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Rien n'est plus surprenant pour ceux qui considèrent les affaires humaines avec un oeil philosophique que de voir la facilité avec laquelle la majorité (the many) est gouvernée par la minorité (the few) et d'observer la soumission implicite avec laquelle les hommes révoquent leurs propres sentiments et passions en faveur de leurs dirigeants. Quand nous nous demandons par quels moyens cette chose étonnante est réalisée, nous trouvons que, comme la force est toujours du côté des gouvernés, les gouvernants n'ont rien pour les soutenir que l'opinion. C'est donc sur l'opinion seule que le gouvernement est fondé et cette maxime s'étend aux gouvernements les plus despotiques et les plus militaires aussi bien qu'aux plus libres et aux plus populaires
(David Hume in Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, Seuil, Collection Liber, 1997, Points, 2003 P.257, aussi in Sur l'Etat. Cours au Collège de France 1989-1992, Raisons d'agir/Seuil, 2012, p.257-258)

samedi 26 mars 2011

Fabien Desage - David Guéranger, La politique confisquée. Sociologie des réformes et des institutions intercommunales






Fabien Desage - David Guéranger
La politique confisquée
Sociologie des réformes et des institutions intercommunales

Éditions du Croquant
2011





Présentation de l'éditeur
L’intercommunalité a connu un développement accéléré depuis quelques années. À tel point que les communautés (de communes, d’agglomération ou urbaines) couvrent aujourd’hui la quasi-totalité du territoire national et concernent plus de 90 % de la population française. Si les traces de leur action jalonnent la vie quotidienne locale – le bus qui arbore l’acronyme du syndicat de transports en commun, la ligne de contribution aux services d’assainissement ou de ramassage des ordures ménagères qui barre la feuille des impôts locaux, le bâtiment du siège des services administratifs, parfois baptisé « hôtel de communauté » –, elles demeurent des objets politiques méconnus de la majorité des citoyens.
Ce décalage entre des institutions sans cesse plus nombreuses, plus importantes, et leur faible appropriation démocratique, fonde l’hypothèse centrale de cet ouvrage : celle d’un objet politique doublement confisqué. Confisquée, l’intercommunalité l’est d’abord en raison de son fonctionnement politique singulier, marqué par des « consensus » inter-partisans établis à l’abri des regards des citoyens et des élus municipaux. Confisquée, l’intercommunalité l’est ensuite au nom de sa technicité présumée, un argument qui puise dans les discours des acteurs politiques eux-mêmes et que valident ses « experts » patentés. Elle se trouve ainsi érigée en objet à part, domaine réservé de quelques-uns.
Le présent ouvrage prend le contre-pied de ces conceptions dépolitisantes de l’intercommunalité. D’abord, en montrant les mécanismes qui la soustraient à tout espace public de délibération. Ensuite, en insistant sur les nombreuses conséquences politiques et sociales pour les territoires concernés des choix et des non-choix intercommunaux. Lever le voile sur les institutions intercommunales fournit ainsi un mobile et des outils pour les investir politiquement.
David Guéranger est chercheur au Laboratoire Techniques, Territoires et Sociétés (LATTS) et enseigne à l’École des Ponts ParisTech (ENPC). Il étudie les institutions locales et les réformes de décentralisation.
Fabien Desage est maître de conférences en science politique à l’université de Lille 2 et membre du Centre d’études et de recherches administratives politiques et sociales (CERAPS). Ses recherches portent notamment sur la sociologie des institutions politiques et de l’action publique.

Sommaire


Partie 1 : L’intercommunalité, enfant béni des réformateurs ?
Chapitre 1 : La religion de la réforme
Chapitre 2 : Réformes et contre-réformes
Chapitre 3 : Les ruses du local : réappropriation des lois et effets contradictoires des réformes
Chapitre 4 : Temps court des réformes, temps long des institutions : l’intercommunalité sans la réforme
Conclusion de la partie 1. Retours sur la « réforme »

Partie 2 – Des consensus intercommunaux en trompe-l’œil : de qui l’union fait-elle la force ?
Chapitre 5 : De l’esprit intercommunal au consensus communautaire
Chapitre 6 : Des effets paradoxaux sur l’action publique
Chapitre 7 : Les rouages du consensus : une machine à désamorcer les conflits
Chapitre 8 : Les cens cachés de l’intercommunalité
Conclusion de la partie 2 – Un « consociativisme » intercommunal ?

Épilogue : La réforme territoriale de Nicolas Sarkozy :
le « big bang  » était un pétard mouillé