinées »
Conclusion


Louis Pinto, directeur de recherche au CNRS (sociologie), est membre du Centre de sociologie européenne et enseigne à l’EHESS. Plusieurs de ses travaux ont porté sur des philosophes (Les Neveux de Zarathoustra. La réception de Nietzsche en France, Seuil, 1995 La Vocation et le métier de philosophe. Pour une sociologie de la philosophie dans la France contemporaine, Seuil, 2007 La Théorie souveraine. Les philosophes français et la sociologie au XXe siècle, Le Cerf, 2009). Il a également abordé d’autres domaines comme la culture, les intellectuels, l’histoire des sciences sociales, l’enseignement, la presse, la consommation.


à paraître: Pierre Carles, Fin de concession


Pierre Carles
Fin de concession
(pré-achat. Sortie cinéma fin 2010. DVD quatre mois après)

SORTIE EN SALLES FIN 2010
Préacheter le Dvd est un acte de soutien à nos productions. (Vente en France uniquement)
Vous le recevrez quatre mois après la sortie en salles.

> Pour toute demande d’informations, merci de contacter CP-Productions

Un film de Pierre Carles
produit par Annie Gonzalez
monté par Bernard Sasia

avec la participation plus ou moins volontaire de :
Hervé Bourges, Jean-Marie Cavada, Jacques Chancel, Michèle Cotta, Jean-Pierre Elkabbach, Franz-Olivier Giesbert, Xavier Gouyou Beauchamps, Elise Lucet, Etienne Mougeotte, Audrey Pulvar, Bernard Tapie, Charles Villeneuve, Karl Zéro…
2h05 / France / 2010


Présentation de l'éditeur
Les médias mentent. Grossièrement comme lorsque PPDA fabrique une fausse interview de Fidel Castro, ou bien par omission lorsque aucune chaîne de télévision n’a idée d’enquêter sur les conditions de l’attribution de la concession de TF1 au groupe Bouygues, ni sur les renvois d’ascenseur entre Martin Bouygues et un certain… Nicolas Sarkozy.
Reprenant son bâton de pèlerin de critique des médias, Pierre Carles repart à l’assaut des responsables de l’information pour amener ceux-ci à reconnaître leurs mensonges, à dévoiler leur connivence avec le pouvoir politico-économique.
Au fur et à mesure que Carles et son double, l’improbable caméraman uruguayen Carlos Pedro, règlent leur compte aux dinosaures de l’audiovisuel, l’ex chevalier blanc de la télévision découvre à quel point ces dirigeants savent désormais esquiver, contrer ou digérer la critique des médias. Quinze ans après s’être attaqué à Canal + et avoir ridiculisé de hauts responsables de l’information, lui et ses complices sont amenés à se poser des questions sur l’efficacité de leurs méthodes. Ont-ils perdu la bataille ? Doivent-il s’avouer vaincus ? Ou faut-il changer de méthode et s’y prendre autrement avec les puissants ?

mardi 11 mai 2010

Pierre Bourdieu im Porträt, 18.05.2010



Pierre Bourdieu im Porträt



Film
18.05.2010 20:00 Uhr

Linienstrasse 127
10115 Berlin (edition suhrkamp laden)

Filmvorführung: Pierre Carles, Soziologie ist ein Kampfsport; filmedition suhrkamp 5
Eintritt:

Freier Eintritt


Pierre Carles
Soziologie ist ein Kampfsport - Pierre Bourdieu im Porträt
DVD mit einem Kommentar von Jakob Schrenk. Französische Originalfassung mit deutschen Untertiteln. 146 Minuten. Farbe


Inhalt
Mit dem Satz »Soziologie ist ein Kampfsport« beschrieb Pierre Bourdieu in einem Radiointerview sein Selbstverständnis als Wissenschaftler. Kaum ein Soziologe hat sich so eingehend mit der öffentlichen Rolle der Intellektuellen und der Rolle der Massenmedien in der modernen Gesellschaft auseinandergesetzt wie Bourdieu, kaum ein Theoretiker hat so klar zu politischen Fragen Stellung bezogen: Er solidarisierte sich mit streikenden Bahnarbeitern und prangerte früh die Folgen des Neoliberalismus an, im Fernsehen kritisierte er in zwei Vorträgen das Medium selbst.

Für sein Portrait, das nach dem Tod Bourdieus im Jahr 2002 monatelang in französischen Kinos zu sehen war, begleitete Pierre Carles den Soziologen bei seiner Arbeit am Collège de France und zu öffentlichen Auftritten. Der Film zeigt ihn bei leidenschaftlichen Diskussionen mit Globalisierungsgegnern, als geduldigen Gesprächspartner, der Auskunft gibt über seine intellektuelle Biographie, und als engagierten Pädagogen, der anhand praktischer Beispiele die zentralen Konzepte seiner Theorie erläutert.

Conférence: Bourdieu et la littérature: débats, polémiques et reconnaissance, Jean-Pierre Martin, 19 mai 2010



Bourdieu et la littérature: débats, polémiques et reconnaissance
Conférence du Prof. Jean-Pierre Martin
(Université de Lyon II et Institut universitaire de France)
Mercredi 19 mai 2010
10h15-11h45, Bâtiment Extranef, salle 110
UNIL (Dorigny).

