Pierre Bourdieu, in Pour un mouvement social européen,
Le Monde Diplomatique, juin 1999 — Pages 1, 16 et 17, aussi in Contre-feux 2, Raisons d'agir, 2001, p. 13-23

"L'histoire sociale enseigne qu'il n'y a pas de politique sociale sans un mouvement social capable de l'imposer ( et que ce n'est pas le marché, comme on tente de le faire croire aujourd'hui, mais le mouvement social qui a « civilisé » l'économie de marché, tout en contribuant grandement à son efficacité ). En conséquence, la question, pour tous ceux qui veulent réellement opposer une Europe sociale à une Europe des banques et de la monnaie, flanquée d'une Europe policière et pénitentiaire ( déjà très avancée ) et d'une Europe militaire ( conséquence probable de l'intervention au Kosovo ), est de savoir comment mobiliser les forces capables de parvenir à cette fin et à quelles instances demander ce travail de mobilisation. "


mercredi 28 mai 2014

Johanna Siméant, Contester au Mali. Formes de la mobilisation et de la critique à Bamako

Johanna Siméant
Contester au Mali
Formes de la mobilisation et de la critique à Bamako
Karthala
2014

Présentation de l'éditeur
Avant que le putsch du 22 mars 2012 ne fasse voler en éclat cette image, le Mali était ce pays considéré comme exemplaire du fait de ses institutions démocratiques et d’une société civile perçue comme ayant contribué à la chute du régime autoritaire en 1991. C’était aussi ce pays où la protestation était désignée depuis lors comme quelque chose d’exceptionnel et de résiduel, comme si, au Mali du consensus, seules les rebellions touarègues au Nord avaient contesté l’ordre des choses. A rebours de cette image, le livre revient sur les années antérieures aux basculements de 2012-2013 qui virent successivement une rébellion armée, un putsch, une intervention militaire internationale et des élections de transition se déployer sur le territoire malien. Il saisit les formes de la mobilisation et de la protestation à Bamako, les milieux qu’elles impliquent, en essayant de ne pas s’arrêter à l’image de consensus qui fut souvent accolée au pays. Il montre un monde de contestation et de mobilisations qui passent par les marches mais aussi par l’émeute, et les inscrits dans une histoire plus longue du recours à la rue.
Mais comprendre les mobilisations, qui ne sont pas toutes protestataires, c’est aussi comprendre leurs possibilités matérielles et morales. Loin des idées naïves sur les vertus de la « société civile », loin aussi de la dénonciation tout aussi caricaturale de l’opportunisme de qui chercherait à faire carrière à l’international par les ONG, ce livre examine les rapports ambivalents à l’engagement, aux institutions maliennes et au nationalisme de celles et ceux qui peuplent le petit monde de la société civile malienne et de la sphère altermondialiste, et donc beaucoup accueillirent avec bienveillance le putsch de 2012. Prendre au sérieux ces formes du dissentiment politique, ce qu’elles disent du rapport à un État malien en crise, permet assurément de comprendre comment ces discours, déjà là et disponibles, même s’ils étaient parfois portés par des intellectuels minoritaires, ont participé au processus très rapide de délégitimation du régime et du président ATT que les échecs face à la rébellion avaient déjà fortement affaibli, et ensuite au ralliement au capitaine Sanogo.
Au-delà du cas malien, l’ouvrage, appuyé sur une enquête de terrain qui s’est déroulée sur plusieurs années, entend revisiter les façons routinisées de penser la mobilisation, la protestation, le dissentiment et leurs conditions matérielles et morales
Johanna Siméant est professeure au département de science politique de l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne (Cessp), où elle dirige le master d’études africaines.



Aucun commentaire: