Pierre Bourdieu, in Pour un mouvement social européen,
Le Monde Diplomatique, juin 1999 — Pages 1, 16 et 17, aussi in Contre-feux 2, Raisons d'agir, 2001, p. 13-23

"L'histoire sociale enseigne qu'il n'y a pas de politique sociale sans un mouvement social capable de l'imposer ( et que ce n'est pas le marché, comme on tente de le faire croire aujourd'hui, mais le mouvement social qui a « civilisé » l'économie de marché, tout en contribuant grandement à son efficacité ). En conséquence, la question, pour tous ceux qui veulent réellement opposer une Europe sociale à une Europe des banques et de la monnaie, flanquée d'une Europe policière et pénitentiaire ( déjà très avancée ) et d'une Europe militaire ( conséquence probable de l'intervention au Kosovo ), est de savoir comment mobiliser les forces capables de parvenir à cette fin et à quelles instances demander ce travail de mobilisation. "


jeudi 17 octobre 2013

video: Alain Cottereau & Mokhtar Mohatar Marzok, Une famille andalouse. Ethnocomptabilité d'une économie invisible


Conférence de Alain Cottereau, directeur d’études à l’EHESS, intitulée "Rendre visible une économie invisible : une enquête en milieu hispano-marocain", Instituts d’Études Avancées (IEA) organisée en association avec la Maison des Sciences de l’Homme Ange Guépin, 18 décembre 2012
Alain Cottereau 
Mokhtar Mohatar Marzok
Une famille andalouse 
Ethnocomptabilité d'une économie invisible
Bouchene
2012

Présentation de l'éditeur  
Ce livre nous fait entrer dans la vie intérieure du monde hispano-marocain, à travers le regard d’une famille andalouse, ses gestes quotidiens, sa vie économique, ses fréquentations, sa vision du monde. Il le fait en ayant expérimenté, de 2007 à 2010, un genre d’enquête inédit: suivre pas à pas, au jour le jour, comment des gens comptent et évaluent, dans nos sociétés actuelles ; observer en situation ce qui compte dans la vie, sous tous ses aspects, depuis des relevés exhaustifs de la nutrition, des menues dépenses familiales, des emplois du temps quotidien, des conversations en famille, jusqu’aux récits de vie et leur évaluation : qu’est-ce qu’une vie réussie, qu’est-ce qu’une vie qui vaut la peine d’être vécue?
Les ressources du foyer sont entièrement «invisibles», au regard des institutions. Le père conduit son entreprise artisanale de vente sur les marchés périodiques de la Costa del Sol, sans avoir pu obtenir de permis, la mère effectue divers travaux domestiques, les quatre enfants, de six à treize ans, scolarisés, ne contribuent que marginalement. Si les comptes ne considéraient que les ressources monétaires et les paiements en liquide, la famille devrait mourir de faim. Mais une partie des ressources provient de disponibilités gratuites, de services et de dons entre proches, familles et amis. C’est aussi une économie de «bons plans», où est mise en œuvre une sociabilité des milieux populaires défavorisés, jointe à des formes de solidarité propres au milieu hispano-marocain. De plus, les récits de vie élargissent l’appréciation des situations et révèlent les références morales re-travaillées, empruntées aux deux continents et aux deux religions. L’émancipation féminine y tient une place cruciale.
Pour reconnaître les formes de cette économie dite « informelle », les auteurs ont mis au point une technique de comptabilité contextuelle, qui ne sépare pas les opérations et les évaluations par les intéressés, baptisée ethnocomptabilité. Ils proposent une méthode de bilans situés de bien-être, une démarche d’anthropologie économique et de sociologie de l’évaluation, mobilisable pour des comparaisons entre toutes les situations de notre planète aujourd’hui, concrétisant des vœux théoriques d’Amartya Sen.
L’intérêt de cette démarche est redoublé ici par les caractéristiques propres de la famille espagnole d’origine marocaine, qui a fait l’objet de cette enquête entre 2007 et 2010. Les membres du ménage sont pour partie espagnols, pour partie marocains en train de devenir espagnols. Proches, parents, amis et partenaires économiques s’inscrivent aussi dans un espace bi-villageois et bi-continental. Tous sont liés au travers d’une économie qualifiée de «souterraine», simplement parce qu’elle est invisible aux institutions et aux statistiques officielles.
En accueillant Une famille andalouse dans Intérieurs du Maghreb, comment ne pas penser, par-delà l’évidence de l’argument de la mondialisation et de la circulation des biens et des personnes décrites dans cette enquête, au titre d’un autre ouvrage de Jacques Berque: Andalousies? Pourtant l’économie décrite ici n’a rien d’un prélude aux Andalousies retrouvées que Jacques Berque appelait de ses vœux dans sa leçon de clôture au Collège de France.
Alain Cottereau est sociologue et historien, directeur d'étude à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), à Paris, auteurs d'ouvrages et articles en histoire de la vie politique, en histoire du droit du travail, en histoire des techniques, en anthropologie du monde actuel, et anime depuis trois décennies à l'Ehess un séminaire intitulé « Sens du juste et sens de la réalité sociale ».
Mokhtar Mohatar Marzok est docteur en Anthropologie sociale et ethnologie et chercheur associé au Centre d' Étude des Mouvements Sociaux (CEMS-EHESS, Paris) et de l'Observatoire de Prospective Culturel, de l’université de Grenade. Il dirige actuellement une enquête collective sur la population marocaine installée en Andalousie (Centro de Estudios Andaluces, Junta de Andalucía).

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