Conférence donnée dans le cadre de l'enseignement "La critique sociologique" donné par Jérôme Meizoz.
Jérôme Meizoz Jerome.Meizoz@unil.ch
La séance est ouverte à tous.
Affiche

conférence débat - Les "prisons de la misère" (L. Wacquant), dix ans après. 10 juin 2010



Jeudi 10 juin 2010 | Paris (75018)
Les prisons de la misère - dix ans après
Figures et gestes de l'État pénal


Résumé

Cette conférence / table ronde souhaite contribuer à une réflexion collective sur les transformations de l'État en général, et de l'État pénal en particulier, à partir d'une relecture critique, une décennie après sa publication, du livre de Loïc Wacquant Les prisons de la misère (Raisons d'agir, 1999). En décloisonnant l'étude des mutations de la pénalité, il s'agit de saisir et de penser ensemble les figures de l'« État pénal » et de l'« État social ».

Intervenants :

* Loïc WACQUANT (sociologue, Université de Californie, Berkeley / CSE)

* Delphine SERRE (sociologue, Université de Paris 1 / CSE)

* Gilles CHANTRAINE (sociologue, Université de Lille 1 / CLERSÉ)

* Laurent BONELLI (sociologue, Université de Paris Ouest Nanterre La Défense / GAP)


Accès libre et gratuit dans la limite des places disponibles.
Organisation :

* La Maison Verte

* Revue Mouvements

* Société Louise Michel

Lieu et date :
Jeudi 10 juin, de 17h à 20h, à la Maison Verte (127-129 rue Marcadet 75018 Paris, métro Jules Joffin ou Lamarck)


Lieu

* Paris (75018) (127-129 rue Marcadet)

Date

* jeudi 10 juin 2010

Contact

* Grégory Salle
courriel : gregory [point] salle (at) univ-lille1 [point] fr
* Razmig Keucheyan
courriel : rkeucheyan (at) hotmail [point] com

lundi 10 mai 2010

Parution: Bourdieu et la littérature, Sous la direction de Jean-Pierre Martin + recension par Claire Ducournau



Bourdieu et la littérature

Sous la direction de Jean-Pierre Martin
Editions Cécile Defaut
2010.


Présentation de l'éditeur :
« L'oeuvre littéraire peut parfois en dire plus, sur le monde social, que nombre d'écrits à prétentions scientifique » (Les règles de l'art, p. 130).
Cet ouvrage collectif se propose de confronter des points de vue différents au sujet de l'apport de Bourdieu à la réflexion sur la littérature. Les contributeurs (des littéraires, des sociologues, des philosophes, des écrivains) se proposent d'analyser, de comprendre, de clarifier, d'interroger, dans des perspectives diverses, les rapports de Bourdieu à l'objet littérature comme à la critique littéraire qui lui fut contemporaine. Façon aussi, pour chacun, de faire le point sur la place que Bourdieu, en tant que théoricien de la littérature, occupe aujourd'hui dans sa propre histoire intellectuelle.
Ce livre ne se limite pas à définir l'importance de l'approche sociologique de la littérature dans le système de Bourdieu, le rôle qu'elle joue dans l'évolution de sa pensée (ou bien dans ses ritournelles et ses obsessions) : il tente d'interroger la valeur sociologique de la littérature comme la valeur de l'approche sociologique de la littérature, de faire l'inventaire critique, hors de toute attitude dogmatique ou épigonale, de la boîte à outils que Bourdieu nous ouvre, et de l'intérêt qu'elle présente aujourd'hui, pour un littéraire, un sociologue ou un philosophe.
Il est plus que jamais nécessaire d'historiciser l'approche spécifique de Bourdieu, de l'articuler aux réflexions contemporaines sur la littérature, d'en expliciter les enjeux et les aspects polémiques, de le faire dialoguer avec d'autres approches - sans rapport de révérence, mais aussi, sans préjugé.
Table des matières

Bourdieu l’indiscipliné À propos de : J.-P. Martin (sous la dir. de), Bourdieu et la littérature, éditions Cécile Defaut. par Claire Ducournau [09-02-2011]

écouter et lire: Pierre Bourdieu, Les règles de l'art

écouter un extrait de l'émission du jeudi 7 mars 2002
Bourdieu et la littérature
Rediffusion d'une émission de septembre 1992 avec le sociologue Pierre Bourdieu à propos de Flaubert et du livre paru en 1992 au Seuil, "Les règles de l'art"

Invités
Pierre Bourdieu.
Antoine de Gaudemar.
Pierre Lepape.
Philippe Petit.



Pierre Bourdieu
LES REGLES DE L'ART.
Genèse et structure du champ littéraire

édition 1998 revue et corrigée
points essais
SEUIL

samedi 8 mai 2010

José Luis Moreno Pestaña, Chercheur, intellectuel consacré, prophète : trois réceptions de Pierre Bourdieu en Espagne


José Luis Moreno Pestaña
Chercheur, intellectuel consacré, prophète :
trois réceptions de Pierre Bourdieu en Espagne

Publié in Gérard Mauger (dir.), Rencontres avec Pierre Bourdieu, Broissieux, Éditions du Croquant, 2005, p. 363-376.









Il me semble possible de délimiter trois phases dans la réception de l'œuvre de Pierre Bourdieu en Espagne : elles correspondent à trois modalités distinctes. J'appellerai la première « réception spécialisée », la deuxième « réception d'un auteur consacré » et la troisième « réception prophétique ». La réception de Bourdieu se différencie nettement de celle d'un philosophe ou de celle d'un idéologue. Un philosophe ou un idéologue est normalement reçu selon les modalités propres à la troisième phase et, parfois, à la deuxième. Un sociologue reste normalement cantonné dans la première ou dans la deuxième catégorie et il accède rarement, comme Bourdieu, à la troisième.
À travers cette réception on peut distinguer, à très grands traits, des pôles de définition de l'excellence sociologique dans le champ de la sociologie espagnole. J'aimerais que ce texte puisse servir à objectiver la relation que nous, jeunes sociologues travaillant en Espagne, entretenons avec l'héritage de Bourdieu. Je n'aspire pas à le faire de manière exhaustive, mais je me considérerais comme satisfait si j'ai contribué à l'élucidation de cette question.

