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Rien n'est plus surprenant pour ceux qui considèrent les affaires humaines avec un oeil philosophique que de voir la facilité avec laquelle la majorité (the many) est gouvernée par la minorité (the few) et d'observer la soumission implicite avec laquelle les hommes révoquent leurs propres sentiments et passions en faveur de leurs dirigeants. Quand nous nous demandons par quels moyens cette chose étonnante est réalisée, nous trouvons que, comme la force est toujours du côté des gouvernés, les gouvernants n'ont rien pour les soutenir que l'opinion. C'est donc sur l'opinion seule que le gouvernement est fondé et cette maxime s'étend aux gouvernements les plus despotiques et les plus militaires aussi bien qu'aux plus libres et aux plus populaires
(David Hume in Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, Seuil, Collection Liber, 1997, Points, 2003 P.257, aussi in Sur l'Etat. Cours au Collège de France 1989-1992, Raisons d'agir/Seuil, 2012, p.257-258)

mercredi 29 février 2012

Marie Desmartis, La chasse au pouvoir - Chronique politique d'un village de France

Marie Desmartis
La chasse au pouvoir 
Chronique politique d'un village de France
Préface d'Alban Bensa
Anacharsis
2012

Présentation de l'éditeur
Olignac est un petit village français comme il y en a tant, avec sa jolie mairie et ses lieux publics, dont l'habitat de maisons dispersées est caractéristique des villages landais.
Mais au début des années 1980, Olignac défraie la chronique : la tension est montée entre les villageois, à tel point que le village se compose une solide réputation de Far West landais, où à la nuit la peur s'installe dans les rues désertes, tandis que des palombières brûlent et que retentissent parfois des coups de feu... Cette situation pour le moins tendue à Olignac a été relayée par la presse locale, qui en a fait ses choux gras, et le village est plus ou moins retombé dans le calme, sans pourtant que l'on se soit donné la peine de véritablement comprendre.
Mais Marie Desmartis, au début des années 2000 est venue enquêter sur un regain de tensions, qui toutes naissaient autour des enjeux des élections municipales. C'est ainsi qu'elle nous emmène dans une plongée au coeur du politique - et de sa violence - dans un village de France. A travers son enquête, ce sont les pratiques les plus ordinaires dans notre pays qui sont mises à nu, depuis la nécessité de distinguer sommairement des "clans" (ici c'est le clan dit des "Chasseurs" qui ferait régner la terreur), jusqu'au personnalités charismatiques ou stratégiquement habiles (en la personne ici de la maire Mme Fortier).
Et en somme, l'enquête de Marie Desmartis comporte bel et bien une dimension totale, autrement nommée anthropologique : son travail d'ethnographe, par la minutie des descriptions, la qualité de son écriture, par la restitution de ses aléas, s'il est ancré dans le contexte précis d'un village landais (tous les noms de lieux ou de personnes ont été changés dans ce livre), renvoi de stupéfiante façon à ce que l'on peut comprendre à la mise en oeuvre du jeu politique dans les sociétés humaines

Marie Desmartis est anthropoloue, associée à l'EHESS ; elle vit et travaille actuellement à New York.