Pierre Bourdieu, in Pour un mouvement social européen,
Le Monde Diplomatique, juin 1999 — Pages 1, 16 et 17, aussi in Contre-feux 2, Raisons d'agir, 2001, p. 13-23

"L'histoire sociale enseigne qu'il n'y a pas de politique sociale sans un mouvement social capable de l'imposer ( et que ce n'est pas le marché, comme on tente de le faire croire aujourd'hui, mais le mouvement social qui a « civilisé » l'économie de marché, tout en contribuant grandement à son efficacité ). En conséquence, la question, pour tous ceux qui veulent réellement opposer une Europe sociale à une Europe des banques et de la monnaie, flanquée d'une Europe policière et pénitentiaire ( déjà très avancée ) et d'une Europe militaire ( conséquence probable de l'intervention au Kosovo ), est de savoir comment mobiliser les forces capables de parvenir à cette fin et à quelles instances demander ce travail de mobilisation. "


vendredi 17 février 2012

Myriam Congoste, L'Innomé - L'ordinaire d'un voleur

Myriam Congoste
L'Innomé
L'ordinaire d'un voleur
Anacharsis
2012

Présentation de l'éditeur
Youchka est un voleur.
Il oeuvre à Bordeaux - mais pas seulement - et il vit de ses activités illicites, du cambriolage à la revente de l'or jusqu'en Thaïlande, ou du maquillage des voitures et des motos volées. Il n'a jamais été pris. Myriam Congoste, originaire du même quartier que Youchka, est parvenue à le rencontrer, puis à l'accompagner dans l'ordinaire de sa vie en marge de notre monde. L'enquête ethnographique qui en découle revêt la forme d'une chronique documentaire exceptionnelle.
C'est ici l'univers des voleurs, des délinquants de profession, que l'on explore, en une plongée à laquelle Myriam Congoste nous fait véritablement participer. L'ethnographie et son écriture entrent dans ce récit en totale résonance, où ce n'est plus un compte-rendu distancié qui nous est proposé, mais l'accompagnement de la narratrice dans un milieu réprouvé, réputé distant et dangereux, dans lequel elle parvient à s'immerger sans jamais faire abstraction de ses doutes, de ses transports, de ses enthousiasmes ou de ses erreurs.
Car sa relation à Youchka, pleine d'empathie, est aussi bien un apprentissage de soi, une anthropologie réflexive et partagée, qui fonde un questionnement tempéré dans l'ordre de la morale, des convention et des interdits. Le monde des marges apparaît en fin de compte détenteur de ses propres codes et pratiques, qui entretiennent avec l'univers dominant des "honnêtes gens" des relations à la fois de rejet et de mimétisme.
Et ce n'est pas la moindre force de Myriam Congoste d'avoir su naviguer entre les écueils de l'imagerie gangstériste et de la réprobation morale. C'est au contraire dans sa souplesse d'approche et par la restitution de toutes les difficultés éprouvées, entre fascination et répulsion, qu'elle parvient à restituer toute son épaisseur vibrante et contradictoire à une parole d'habitude vouée au silence. 

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