"Une des difficultés de la lutte politique aujourd'hui, c'est que les dominants, technocrates ou épistémocrates de droite ou de gauche, ont partie liée avec la raison et l'universel: on se dirige vers des univers dans lesquels il faudra de plus en plus de justifications techniques, rationnelles, pour dominer et dans lesquels les dominés, eux aussi ,pourront et devront de plus en plus se servir de la raison pour se défendre contre la domination, puisque les dominants devront de plus en plus invoquer la raison, et la science, pour exercer leur domination. Ce qui fait que les progrès de la raison iront sans doute de pair avec le développement de formes hautement rationalisées de domination (comme on voit, dès aujourd'hui, avec l'usage qui est fait d'une technique comme le sondage), et que la sociologie, seule en mesure de porter au jour ces mécanismes, devra plus que jamais choisir entre le parti de mettre ses instruments rationnels de connaissance au service d’une domination toujours plus rationnelle ou d’analyser rationnellement la domination et tout spécialement la contribution que la connaissance peut apporter à la domination."
Pierre Bourdieu, in Intérêt et désintéressement, cours du Collège de France à la Faculté d'Anthropologie et de Sociologie de l'Université Lumière Lyon 2, les 1er et 8 décembre 1988 in Cahiers de Recherche n° 7, nouvelle publication 1er trimestre 1993, aussi Un acte désintéressé est-il possible ? in Raisons pratiques. Sur la théorie de l'action, Seuil, 1994, Points 1996, p. 167


lundi 26 mars 2012

Marc Joly, Devenir Norbert Elias

Marc Joly
Devenir Norbert Elias
Fayard
2012


Présentation de l'éditeur
 Norbert Elias (1897-1990) occupe aujourd’hui une place centrale dans l’histoire de la sociologie du xxe siècle, entre Max Weber et Pierre Bourdieu. Pourtant, de son vivant, il fut très longtemps ignoré ou incompris ; et s’il fut célébré en France à partir des années 1970, c’est au titre d’historien précurseur de l’école des Annales, c’est-à-dire au prix d’un certain malentendu.
L’histoire de la vie du sociologue – et de la trajectoire de reconnaissance dont elle est inséparable – restait à écrire. Tel est le défi que Marc Joly a tenté de relever. Fondé sur un grand nombre de recherches d’archives en Allemagne, en Grande-Bretagne et en France, son travail alterne récit « biographique » et théorisation des processus de reconnaissance scientifique. Il regorge ainsi d’informations inédites, que ce soit sur le destin « maudit » de Über den Prozess der Zivilisation – le maître-ouvrage d’Elias – ou sur la carrière heurtée de son auteur à Londres puis Leicester.
Pour éclairer la réception de l’œuvre d’Elias en France, Marc Joly consacre enfin de passionnants développements à la sociologie française des années 1960 et à l’école des Annales des années 1970.
Au total, il nous fait découvrir des pans méconnus ou refoulés de l’histoire européenne des sciences humaines et sociales du xxe siècle, et reconsidère la manière même d’écrire une telle histoire.

Marc Joly, né en 1976, est licencié en droit, titulaire d’un DEA en sciences politiques et docteur en histoire. Sa thèse a porté sur la réception française de l’œuvre de Norbert Elias dans une perspective européenne. Il a cotraduit, édité et présenté une série de textes de Norbert Elias autour de la psychologie, dont un manuscrit inédit sur Sigmund Freud (Au-delà de Freud. Sociologie, psychologie, psychanalyse, La Découverte, 2010). Il a été chargé de mission à la Mairie de Paris et éditeur à Strasbourg. Il est actuellement ATER à l’université de Rouen. 


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