La réception spécialisée

Pendant les années 1960, il y eut parmi les intellectuels espagnols un certain intérêt pour l'œuvre de Bourdieu. Le philosophe José Luis López Aranguren écrivit une introduction pour Les Héritiers et collabora aux questionnaires administrés dans L'Amour de l'art. Le psychiatre Carlos Castilla del Pino présenta Bourdieu dans ses séminaires à Cordoba. Ces rencontres intellectuelles se firent en un temps où l’auteur et ceux qui le lisaient n'étaient pas encore ce qu’ils sont devenus.
La première réception de Bourdieu, toujours associé au nom de Jean-Claude Passeron, l'intègre dans une vague de sociologie critique de l'éducation : il est souvent accompagné de cet autre grand classique de la sociologie française de l'éducation des années 1960, L'École capitaliste en France de Baudelot et Establet. Comme on le sait, Baudelot et Establet critiquaient Les Héritiers et Bourdieu leur rendit la pareille dans La Distinction. Issus d'une matrice institutionnelle et intellectuelle commune, l'École normale supérieure, ces deux livres présentaient des différences de taille, mais qui ne suscitaient souvent que des distinguo mineurs chez les récepteurs. Carlos Lerena, le sociologue qui contribua le plus à l'institutionnalisation de la sociologie de l'éducation en Espagne, considéra, quant à lui, que ces distinguo méritaient d'être faits et que la comparaison était favorable à Bourdieu, et ce, de manière écrasante. Ainsi, dans une note d'un livre capital, Lerena, qui occupera la chaire de sociologie de l'éducation à l'université Complutense à Madrid, mobilisait toute l’autorité de l'exposé à la première personne lorsqu'il écrivait :

« Fondée sur une théorie de la ‘violence symbolique’ et en même temps sur une théorie des relations entre ‘arbitraire culturel’, ‘habitus’ et ‘pratique’, la théorie de l'‘action pédagogique’ de Pierre Bourdieu, exprimée avec Jean-Claude Passeron, surtout dans l'œuvre citée [La Reproduction] a marqué, selon moi, un véritable point de rupture, à ce moment, dans le champ de la sociologie de l'éducation. Que cela soit opportun ou non, je souhaite dire à titre personnel que le niveau de profondeur de ce que je connais en matière d'éducation des écrits de L. Althusser, de N. Poulantzas, de Ch. Baudelot, de N. Bisseret, de K. Wagner, de R. Wark, pour ne pas parler de travaux plus éloignés, malgré leur importance réelle, ne soutient pas, selon moi, dans l'ensemble, la comparaison avec ce qu'a produit P. Bourdieu, depuis qu'il publia en 1964, avec J.-C. Passeron, Les Héritiers et Les Étudiants et leurs études » .

En dépit de cette prise de position, Lerena interprétait Bourdieu selon des catégories qui lui étaient propres. Ainsi, se réclamant de l'héritage wébérien en matière de sociologie de l'éducation, Lerena ne manquait pas de signaler la revendication nietzschéenne commune d'une triade dont la complicité ne semble pas évidente, quand on voit le monde intellectuel à partir du boulevard Raspail : Bourdieu main dans la main avec Foucault et Deleuze. Simple confusion de lecteur étranger ou lucidité de celui qui découvre des interdépendances dans ce que les auteurs eux-mêmes conçoivent comme des entreprises fort éloignées ? La réponse à cette question n'est pas facile. Pour tenter de répondre, il faudrait, je crois, éviter deux positions : celle de la certitude indigène, qui part de l'existence d'une bonne lecture, le reste n'étant que des dégradations, et celle de l'amalgame hâtif : celui-ci, qu'il soit positif ou négatif, caractérise en général des lecteurs qui abordent un univers culturel sans avoir été initiés aux clefs pratiques de cet univers.
Cette première réception – spécialisée – définit un premier modèle de prise de position face à Bourdieu. Son œuvre est considérée comme un ensemble de thèses résultant d'un processus de production et d'interprétation de données empiriques concernant le rôle reproducteur de l'école. Ce type de réception a une vertu : pour l’accomplir, il faut être compétent sociologiquement dans le domaine, tout le monde ne peut pas se prononcer, ce qui augmente le droit d'entrée en sociologie, science toujours ouverte aux propos sentencieux du premier venu. Cette justice épistémologique comporte aussi un potentiel de distorsion. L'œuvre de Bourdieu ne se limite pas à un seul et unique domaine des divisions internes à la sociologie, mais contient un programme sociologique général, fondé sur des prémisses anthropologiques et philosophiques particulières et pas toujours faciles à capter – ce que Lerena percevait bien. La sociologie de l'éducation de Bourdieu, par exemple, est indissociable d'une sociologie des sources du pouvoir ou d'une sociologie de la connaissance et des intellectuels. Les approximations associées à une connaissance imparfaite et à un mésusage des notions centrales de Bourdieu, depuis l'habitus jusqu'à l'homologie de positions, peuvent être source de malentendus – on ne comprend tout simplement pas ce qu'il écrit – ou de condamnations simplistes – je pense à ceux qui englobent Bourdieu dans le fonctionnalisme en sociologie de l'éducation.

