Pierre Bourdieu, in Pour un mouvement social européen,
Le Monde Diplomatique, juin 1999 — Pages 1, 16 et 17, aussi in Contre-feux 2, Raisons d'agir, 2001, p. 13-23

"L'histoire sociale enseigne qu'il n'y a pas de politique sociale sans un mouvement social capable de l'imposer ( et que ce n'est pas le marché, comme on tente de le faire croire aujourd'hui, mais le mouvement social qui a « civilisé » l'économie de marché, tout en contribuant grandement à son efficacité ). En conséquence, la question, pour tous ceux qui veulent réellement opposer une Europe sociale à une Europe des banques et de la monnaie, flanquée d'une Europe policière et pénitentiaire ( déjà très avancée ) et d'une Europe militaire ( conséquence probable de l'intervention au Kosovo ), est de savoir comment mobiliser les forces capables de parvenir à cette fin et à quelles instances demander ce travail de mobilisation. "


mercredi 8 février 2012

2012 : les sociologues s’invitent dans le débat



2012 : les sociologues s’invitent dans le débat
Textes rassemblés par Louis Pinto
éditions du Croquant
2012

Présentation de l'éditeur
L’expérience de la collection savoir/agir révèle la richesse et l’originalité des analyses proposées par des intellectuels critiques. Or ceux-ci, plus familiers avec la description et l’explication du réel qu’avec l’élaboration de programmes, ne sont pas à l’aise dans une conjoncture électorale. Mais, précisément pour cette raison, ils ne sont pas nécessairement mal placés pour faire ce qu’eux seuls sont en mesure de faire. À savoir d’une part, étblir un diagnostic synthétique de l’état des choses dans un domaine de leur compétence ; d’autre part, énumérer un certain nombre de points qui leur semblent décisifs pour ce que pourrait être une politique de gauche.
L’exercice de militantisme intellectuel proposé ici a quelque chose de paradoxal. Alors que la gauche de gauche se voit d’ordinaire associée à des idées dites maximalistes, il s’agit de favoriser, sur des points précis, la formulation de principes d’action en deçà desquels une gauche digne de ce nom ne pourrait que se déjuger : non pas placer la barre très haut, la placer plutôt au minimum, un minimum qui pourrait aussi être l’essentiel, bref ce qui ne saurait être escamoté.
L’urgence semble aujourd’hui de montrer qu’autre chose est possible, réalisable, en refusant à la fois la capitulation social-démocrate devant la loi d’airain du capitalisme financier et le délire incantatoire du discours « anticapitaliste ». Le « réalisme utopique » dont parlait Bourdieu ne se distingue ni par les fausses précisions du discours d’expert ni par des proclamations grandioses mais vagues : il consiste à chercher les points précis où peut se faire un basculement des rapports de force en faveur de la justice sociale, de la démocratie et de la maîtrise collective du futur. Être « radical » consiste à être simplement conséquent : c’est, après avoir pris connaissance des questions posées, chercher des réponses qui pourraient être à la hauteur de ces questions. En matière d’environnement ou de marché financier, la réalité se charge de montrer que des idées autrefois considérées comme radicales, et donc exclues de l’horizon du pensable, ne sont pas aussi extravagantes qu’on avait bien voulu le dire.
Table des matières
Aller à l’essentiel
Louis Pinto
Sortir du capitalisme financier, étape nécessaire, mais non suffisante d’une alternative globale
Frédéric Lebaron
La crise est là
Le capitalisme financier reste dominant
Ordre et désordre néolibéraux
Quelles réponses ?
Réduire fortement et structurellement les inégalités de revenus et de patrimoines
Anéantir la spéculation financière
Faire du système bancaire un instrument au service d’objectifs économiques, sociaux et environnementaux
Développer des mécanismes de solidarités
Remobiliser électoralement les milieux populaires
Céline Braconnier
Reconstruire l’électorat populaire
Ce qui peut faire voter malgré le désenchantement
Une démocratie sociale apportant plus de pouvoir aux salariés
Sophie Béroud et Karel Yon
Un remède à la crise ?
Des syndicats plus « légitimes » pour négocier dans l’entreprise
Démocratie sociale ou fétichisme de la négociation ?
Vers de véritables points d’appui pour conférer du pouvoir aux salariés
Pour une réappropriation collective de la démocratie locale
Michel Koebel
Comment contrecarrer ces tendances ?
La désocialisation de la santé
Frédéric Pierru
Le dilemme électoral du candidat Sarkozy
La privatisation progressive du financement des soins courants
La révolution conservatrice de la médecine libérale
Les cliniques au secours de la Sécu…
Une santé de moins en moins publique
Le remède : reconstruire les quatre services publics constitutifs du système de santé égalitaire et solidaire
« Délinquance zéro »
Gérard Mauger
« Angélisme » – « Réalisme » ?
Sociogenèse des pratiques délinquantes ordinaires
Le répertoire des « politiques de sécurité »
Pour une « politique de gauche » face à la délinquance
Une autre justice
Laurent Willemez
La justice : fonction symbolique, fonction répressive
L’offensive contre le pouvoir judiciaire et les magistrats
L’affaiblissement de la fonction judiciaire par la RGPP
Une « autre justice » ?
Remettre les droits des étrangers au centre des politiques d’immigration
Emmanuel Blanchard et Alexis Spire
Défendre le droit à quitter son pays
Pour une régulation démocratique des mouvements migratoires
Construire une politique de l’hospitalité
Développer la sécurité et la stabilité juridique des règles d’entrée et de séjour
Un chômage contre les chômeurs ?
Emmanuel Pierru
Le poids du stigmate
La peau de chagrin des droits des chômeurs
Une assurance chômage qui assure de moins en moins
La paupérisation des chômeurs
Accompagnement ou contrôle renforcé des chômeurs ? La création de Pôle Emploi
Les laissés pour compte de la formation professionnelle continue
En guise de conclusion : réconcilier les chômeurs avec les syndicats et la gauche ?
L’école pour tous, enfin !
Bertrand Geay
Le bilan contrasté de « l’école unique »
L’incohérence du curriculum
La dialectique des ségrégations et de la concurrence
Une entreprise de déprofessionnalisation
Cinq propositions
Université : contre la bureaucratie de marché
Bertrand Geay, Samuel Bouron et Pierre Clément
Le marché à marche forcée
L’anomie bureaucratique
Quelques mesures d’urgence pour en sortir
Une recherche résolument publique et vraiment autonome
Louis Pinto
Gouvernance des personnels
Gouvernance de l’évaluation
Gouvernance de la recherche
Propositions
Transformer les médias
Henri Maler
Éléments de diagnostic
Quelques cibles
Constituer et constitutionnaliser un Conseil national des médias
Contrecarrer la concentration et la financiarisation des médias
Constituer un service public de l’information et de la culture
Garantir les droits des journalistes, des créateurs et des usagers
Affranchir les sondages politiques de l’emprise du marché
Rémy Caveng
Les sondages : un marché ; les sondeurs : des marchands
Une économie de la précarité
Que faire des sondages politiques ?

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