Rien n'est plus surprenant pour ceux qui considèrent les affaires humaines avec un oeil philosophique que de voir la facilité avec laquelle la majorité (the many) est gouvernée par la minorité (the few) et d'observer la soumission implicite avec laquelle les hommes révoquent leurs propres sentiments et passions en faveur de leurs dirigeants. Quand nous nous demandons par quels moyens cette chose étonnante est réalisée, nous trouvons que, comme la force est toujours du côté des gouvernés, les gouvernants n'ont rien pour les soutenir que l'opinion. C'est donc sur l'opinion seule que le gouvernement est fondé et cette maxime s'étend aux gouvernements les plus despotiques et les plus militaires aussi bien qu'aux plus libres et aux plus populaires(David Hume in Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, Seuil, Collection Liber, 1997, Points, 2003 P.257, aussi in Sur l'Etat. Cours au Collège de France 1989-1992, Raisons d'agir/Seuil, 2012, p.257-258)
mardi 23 août 2011
Robert Boyer, Les financiers détruiront-ils le capitalisme ? + entretien
Robert Boyer: «La crise est plus grave que celle de 1929»
Par Ludovic Lamant, Mediapart, 20 Août 2011 |
Robert Boyer
Les financiers détruiront-ils le capitalisme ?
Economica
2011
Présentation de l'éditeur
Peut-on éviter une crise encore plus grave que celle qui a failli, en 2008, précipiter l effondrement de l économie américaine et du système international ? Avec le temps, beaucoup semblent oublier que les capitalismes sans contrôle de la collectivité vont de crise en crise. C est une question de pouvoir car il s exprime dans l économie et la finance tout autant que dans l espace politique. La déréglementation a donné une puissance sans précédent à la finance : elle conduit à une crise systémique, structurelle et mondiale. Les théories qui ont servi de justification à cette prise de pouvoir ont failli : elles ont confondu l affirmation d une croyance et la puissance des intérêts avec une démarche à vocation scientifique. Reprendre le programme de l économie politique, tirer les enseignements de la longue histoire des crises, analyser la diversité d articulation du politique et de l économique : cette actualisation de la théorie de la régulation livre une compréhension des origines, du cheminement et de possibles sorties de la présente crise. Comment contrecarrer la résistance de Wall Street et de la City à un retour à la réglementation ? Peut-on reconstruire des règles du jeu à l échelle internationale permettant qu émergent et coexistent des styles de développement contrastés, répondant aux attentes des citoyens ? Tant au niveau national qu à l échelle internationale, un vigoureux renouveau de la démocratie s impose. Saura-t-il prendre de court les bulles spéculatives émergentes et éviter que le pouvoir exorbitant des financiers finisse par détruire l efficacité et la légitimité du capitalisme ?
Robert BOYER, Économiste, membre du CEPREMAP (Centre Pour la Recherche EconoMique et ses APplications) et du GREDEG (Groupe de Recherche en Droit, Economie et Gestion) est Fellow 2010-211 au Wissenschaftskolleg zu Berlin. Il a contribué au développement de la théorie de la régulation dont l objet est de comprendre les transformations en longue période et la diversité des capitalismes.
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