Un grand nom des sciences sociales : Bourdieu comme référent généralisé


La deuxième grande réception de Bourdieu résulte de la consécration définitive de l'auteur dans le champ de la sociologie et de l'anthropologie. L'œuvre par excellence, sans aucun doute, de cette installation de Bourdieu est La Distinction. En Espagne, Jesús Ibañez considérait Bourdieu comme le meilleur sociologue vivant et cette consécration ne venait pas de n'importe qui. Jesús Ibañez constitue un jalon fondamental dans la sociologie espagnole de l'époque post-franquiste. Chercheur empirique génial, homme à la culture épistémologique encyclopédique (et terriblement ésotérique !), sympathisant politique de l'extrême gauche, Ibañez fut un prophète exemplaire pour toute une génération de sociologues (un individu qui, selon Weber, montre par son comportement un modèle à suivre, en marge de toute mission divine ou devoir moral d'obéissance). Sa pratique sociologique a délimité un pôle crucial dans le champ sociologique espagnol. Ce pôle, celui de la recherche qualitative – dans le langage indigène les « cualis » par opposition aux « cuantis » – fait entrer la sociologie empirique dans des traditions philosophiques bien établies. L'estime d'Ibañez pour Bourdieu a incité de nombreux jeunes à le lire et à faire de lui une référence de base au sein des programmes de formation des sociologues.
Si je ne me trompe pas, Ibañez représente la consécration d'un style de sociologie qui comporte diverses tendances. D'un côté, il est le sociologue-philosophe, qui désire aller au-delà de la sociologie et qui est, de ce fait, reconnu comme étant l'auteur le plus sophistiqué de la sociologie espagnole. De l'autre côté, Ibañez est un sociologue empirique, bien intégré dans le travail de recherche, emblème d'un ensemble de sociologues aux trajectoires semi-bohèmes ou, en tout cas, marginales d'un point de vue académique, mais jouissant d'un énorme prestige et d'une grande créativité intellectuelle, groupe qui inclut Alfonso Ortí, Ángel de Lucas, etc. Bref, Ibañez est – ou fut – un sociologue totémique de l'intelligentsia de gauche madrilène, des groupuscules artistiques, des jeunes révolutionnaires. De telles tendances, que je désignerai comme philosophiques, scientifiques et mondaines, produisent des matrices distinctes pour la lecture de Bourdieu. La première matrice impose une prise en considération de Bourdieu selon la hiérarchie des classifications qui prévalent dans le champ philosophique espagnol. La tradition spiritualiste, anti-matérialiste et scolastique de la philosophie espagnole ne permet pas des réceptions particulièrement favorables de l'auteur : il est toujours vulgaire, déterministe, etc., aux yeux d'une culture obsessionnellement anti-positiviste et anti-scientifique. Comment pouvons-nous expliquer autrement qu'Ibañez ait éprouvé le besoin de se légitimer philosophiquement à l'aide de « sociologues » plus « profonds » tels que Maffesoli et Baudrillard, pour ne pas parler de la cybernétique ?
Cette matrice philosophique de lecture, inspirée par Ibañez, n'est pourtant pas sans vertus. Dans l'œuvre d'Ibañez, Bourdieu apparaît, comme chez Lerena, en compagnie d'auteurs que l'environnement français sépare (par exemple, Foucault et Althusser). Cette lecture a l’avantage de faire ressortir des connexions là où le microcosme parisien accentue les divisions. En ce sens, Ibañez inaugure aussi un mode de discussion avec Bourdieu fécond pour les sciences sociales : on peut en voir le développement dans le livre important de Luis Enrique Alonso, La mirada cualitativa en sociología, ou dans les travaux de Fernando Alvarez Uría et de Julia Varela (ces derniers très proches de Foucault et surtout de Robert Castel), mais aussi dans les réflexions sur la technique du groupe de discussion dans l'entourage d'Ibañez. Cette technique de recherche fut examinée par Enrique Martín Criado avec Goffman et Bourdieu pour références.
En deuxième lieu, Ibañez impose une matrice scientifique de réception de Bourdieu dont la logique avait déjà été formulée par la première réception, mais avec un spectre élargi. Bourdieu n'est plus seulement sociologue de l'éducation, il l’est aussi des classes sociales, de la structure sociale et des processus de mobilité, questions que la sociologie espagnole commence à réviser à la fin des années 1980, mais en se référant moins à Bourdieu qu'au marxisme analytique.
En troisième lieu, Bourdieu commence à faire partie d'une « culture moyenne » d'amateurs de la sociologie, dans laquelle il entre comme référence de l'intelligence critique, associé ou opposé à d'autres comme Fredric Jameson, Theodor W. Adorno, Edward P. Thompson, Edgar Morin, Foucault et le toujours présent – heureusement, dirais-je – Althusser. On y trouve, d'une part, les individus de la génération d'Ibañez comme Vicente Verdú, auteur consacré par les médias, qui vient d'écrire un livre dans lequel, selon le commentaire dithyrambique de Joaquín Estefanía (ancien directeur d'El País), il dépasserait Bourdieu. D'autre part, il y a le monde de la bohème critique, agité de passions intellectuelles fugitives, mais non sans capacité d'insertion politique et existentielle des produits intellectuels. Une insertion sans laquelle Bourdieu serait un grand sociologue... mais seulement un grand sociologue. Comme Merton. Et je ne crois pas que Bourdieu aurait souhaité avoir la même image sociale que Merton.

