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Rien n'est plus surprenant pour ceux qui considèrent les affaires humaines avec un oeil philosophique que de voir la facilité avec laquelle la majorité (the many) est gouvernée par la minorité (the few) et d'observer la soumission implicite avec laquelle les hommes révoquent leurs propres sentiments et passions en faveur de leurs dirigeants. Quand nous nous demandons par quels moyens cette chose étonnante est réalisée, nous trouvons que, comme la force est toujours du côté des gouvernés, les gouvernants n'ont rien pour les soutenir que l'opinion. C'est donc sur l'opinion seule que le gouvernement est fondé et cette maxime s'étend aux gouvernements les plus despotiques et les plus militaires aussi bien qu'aux plus libres et aux plus populaires
(David Hume in Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, Seuil, Collection Liber, 1997, Points, 2003 P.257, aussi in Sur l'Etat. Cours au Collège de France 1989-1992, Raisons d'agir/Seuil, 2012, p.257-258)

dimanche 19 février 2012

trois questions à Patrick Champagne à propos du livre de Bourdieu Sur l'Etat

Trois questions à Patrick Champagne

« Univers-Cités » Webjournal des étudiants du parcours journalisme Sciences Po Toulouse, 15 février 2012


« Univers-Cités » : Pourquoi publier aujourd’hui les cours sur l’État donnés au Collège de France par Pierre Bourdieu ?
Patrick Champagne : Depuis quelques années, on avait le projet de publier l’œuvre non diffusée de Pierre Bourdieu, l’objectif étant de démocratiser sa pensée. Même si la publication de ses séminaires était pratiquement prête, on a préféré commencer avec cet ouvrage sur l’État fait à partir de trois cours donnés au Collège de France. En procédant ainsi, il s’agit clairement d’un acte politique de notre part tant la thématique de l’État est actuelle et doit être repensée. Par contre, contrairement à ce que j’ai pu lire dans certains médias, il n’y a aucune volonté de notre part de « surfer » sur les dix ans de la mort de Pierre Bourdieu. Ce n’est que pure coïncidence.

Vous avez travaillé avec Pierre Bourdieu lors de la rédaction de "La Misère du Monde". Comment est-il au travail ?
Si ma première rencontre avec Pierre Bourdieu date de 1967, c’est réellement au début des années 1990 que j’ai appris à connaître l’homme. Avec La Misère du monde, j’ai pu le voir sous un autre jour. Travailler avec lui, c’est une expérience formidable où les fous rires côtoient les échanges intellectuels de qualité. Sous son aspect de penseur peut-être un peu froid, Pierre Bourdieu était quelqu’un de vivant, empreint d’une humanité folle. D’ailleurs, beaucoup de sociologues qui ont lu Sur l’État m’ont dit qu’à travers ces écrits, ils retrouvaient le Pierre Bourdieu, émouvant et bouillant, qu’ils ont connu.


Le sociologue français est-il encore présent dans l’imaginaire collectif ?
Incontestablement. Encore aujourd’hui, Pierre Bourdieu est le sociologue le plus repris et cité du monde dans les revues scientifiques. Il exerce un magistère moral et intellectuel auprès du champ universitaire. Concernant les profanes de la sociologie, c’est le Pierre Bourdieu politique qu’ils connaissent. Ceci est dû d’une part à la publication de La Misère du monde, et, d’autre part, à son engagement partisan contre le plan Juppé de 1995. À mi-chemin entre ces deux conceptions, je pense qu’il fut surtout un intellectuel médiatisé et non médiatique.
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