Pierre Bourdieu, in Pour un mouvement social européen,
Le Monde Diplomatique, juin 1999 — Pages 1, 16 et 17, aussi in Contre-feux 2, Raisons d'agir, 2001, p. 13-23

"L'histoire sociale enseigne qu'il n'y a pas de politique sociale sans un mouvement social capable de l'imposer ( et que ce n'est pas le marché, comme on tente de le faire croire aujourd'hui, mais le mouvement social qui a « civilisé » l'économie de marché, tout en contribuant grandement à son efficacité ). En conséquence, la question, pour tous ceux qui veulent réellement opposer une Europe sociale à une Europe des banques et de la monnaie, flanquée d'une Europe policière et pénitentiaire ( déjà très avancée ) et d'une Europe militaire ( conséquence probable de l'intervention au Kosovo ), est de savoir comment mobiliser les forces capables de parvenir à cette fin et à quelles instances demander ce travail de mobilisation. "


jeudi 12 avril 2012

Jérémy Sinigaglia, Artistes, intermittents, précaires en lutte. Retour sur une mobilisation paradoxale


Jérémy Sinigaglia  
Artistes, intermittents, précaires en lutte 
Retour sur une mobilisation paradoxale
Préface de Lilian Mathieu
P.U.Nancy
2012

Présentation de l'éditeur
Dans la nuit du 26 au 27 juin 2003 est signé au sein de l'UNEDIC un protocole d'accord qui durcit les règles de l’indemnisation du chômage des salariés intermittents du spectacle. En quelques jours, la mobilisation prend une ampleur qui surprend aussi bien les différents observateurs que les principaux animateurs du mouvement. La « CGT spectacle » appelle à une journée de grève. Des collectifs et des coordinations se forment, se reforment ou se renforcent dans de nombreuses villes et régions de France et organisent la contestation.
Cet ouvrage, qui repose sur une enquête ethnographique menée pendant trois ans auprès d’un collectif d’intermittents en Lorraine et de la coordination des intermittents et précaires d’Île-de-France, pose la question suivante : comment un groupe hétérogène (artistes, employés, ouvriers, techniciens, ingénieurs de divers secteurs du spectacle) composé de salariés précaires exerçant dans un secteur économique lui aussi précaire, parvient-il à se mobiliser et à agir collectivement ? Répondre à cette question suppose d’abord de comprendre le passage individuel à l’action collective, et pour cela de prêter attention aux ressources des intermittents et à celles que leur apportent leurs soutiens, mais aussi d’observer la manière dont ils ont pu retourner un certain nombre de conditions a priori défavorables à leur avantage. Cela implique ensuite de saisir la manière dont les individus et les groupes engagés ensemble mais aussi concurremment dans la mobilisation se dotent (ou non) d’une identité collective rassembleuse, d’une définition commune des enjeux de la lutte et d’un répertoire d’action partagé.
L’observation de cette mobilisation révèle que ni les situations de précarité que subissent les participants potentiels, ni la désorganisation de leurs secteurs d’activité, ni l’hétérogénéité du groupe a priori concerné ou du mouvement dans son ensemble ne forment en soi les conditions d’impossibilité d’une mobilisation collective ou un frein indépassable à sa réalisation. Dès lors, l’hypothèse contre intuitive qui forme le fil directeur de cet ouvrage est la suivante : non seulement la précarité, l’individualisation et l’hétérogénéité des intermittents du spectacle ne forment pas en elles-mêmes des freins à leur mobilisation, mais elles peuvent à l’inverse, paradoxalement, contribuer à remplir les conditions propices à la réussite de leur mouvement.

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