La réception prophétique

Cette dernière image se renforce avec la grande réception de Bourdieu qui suit ses prises de position politiques, surtout à partir des grèves de 1995. Celui qu'on reçoit maintenant n'est plus le chercheur spécialisé ni le sociologue consacré internationalement, mais le dernier maillon d'un grand lignage d'intellectuels engagés français. Bourdieu est désormais un prophète. Sa vie est objet d'admiration – promotion sociale héroïque, critique implacable de son propre milieu intellectuel – ou bien de mise en question – mandarin, bureaucrate, sectaire, etc.. Ses positions politiques se voient converties en un emblème qui condense et résume sa vie. C'est là un bien curieux prophète, puisque le discours politique de Bourdieu est celui d'un social-démocrate strict et, quand on le compare à d'autres discours intellectuels, le moins que l'on puisse dire est qu'il a été le plus modéré des radicaux. Défenseur de l'État social et d'une conception scientifique de la sociologie, Bourdieu est difficile à situer dans le spontanéisme de la gauche anti-globalisation espagnole. Et pourtant il entre dans les sacs à dos, mais beaucoup moins, par exemple, que Toni Negri. En ce moment, certains philosophes commencent à se préoccuper de Bourdieu.
En même temps, Bourdieu est de moins en moins consensuel parmi les sociologues : certains jeunes chercheurs qui le reçurent initialement ont vieilli et les radicaux des années 1970, sociaux-démocrates pendant les années 1980, sont devenus sociaux-libéraux ou de droite sans complexes dans les années 1990. L'image politique de Bourdieu commence à être utilisée comme mécanisme de disqualification par des sociologues qui furent autrefois des sympathisants : le vieux Bourdieu, dit-on, voulut être un nouvel intellectuel gauchiste typique et, sur cette route, il perdit son ressort scientifique. Mais cette réaction n'a guère de succès : les jeunes sociologues, mais aussi maintenant des philosophes, des historiens, des anthropologues, commencent à lire massivement Bourdieu et, dans une culture qui importe Giddens, Lyotard, ou Ulrich Beck, La Misère du monde ou Les Structures sociales de l'économie semblent des textes d'un rationalisme spartiate. Le ton est devenu plus dur, plus amer, si on le compare avec l'ironie désinvolte des Héritiers ou de certaines parties de La Distinction, mais Bourdieu continue à se réclamer fièrement des mêmes niveaux de réflexivité scientifique et du même amour pour le travail empirique.
Spinoza disait qu'un prophète, c'est un homme qui impose le respect par sa vie, mais non par ses connaissances. Les prophètes, expliquait-il, ont une immense imagination qui leur permet de s'exprimer avec une vivacité extraordinaire, une force particulière pour capter les signes divins que le commun des mortels ne comprend pas, et une texture morale impétueuse et indignée. Je remplacerai le deuxième trait – les signes divins – par la capacité de lire les signes des temps, abrités dans une vision remarquable que les autres ont peine à obtenir : les trois traits de Spinoza peuvent ainsi servir à caractériser les discours prophétiques des intellectuels. Bourdieu, le dernier Bourdieu, fut un sociologue plein de vivacité rhétorique, convaincu que le monde prenait un cap très dangereux, politiquement de plus en plus engagé et de moins en moins enclin à censurer les mouvements de son esprit. Beaucoup de gens le percevaient ainsi et le voyaient comme un guide. Prophète, donc : je ne crois pas que Bourdieu, wébérien et spinozien convaincu, eût méprisé ce nom.
Mais en fait, il ne fut pas que cela. Une expérience simple permet de le vérifier. Un étudiant, un jeune sociologue, anthropologue ou philosophe, peut lire Bourdieu en espérant le salut du monde ou son propre salut : je l'ai fait et, à l'occasion, je le fais encore. Pour certains, c'est là une passion nuisible : c'est ce que pense Jean-Claude Passeron. Je le leur concéderai : à être lu comme prophète, Bourdieu peut être accueilli avec la même confusion transie que le furent Althusser, Foucault, Sartre, ou les prophètes intellectuels de droite, Karl Popper et Friedrich Hayek. Mais il y a une différence. Si l'on comprend Bourdieu, on n'obtient pas seulement un message salvateur – présent dans La Misère du monde et dans l'apothéose finale des Méditations pascaliennes –, mais un ensemble de ressources essentielles pour se consacrer au travail empirique en sociologie ou en anthropologie.
