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Rien n'est plus surprenant pour ceux qui considèrent les affaires humaines avec un oeil philosophique que de voir la facilité avec laquelle la majorité (the many) est gouvernée par la minorité (the few) et d'observer la soumission implicite avec laquelle les hommes révoquent leurs propres sentiments et passions en faveur de leurs dirigeants. Quand nous nous demandons par quels moyens cette chose étonnante est réalisée, nous trouvons que, comme la force est toujours du côté des gouvernés, les gouvernants n'ont rien pour les soutenir que l'opinion. C'est donc sur l'opinion seule que le gouvernement est fondé et cette maxime s'étend aux gouvernements les plus despotiques et les plus militaires aussi bien qu'aux plus libres et aux plus populaires
(David Hume in Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, Seuil, Collection Liber, 1997, Points, 2003 P.257, aussi in Sur l'Etat. Cours au Collège de France 1989-1992, Raisons d'agir/Seuil, 2012, p.257-258)

vendredi 17 février 2012

Myriam Congoste, L'Innomé - L'ordinaire d'un voleur

Myriam Congoste
L'Innomé
L'ordinaire d'un voleur
Anacharsis
2012

Présentation de l'éditeur
Youchka est un voleur.
Il oeuvre à Bordeaux - mais pas seulement - et il vit de ses activités illicites, du cambriolage à la revente de l'or jusqu'en Thaïlande, ou du maquillage des voitures et des motos volées. Il n'a jamais été pris. Myriam Congoste, originaire du même quartier que Youchka, est parvenue à le rencontrer, puis à l'accompagner dans l'ordinaire de sa vie en marge de notre monde. L'enquête ethnographique qui en découle revêt la forme d'une chronique documentaire exceptionnelle.
C'est ici l'univers des voleurs, des délinquants de profession, que l'on explore, en une plongée à laquelle Myriam Congoste nous fait véritablement participer. L'ethnographie et son écriture entrent dans ce récit en totale résonance, où ce n'est plus un compte-rendu distancié qui nous est proposé, mais l'accompagnement de la narratrice dans un milieu réprouvé, réputé distant et dangereux, dans lequel elle parvient à s'immerger sans jamais faire abstraction de ses doutes, de ses transports, de ses enthousiasmes ou de ses erreurs.
Car sa relation à Youchka, pleine d'empathie, est aussi bien un apprentissage de soi, une anthropologie réflexive et partagée, qui fonde un questionnement tempéré dans l'ordre de la morale, des convention et des interdits. Le monde des marges apparaît en fin de compte détenteur de ses propres codes et pratiques, qui entretiennent avec l'univers dominant des "honnêtes gens" des relations à la fois de rejet et de mimétisme.
Et ce n'est pas la moindre force de Myriam Congoste d'avoir su naviguer entre les écueils de l'imagerie gangstériste et de la réprobation morale. C'est au contraire dans sa souplesse d'approche et par la restitution de toutes les difficultés éprouvées, entre fascination et répulsion, qu'elle parvient à restituer toute son épaisseur vibrante et contradictoire à une parole d'habitude vouée au silence.