"Je ne dis pas que l’État est la solution de tous les problèmes, mais l’État est une des seules armes que nous ayons pour contrôler toutes sortes de fonctionnement et de processus tout à fait vitaux, et en particulier tous ceux qui touchent à l’intérêt général et aux services publics. Je suis tout à fait favorable à la création d’un État transnational ou mondial. Mais, dans l’état actuel, c’est une utopie. Cela dit, la taxe Tobin, c’est un pas vers l’État mondial. Keynes disait déjà qu’il fallait faire une banque mondiale, ce qui va dans le sens de l’État mondial. Et il faudrait ensuite pouvoir contrôler cette banque, et prélever les impôts pour l’alimenter. Mais peut-être est-ce une utopie un peu folle. En attendant cet État mondial, je pense que les États nationaux sont le seul instrument que nous ayons pour opérer une redistribution raisonnable des revenus des plus riches aux plus pauvres, pour égaliser les chances d’accès à l’économie, à la culture. Donc, on ne peut dire qu’on va se passer de l’État.
En tout cas, ce qui est sûr, c’est que les conséquences de la destruction de l’État, on ne les verra que dans vingt ans. Par exemple, dans vingt ans on dira que le taux de cancer a augmenté dans les villes en liaison avec la pollution. Je trouve anormal que les médecins ne le disent pas maintenant. (On commence à dire très prudemment que le taux d’asthmatiques parmi les enfants a très fortement augmenté en liaison avec la pollution.)"
Bourdieu, Entretien du 26 janvier 2000 par Bertrand Chung, Mondialisation et domination : de la finance à la culture, Cités, 2012/3 (n° 51), Bourdieu politique , PUF, 2012, p.133

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dimanche 20 mai 2012

Olivier Masclet, Sociologie de la diversité et des discriminations

Olivier Masclet
Sociologie de la diversité et des discriminations
Armand Colin
2012

Présentation de l'éditeur
Depuis une dizaine d’années, le concept de « diversité » a investi les champs politiques, économiques, médiatiques, sociaux : invoqué par les uns, controversé pour les autres, il fait ici l’objet d’une nécessaire mise en perspective sociologique.
À travers ce nouveau thème, les entreprises, les grandes écoles ou encore les partis politiques entendent manifester leur volonté de mieux représenter la société française dans ses différentes composantes et de lutter contre les préjugés. En ce sens, la diversité exprime la reconnaissance publique des discriminations, et d’abord des discriminations fondées sur « la race » ou « les origines ».
Ce livre rend compte des processus qui ont contribué à faire des discriminations liées aux origines un problème public et un combat de droit. Il examine les enjeux de cette reconnaissance, à la fois juridiques, politiques et scientifiques. Il analyse les usages concrets de la diversité dans le monde des affaires et dans celui de la politique, par-delà les effets d’annonce et de rhétorique. Une question centrale l’organise : la diversité répond-elle bien à la question des inégalités ?

Olivier Masclet est maître de conférences à l'université Paris Descartes, Sorbonne Paris Cité, et chercheur au Centre de recherche sur les liens sociaux (CERLIS).