Bourdieu, contrairement à ce qui se dit, ne produit pas de bourdieusiens, même s'il pourrait bien en produire, et je ne crois pas que ce soit la pire des choses qui puisse arriver : il produit des sociologues du corps, des classes sociales, de l'éducation ou de la différence sexuelle et, bien sûr – que cela plaise ou non à Bourdieu – des philosophes des sciences sociales, avec un certain niveau de compétence, plus ou moins élevé en fonction de la démarche, du thème et de l'intelligence de chacun. Hommages que le vice prophétique rend à la vertu scientifique. On ne pourrait pas dire la même chose de Foucault et encore moins d'Althusser, de Giddens ou de Beck. Aucun d’eux n'est moins prophétique que le dernier Bourdieu. Mais permettent-ils d'accumuler, par leur lecture, des ressources scientifiques pour les différents domaines de la sociologie et de l'anthropologie ? De la dernière forme de réception de Bourdieu, la prophétique, on peut arriver à la première, la scientifique. J'ai de sérieux doutes en la matière pour ces autres grands penseurs.
La raison en est fort simple : Bourdieu est un classique des sciences sociales empiriques. Et, en tant que tel, il produira toujours des sociologues et des anthropologues. Je terminerai en racontant une anecdote que je mentionne parce qu'elle me sert à clarifier les choses pour les étudiants qui viennent à mes cours et qui, comme moi, ne savent pas très bien quel est le chemin qu'il faut parcourir pour devenir un chercheur compétent en sciences sociales. Après avoir terminé une thèse sur Foucault, je désirai être sociologue et je m’adressai à un département de sociologie en Espagne. Je parlai avec un grand sociologue et je lui dis que je désirais étudier la vocation chez les travailleurs sociaux. Il me regarda fixement et me dit qu'un type dans mon genre, un docteur en philosophie, devait se consacrer à autre chose. Je proposai « Bourdieu et le langage » et il m'encouragea vivement à choisir ce sujet. Le jour de mon arrivée au Centre de sociologie européenne, j'expliquai mon projet sur « Bourdieu et la philosophie du langage ». Remi Lenoir me demanda quel était mon curriculum, puis il me répondit : « Vous êtes déjà philosophe, si vous voulez être sociologue – et je compris rapidement que ce n'était pas la même chose – étudiez quelque chose de concret. Puisque vous connaissez le travail social, pourquoi ne pas étudier cela ? » Je laissai en paix Bourdieu et les philosophes du langage. Remi Lenoir me conduisit chez Gérard Mauger, qui me prodigua mille attentions et supporta que je lui raconte chacun de mes progrès dans un français assez difficile à comprendre. Ce fut le commencement de mon premier travail empirique et un nouvel engagement épistémologique pratique : les grands thèmes n'existent pas, l’intérêt réside dans le regard porté. Faire entrer cela dans l'inconscient académique n'est pas facile. Bourdieu, une fois de plus, a bien expliqué pourquoi.
Je raconte cette histoire parce qu'elle me sert avec mes étudiants, mais je ne peux pas éviter de me sentir un peu mal à l'aise. Un des vices fondamentaux des intellectuels dominés, réside dans ce que Passeron et Grignon, utilisant un mot sud-américain, ont nommé hérodianisme. Beaucoup – comme Hérode qui, vivant en Palestine, était plus Romain que les Romains – vivent plus à Paris que les Parisiens et importent des affects mélangés à des concepts, emballés dans des potins produits dans la métropole culturelle, comme on importe une religion, d'adulation ou de haine. Les potins servent chez les présomptueux et les mythomanes à créer des sectes et à dégrader les énergies créatrices, mais ils servent surtout à acquérir l'aura de celui qui est « au parfum ». Le résultat final est souvent ridicule : Paris change, les émetteurs et les destinataires des potins aussi, comme les noms inscrits au hit parade des intellectuels. Et celui qui croyait se repérer parmi les grands se retrouve dans un univers de références aboli. Bourdieu appelait allodoxia ce mécanisme qui fait que les dominés se perdent toujours dans les codes baroques des dominants.
Il faut continuer à lire Bourdieu en Espagne en marge d'un hérodianisme dont ne bénéficient que ceux qui peuvent suivre les mouvements de la doxa intellectuelle : que ce soit comme chercheur spécialisé dans un domaine du monde social, comme théoricien global du monde et de la domination – mais aussi de la liberté possible – et même (quel crime !) comme prophète de choses aussi insensées que l'État social, le rationalisme pascalien et une science sociale unifiée. Il y a de nombreuses chances, si on le lit bien, que la passion salvatrice permette un accès aux ressources d'objectivation scientifique que Bourdieu emploie à chacune des pages qu'il a écrites. Des ressources qui, comme le disent des gens bien plus savants que moi, n’appartiennent plus à Bourdieu, ni à son école et encore moins à Paris et à la culture française, mais bien, pour employer les termes de Réponses, à cet univers impersonnel que Bourdieu partage, (bien avant sa mort déjà), avec Norbert Elias, Erving Goffman, Aaron Cicourel, Marx et Weber, Durkheim et Mauss, Husserl et Wittgenstein, Bachelard et Cassirer.

