Pierre Bourdieu, in Pour un mouvement social européen,
Le Monde Diplomatique, juin 1999 — Pages 1, 16 et 17, aussi in Contre-feux 2, Raisons d'agir, 2001, p. 13-23

"L'histoire sociale enseigne qu'il n'y a pas de politique sociale sans un mouvement social capable de l'imposer ( et que ce n'est pas le marché, comme on tente de le faire croire aujourd'hui, mais le mouvement social qui a « civilisé » l'économie de marché, tout en contribuant grandement à son efficacité ). En conséquence, la question, pour tous ceux qui veulent réellement opposer une Europe sociale à une Europe des banques et de la monnaie, flanquée d'une Europe policière et pénitentiaire ( déjà très avancée ) et d'une Europe militaire ( conséquence probable de l'intervention au Kosovo ), est de savoir comment mobiliser les forces capables de parvenir à cette fin et à quelles instances demander ce travail de mobilisation. "


lundi 17 juin 2013

Médiacritique(s) n°8 (juillet-septembre 2013) : « Journalisme des quatre saisons et jeux de l’été »

Présentation de l'éditeur
Dans la famille des nouveaux chiens de garde, il y a les bouledogues (écrivailleurs et papoteurs tous médias) et les bassets (petits roquets de la presse régionale), les éditorialistes pour papier ou pour micro et les chroniqueurs des matinales des radios et des émissions vespérales des télévisions. Tous ces prescripteurs d’opinion (qui font d’abord l’opinion des prescripteurs d’opinion) et se prennent pour des pédagogues, alors qu’ils ne sont que les secouristes du désordre existant… et, par exemple, d’Angela Merkel (voir p. 4-5). La liste est longue… de ces peu nombreux : des penseurs de Libération, bouffis de certitudes (p. 17-18) au journaliste consultant de football vautré dans la beaufitude (p. 24-25) en passant par les douaniers du débat public, tel Patrick Cohen, dernier maître censeur en date (p. 9-10).
Ce journalisme convenu et convenable n’est en rien dérangé par le journalisme décontracté des prospecteurs d’anecdotes, celui du « Lab » d’Europe 1 par exemple (p. 6-8). Et ce journalisme de commentaire et de bavardages, envahissant, écrase de tout son poids le journalisme d’information.
Et notamment :
- Le journalisme d’investigation, qu’il ne faut pas confondre, même s’il se confond souvent avec lui, avec le journalisme de révélation qui se borne à « sortir des affaires » : un journalisme qui lance des alertes sur la vie économique et sociale.
- Le journalisme d’enquêtes et de reportages, trop souvent miné, il est vrai, par le goût de la dramatisation et la recherche du spectacle.
Pourtant, ces journalismes-là, plus ou moins, minorés, existent bel et bien, même à la télévision (voir « Un œil sur le Mali », p. 11-12). Des journalismes que ne peuvent (ou ne veulent) pas exercer la plupart des soutiers de l’information : sous-traitants d’orientations éditoriales qui leur échappent, exécutants de chefferies ivres de management, petites mains préposées au recyclage des dépêches d’agence.
Non, les journalistes ne sont pas « tous pourris » ! Nombreux sont ceux qui résistent, réfractaires, ou simplement attachés à la déontologie de leur profession. Encore faut-il que les conditions qui permettraient vraiment de la faire respecter puissent être réunies (p. 19-20). Comme il reste à réunir les conditions d’une autre formation des journalistes (p. 21-23). Mais pour que d’autres journalismes soient possibles et se répandent, un autre monde médiatique est nécessaire.
 Commandes et abonnements : c’est ici.


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