Pierre Bourdieu, in Pour un mouvement social européen,
Le Monde Diplomatique, juin 1999 — Pages 1, 16 et 17, aussi in Contre-feux 2, Raisons d'agir, 2001, p. 13-23

"L'histoire sociale enseigne qu'il n'y a pas de politique sociale sans un mouvement social capable de l'imposer ( et que ce n'est pas le marché, comme on tente de le faire croire aujourd'hui, mais le mouvement social qui a « civilisé » l'économie de marché, tout en contribuant grandement à son efficacité ). En conséquence, la question, pour tous ceux qui veulent réellement opposer une Europe sociale à une Europe des banques et de la monnaie, flanquée d'une Europe policière et pénitentiaire ( déjà très avancée ) et d'une Europe militaire ( conséquence probable de l'intervention au Kosovo ), est de savoir comment mobiliser les forces capables de parvenir à cette fin et à quelles instances demander ce travail de mobilisation. "


lundi 28 septembre 2015

Jean Solchany, Wilhelm Röpke, l'autre Hayek. Aux origines du néolibéralisme

Jean Solchany
Wilhelm Röpke, l'autre Hayek
Aux origines du néolibéralisme
Publications de la Sorbonne
2015

Présentation de l'éditeur
Aux côtés de Friedrich Hayek, et avant que Milton Friedman n'imprime son empreinte à partir des années 1960, l’économiste allemand Wilhelm Röpke (1899-1966), installé à Genève après avoir fui le nazisme, a été l’autre grand fondateur du néolibéralisme. Exploitant de nombreuses archives, cet ouvrage recourt aux outils de l’histoire intellectuelle et transnationale pour proposer une autre lecture d’un phénomène trop souvent encore réduit à ses manifestations les plus contemporaines et les plus anglo-saxonnes, alors qu’il plonge ses racines dans la crise des années 1930 et prend forme en Suisse au lendemain immédiat de la Seconde Guerre mondiale. Loin de l’érudition et de l’anecdote, par-delà le souci de redonner son importance à une figure étonnamment délaissée par les chercheurs, la biographie est ici une démarche de contextualisation visant à expliquer le succès d’un intellectuel autant sociologue qu’économiste. Incontournable en Suisse et en Allemagne, très lié aux nouveaux conservateurs américains, pourfendeur du « collectivisme » sous toutes ses formes, préoccupé du sort de l’Amérique latine et de l’Afrique, publiant dans toutes les langues, Wilhelm Röpke a incarné la variante néolibérale de l’intellectuel engagé. Au-delà de la dénonciation du keynésianisme, de l’interventionnisme et de l’Etat-providence, ses écrits et ses réseaux permettent de cerner le néolibéralisme comme un regard global sur le monde, comme une philosophie politique et sociale ambivalente dans son rapport à la modernité, comme une mobilisation de combat et d’influence à l’échelle occidentale. L’écho rencontré par Wilhelm Röpke illustre la renaissance des idées libérales et conservatrices dans la seconde moitié du XXe siècle et le rôle majeur joué dans leur fermentation et leur diffusion par les intellectuels émigrés d’origine germanique.

Jean Solchany est maître de conférences en histoire contemporaine à l'Institut d’études politiques de Lyon, Jean Solchany a notamment publié Comprendre le nazisme dans l’Allemagne des années zéro (1945-1949), Paris, Puf, 1997 et Histoire de l’Allemagne au XXe siècle. Entre singularité et normalité, Paris, Puf, 2003. Spécialiste des questions de mémoire et de l’histoire des intellectuels, il poursuit depuis plusieurs années des recherches sur l’histoire du néolibéralisme. 

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