1. Une introduction très intéressante, dans laquelle Bourdieu et Passeron sont placés sans nuances sous le patronage de Raymond Aron, dans le sillage de l'inspiration de Goblot. Sur La Barrière et le niveau Luis Enrique Alonso a réalisé une édition qui clarifie les choses à cet égard dans le CIS. Voir Émile Goblot, La barrera y el nivel. Estudio sociológico de la burguesía francesa moderna, Madrid, CIS, 2003. Aranguren s'y oppose à la culture psychologiste de la pédagogie espagnole : dans les facultés de pédagogie, s'indigne Aranguren, on n'étudiait même pas la sociologie. Le questionnement du moralisme auquel Les Héritiers condamne, selon Aranguren, tout enseignant qui prendrait ce livre au sérieux est également intéressant : comment, demande Aranguren, récompenser l'effort en plus de la compétence ? Voir J. L. López Aranguren, « Sociología de la educación en Francia y en España », Pierre Bourdieu, Jean-Claude Passeron, Los estudiantes y la cultura, Barcelona, Labor, 1967.
2. Voir Pierre Bourdieu (avec Alain Darbel et Dominique Schnapper), L'Amour de l'art. Les musées d'art européens et leur public, Paris, Éditions de Minuit, 1969, (1re éd., 1966), p. 8.
3. Voir par exemple N. Pizarro, « El sistema de enseñanza y la reproducción social », Carlos Lerena (dir.), Educación y sociología en España, Madrid, Akal, 1987, p. 39.
4. Carlos Lerena, Escuela, ideología y clases sociales en España, Barcelona, Ariel, 1986 [1re éd. 1976], p. 71.
5. Carlos Lerena, Reprimir y liberar. Crítica sociológica de la educación y la cultura contemporáneas, Madrid, Akal, 1983, p. 600.
6. Les sociologues de l'éducation en Espagne, Mariano Fernández Enguita et Julio Carabaña, ont marqué un intérêt pour Bourdieu. Carabaña, qui occupe actuellement la chaire de sociologie de l'éducation à l'université Complutense, fut toujours hostile à Bourdieu, en qui il voyait un exemple de fonctionnalisme. Voir Julio Carabaña, Educación, ocupación e ingresos en la España de los 80, Madrid, MEC, 1983, p. 52-53. Néanmoins, Bourdieu continua à figurer dans ses cours et dans les thèses qu'il dirigea, et pas toujours de manière négative, à en juger par certains exemples. Ainsi, Carlos Sánchez Redondo-Morcillo, professeur de sociologie à l'université de Castilla-la Mancha, écrit ceci : « Quant à La Distinction. Critique sociale du jugement, je dois avouer que, par son volume, sa densité et le langage si complexe qu'il utilise, c'est l'œuvre de Bourdieu que j'ai eu le plus de mal à lire et à comprendre ; et ce fut avec Julio Carabaña, dans un cours de doctorat. Ces paragraphes si longs, ces phrases parfois interminables (une page entière) si difficiles à lire, tellement chargées d'idées qu'il fallait plusieurs relectures pour arriver à les comprendre ; ces tableaux statistiques (certains contenant des erreurs) et ces graphiques si surchargés. Que de temps il me fallut pour le comprendre ! Mais quand j'y parvins, j'arrivai à la conclusion que c'était pour moi, de loin, la meilleure œuvre de Bourdieu que j'aie lue. Et c'est aussi ce qu'ont pensé beaucoup d'autres, vu que l'Association Internationale de Sociologie l'a incluse parmi les dix œuvres les plus importantes de la sociologie du XXe siècle ». Voir « En memoria de Pierre Bourdieu », http://www.uclm.es/profesorado/ricardo/Docencia_ e_ Investigacion/2/CarlosSanchez.htm. Voir aussi la recherche suggestive de J. Saturnino Martínez, ancien doctorant de Carabaña, « Capital y clase social : Una crítica analítica », in J. Noya (dir.), Cultura, desigualdad y reflexividad. La sociología de Pierre Bourdieu, Madrid, La Catarata, 2003, p. 87-116.
7. « La Distinction est une recherche sociologique sur le goût : probablement, la recherche la plus profonde qui ait été faite non seulement sur ce thème, mais sur quelque thème que ce soit. C'est une œuvre fondamentale, à la fois par ce qu'elle nous fait découvrir et par la méthode qu'elle utilise pour le découvrir ». Jesús Ibañez, « En los dominios del gusto », El País Suplemento de Libros, 23 octobre 1988.
8. Bourdieu a utilisé ce concept pour parler de Canguilhem. M. Weber, Economía y sociedad, Mexico, FCE, 1993, p. 361-362.
9. La professeur de sociologie à Valencia, Pura Duart, écrit ceci : « Là, pendant les années 1980, j'ai découvert Pierre Bourdieu, à une époque où il avait encore peu d'influence parmi les sociologues que je connaissais (chose peu surprenante, vu le jargon dans lequel il s'exprimait). J'étais déjà ‘accro’, en particulier au Bourdieu chercheur, quand fut publiée la traduction espagnole de La Distinction. Critique sociale du jugement. Jesús Ibañez fit le compte rendu de cette publication dans son périodique. Il recommandait la lecture de Bourdieu à quiconque voulait savoir ‘ce qu'il en était des choses’. Ce commentaire fut pour moi comme une exhortation contre la solitude intellectuelle. Don Juan Matus remarque que l'apprenti-sorcier n'a que lui-même pour décider quel chemin il doit suivre, si ce chemin est viable ou non. Lire ce qu'Ibañez disait de Bourdieu m'a confirmé que j'étais sur un bon chemin, que mon penchant pour ce Français compliqué était partagé par d'autres ». Pura Duart, « Por qué leer a Pierre Bourdieu », http: //ww.uv.es/~sociolog/cinema/bourdieu/duart.html.
10. Ainsi, le psychanalyste Francisco Pereña écrit à son sujet : « Jesús Ibañez fut un sociologue. À cette époque-là, un sociologue n'était pas un technicien, c'était une attitude vis-à-vis du monde ; ce n'était pas un simple choix professionnel, mais une prise de position face à la société et dans la société. La sociologie pour lui, comme pour Bataille, était une maladie : ce n'était pas le rejeton ultime du savoir, mais au contraire un questionnement du savoir unitaire imposé par la modernité. Plus qu'à Comte, Jesús Ibañez se rattachait au projet du Collège de Sociologie de Bataille, Leiris, Caillois. Le caractère totalitaire des Lumières fut un cheval de bataille de Jesús Ibañez. Une sociologie critique héritée d'Adorno et de Horkheimer, une critique sociale », Francisco Pereña, « Presentación », Jesús Ibañez, A contracorriente, Madrid, Fundamentos, 1997, p. 39.
11. Il n'est pas surprenant que ce soient les philosophes anglo-saxons et nord-américains et de tradition analytique (et non les pires : Ch. Taylor, le Français J. Bouveresse, J. Searle, I. Hacking) qui aient le mieux reçu Bourdieu – encore que J. Habermas et A. Honneth parlent de lui avec beaucoup de respect. Un des philosophes que je connais et qui inclut Bourdieu dans un programme de philosophie politique, est Damián Salcedo, professeur au département de philosophie de l'université de Granada, spécialiste d'Amartya Sen, de l'éthique du travail social, et membre de la société d'études utilitaristes. Dans le champ du marxisme, c'est le pôle le plus rationaliste et le plus « positiviste » qui a le mieux reçu Bourdieu : je me réfère au groupe de la revue Mientras Tanto fondée par le grand philosophe espagnol Manuel Sacristán. Parmi les anciens althussériens, grand symbole de ce matérialisme sans autre matière que le commentaire de textes qui fit tellement fureur dans les années 1970, la condescendance et la distance à l'égard de Bourdieu sont la norme, si étrange que cela puisse paraître. Il en va de même des divers adeptes de la grande théorie dans sa version marxiste.
12. La liaison entre les thèses d'Althusser et celles de Bourdieu apparaît dans le livre de la sociologue argentine Alicia Gutierrez, Las prácticas sociales. Una introducción a Pierre Bourdieu, Madrid, Tierradenadie, 2002.
13. Madrid, Fundamentos, 1998. Quatre auteurs proches d'Ibañez interviennent dans le volume consacré à Bourdieu par Fundamentos : outre L. E. Alonso, il s’agit de E. Martín Criado, Javier Callejo et José M. Rodríguez Victoriano (L. E. Alonso, E. Martín Criado, J. L. Moreno Pestaña, Pierre Bourdieu, las herramientas del sociológo, Madrid, Fundamentos, 2004). Voir spécifiquement sur les relations entre Bourdieu et l'école de Jesús Ibañez l'article de J. M. Rodríguez Victoriano (p. 299-316), « El oficio de la reflexividad. Notas en torno a Pierre Bourdieu en la sociología cualitativa y en la tradición crítica española ».
14. Voir E. Martín Criado, « Del sentido como producción : Elementos para un análisis sociológico del discurso », M. Latiesa (coord.), El pluralismo metodológico en la investigación social : Ensayos típicos. Granada, Servicio de Publicaciones de la Universidad de Granada, 1991, p. 187-212, et « El grupo de discusión como situación social », Revista Española de Investigaciones Sociológicas, n° 79, 1997, p. 81-112.
15. Un travail modèle est celui de Javier Echevarría Zabalza, La movilidad social en España, Madrid, Istmo, 2000. Les thèses de Bourdieu sur les stratégies de reproduction, de reconversion et de mobilité sociale y sont reconstruites au départ d'une cartographie sociale inspirée aussi de E. Olin Wright et du sociologue espagnol M. A. Cainzos.
16. Voir la bande publicitaire de V. Verdú, El estilo del mundo. La vida en el capitalismo de ficción, Barcelona, Anagrama, 2003.
17. Voir un exemple dans l'intéressant livre de J. Rodríguez López qui porte le titre significatif de Pierre Bourdieu. Sociología y subversión, Madrid, La Piqueta, 2002.
18. Parfois sa tendance à introduire sa propre vie dans son argumentation provoque de l'irritation : voir le compte rendu de Javier Callejo de Science de la science et réflexivité, dans le numéro 7 de la revue Empiria, janvier-juin 2004.
19. Ce sont, évidemment, des philosophes qui ont une certaine trajectoire dans la philosophie. Francisco Vázquez, qui occupe aujourd'hui la chaire de philosophie à l'université de Cádiz, fut défini par un membre du jury du concours à la chaire, comme un intellectuel « structuraliste, matérialiste et positiviste, mais non comme un philosophe ». Il avait auparavant fait un mémoire de DEA sur Canguilhem et une thèse sur Foucault et les historiens. Vázquez fut mon directeur de thèse et je crois qu'aucun de nous deux ne se rappelle qui fut le premier à lire Bourdieu et qui faisait le plus pression sur l'autre pour continuer à le lire. Pour sa part, A. García Inda analyse la relation entre Bourdieu et le droit dans le cadre de la philosophie du droit. Voir F. Vazquez, Pierre Bourdieu. La sociologia como critica de la razon, Barcelona, Montesinos, 2002 et A. Garcia Inda, La violencia de las formas juridicas: la sociologia del Poder y el Derecho de Pierre Bourdieu, Barcelona, Cedecs, 1997.
20. B. Spinoza, Traité théologico-politique, Paris, Flammarion, 1965, p. 51.
21. Ainsi Jean-Claude Passeron, « Mort d'un ami disparition d'un penseur », Pierre Encrevé, Rose-Marie Lagrave (sous la direction de), Travailler avec Bourdieu, Paris, Flammarion, 2003, p. 89. Une question : vu que peu de chercheurs en sciences sociales se rapprochent des auteurs par simple mouvement de la raison scientifique, quelles sont donc les bonnes passions menant à s'intéresser à la science ? L'expression libido sciendi inclut la racine de « science », mais aussi le mot libido. Il serait bon que les ennemis des passions de salut intellectuelles expliquent à ceux qui, comme moi, manquent de froideur aristocratique dans leur rapport au savoir, quelles sont les bonnes et les mauvaises modalités libidinales.
22. Voir P. Bourdieu, « Comprendre », Pierre Bourdieu (dir.), La Misère du monde, Paris, Éditions du Seuil, 1993, p. 912-915. Sur la socio-analyse comme chemin de salut, voir F. Vázquez García, « Ortodoxia o reforma del entendimiento. La doble insolencia de Pierre Bourdieu. Excurso sobre la reflexividad », L. E. Alonso, E. Martín Criado, J. L. Moreno Pestaña (dir.), Pierre Bourdieu, las herramientas del sociólogo, op. cit., p. 351-373.
23. Claude Grignon, Jean-Claude Passeron, Lo culto y lo popular. Miserabilismo y populismo en sociología y literatura, Madrid, La Piqueta, p. 18.
24. Pierre Bourdieu (avec Loïc J.D. Wacquant), Réponses. Pour une anthropologie réflexive, Paris, Éditions du Seuil, 1992, p. 156.


(Merci à José Luis Moreno Pestaña et à Gérard Mauger, G.Q.)