Pierre Bourdieu, in Pour un mouvement social européen,
Le Monde Diplomatique, juin 1999 — Pages 1, 16 et 17, aussi in Contre-feux 2, Raisons d'agir, 2001, p. 13-23

"L'histoire sociale enseigne qu'il n'y a pas de politique sociale sans un mouvement social capable de l'imposer ( et que ce n'est pas le marché, comme on tente de le faire croire aujourd'hui, mais le mouvement social qui a « civilisé » l'économie de marché, tout en contribuant grandement à son efficacité ). En conséquence, la question, pour tous ceux qui veulent réellement opposer une Europe sociale à une Europe des banques et de la monnaie, flanquée d'une Europe policière et pénitentiaire ( déjà très avancée ) et d'une Europe militaire ( conséquence probable de l'intervention au Kosovo ), est de savoir comment mobiliser les forces capables de parvenir à cette fin et à quelles instances demander ce travail de mobilisation. "


dimanche 1 décembre 2013

Michel Foucault, La Société punitive: Cours au Collège de France (1972-1973)

Michel Foucault
La Société punitive
Cours au Collège de France (1972-1973)
Ehess/Gallimard/Seuil
2013

Présentation de l'éditeur
« Malheureusement, quand on enseigne la morale, quand on fait l’histoire de la morale, on explique toujours les Fondements de la métaphysique des mœurs et on ne lit pas [Colquhoun], ce personnage fondamental pour notre moralité. Inventeur de la police anglaise, ce marchand de Glasgow […] s’installe à Londres, où des sociétés de navigation lui demandent en 1792 de résoudre le problème de la surveillance des docks et de la protection de la fortune bourgeoise. » [C’est un] problème essentiel […] ; pour comprendre le système de moralité d’une société, il faut poser la question : Où est la fortune ? L’histoire de la morale doit s’ordonner entièrement à cette question de la localisation et du déplacement de la fortune. »
Michel Foucault

Prononcées au Collège de France au premier trimestre 1973, ces treize leçons sur la « société punitive » examinent la façon dont se sont forgés les rapports de la justice et de la vérité qui président au droit pénal moderne, et questionnent ce qui les lie à l’émergence d’un nouveau régime punitif qui domine encore la société contemporaine.
Ce cours, supposé être préparatoire à l’ouvrage qui paraîtra en 1975, Surveiller et Punir, se déploie tout autrement, au delà du système carcéral, englobant l’ensemble de la société à économie capitaliste, au sein de laquelle s’innove une gestion particulière de la multiplicité des illégalismes et de leur imbrication.
Cet essai à part entière brasse un matériel historique jusque-là inédit, concernant l’économie politique classique, les Quakers et « Dissenters » anglais, leur philanthropie ? eux dont le discours introduit le pénitentiaire dans le pénal ?, puis la moralisation du temps ouvrier. Michel Foucault livre par sa critique de Hobbes une analyse de la guerre civile, qui n’est pas la guerre de tous contre tous mais une « matrice générale » permettant de comprendre le fonctionnement de la stratégie pénale dont la cible est moins le criminel que l’ennemi intérieur.
La Société punitive se place parmi les grands textes qui relatent l’histoire du capitalisme. Nos sciences de l’homme se révèlent être, au sens nietzschéen, toujours des « sciences morales ». 


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