"Je ne dis pas que l’État est la solution de tous les problèmes, mais l’État est une des seules armes que nous ayons pour contrôler toutes sortes de fonctionnement et de processus tout à fait vitaux, et en particulier tous ceux qui touchent à l’intérêt général et aux services publics. Je suis tout à fait favorable à la création d’un État transnational ou mondial. Mais, dans l’état actuel, c’est une utopie. Cela dit, la taxe Tobin, c’est un pas vers l’État mondial. Keynes disait déjà qu’il fallait faire une banque mondiale, ce qui va dans le sens de l’État mondial. Et il faudrait ensuite pouvoir contrôler cette banque, et prélever les impôts pour l’alimenter. Mais peut-être est-ce une utopie un peu folle. En attendant cet État mondial, je pense que les États nationaux sont le seul instrument que nous ayons pour opérer une redistribution raisonnable des revenus des plus riches aux plus pauvres, pour égaliser les chances d’accès à l’économie, à la culture. Donc, on ne peut dire qu’on va se passer de l’État.
En tout cas, ce qui est sûr, c’est que les conséquences de la destruction de l’État, on ne les verra que dans vingt ans. Par exemple, dans vingt ans on dira que le taux de cancer a augmenté dans les villes en liaison avec la pollution. Je trouve anormal que les médecins ne le disent pas maintenant. (On commence à dire très prudemment que le taux d’asthmatiques parmi les enfants a très fortement augmenté en liaison avec la pollution.)"
Bourdieu, Entretien du 26 janvier 2000 par Bertrand Chung, Mondialisation et domination : de la finance à la culture, Cités, 2012/3 (n° 51), Bourdieu politique , PUF, 2012, p.133

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mercredi 6 juin 2018

Professionnalisation(s) et État. Une sociologie politique des groupes professionnels



Professionnalisation(s) et État
Une sociologie politique des groupes professionnels
F. Bajard, B. Crunel, C. Frau, F. Nicolas, F. Parent (dir.)
P.U.Septentrion
Espaces politiques
2018

Présentation de l'éditeur
Faire la sociologie politique des groupes professionnels, c'est mettre en lumière les formes variées de leur imbrication avec différents segments de la puissance publique. Cet ouvrage analyse les logiques de pouvoir de ces interdépendances à l’aune de la professionnalisation. La reconnaissance, l’autonomisation et la défense d’un territoire professionnel ou la production de règles et de normes professionnelles autonomes sont le produit de rapports de force qui se jouent entre professionnels mais aussi dans leur relation à l’État. À la croisée de la sociologie et de la science politique, les neuf enquêtes empiriques mobilisées analysent deux phénomènes : la manière dont les détenteurs du pouvoir étatique contrôlent et agissent sur les activités et les groupes professionnels, et le recours différencié à l’État opéré par les groupes professionnels pour maintenir, améliorer et/ou légitimer leur position sociale.
Avec Flora Bajard, Valérie Boussard, Didier Demazière, Natacha Gally, Marjorie Glas, Frédéric Nicolas, Mathilde Pette, David Pichonnaz, Olivier Quéré, Luc Sigalo Santos, Anne-France Taiclet, Gildas Tanguy



jeudi 16 janvier 2014

Sociétés contemporaines, n°91, 2013, Rétributions

Sociétés contemporaines, n°91, 2013,  Rétributions
Presses de Sciences Po

Présentation de l'éditeur
Malgré une extrême amplitude des salaires et une grande flexibilité de l'emploi, l'attractivité des métiers du secteur culturel ne se dément pas depuis plusieurs dizaines d'années. Dans un contexte général de dégradation des conditions d'emploi, comment la persistance d'une telle attractivité s'explique-t-elle ? La réponse se trouve dans l'examen des « rétributions », c'est-à-dire de l'ensemble des significations associées aux gains monétaires, matériels et sociaux que l'on perçoit en travaillant.
Ce dossier étudie les rétributions du travail, anticipées ou vécues, à travers le prisme d'activités aussi différentes que celles de comédien, de musicien, de céramiste et artisan indépendants ou de placeur de théâtre. Effectuant des tâches souvent similaires à celles qui existent dans l'artisanat, les services publics ou le commerce, et confrontés à des réajustements constants de leur projet professionnel, les protagonistes de ce dossier éclairent sur le rapport aux rétributions dans d'autres secteurs.
Au-delà du caractère nodal des rémunérations, les articles confirment l'importance des rétributions non monétaires dans les activités culturelles, en particulier le pari sur les possibilités de carrières et les opportunités de satisfaction au travail. Ils soulignent surtout le travail permanent, en prise avec un contexte sans cesse réactualisé, d'articulation et de réarticulation des diverses rétributions envisagées les unes avec les autres, avec la vie privée, avec les attentes professionnelles et avec le moment et la position dans le parcours professionnel.