"Je ne dis pas que l’État est la solution de tous les problèmes, mais l’État est une des seules armes que nous ayons pour contrôler toutes sortes de fonctionnement et de processus tout à fait vitaux, et en particulier tous ceux qui touchent à l’intérêt général et aux services publics. Je suis tout à fait favorable à la création d’un État transnational ou mondial. Mais, dans l’état actuel, c’est une utopie. Cela dit, la taxe Tobin, c’est un pas vers l’État mondial. Keynes disait déjà qu’il fallait faire une banque mondiale, ce qui va dans le sens de l’État mondial. Et il faudrait ensuite pouvoir contrôler cette banque, et prélever les impôts pour l’alimenter. Mais peut-être est-ce une utopie un peu folle. En attendant cet État mondial, je pense que les États nationaux sont le seul instrument que nous ayons pour opérer une redistribution raisonnable des revenus des plus riches aux plus pauvres, pour égaliser les chances d’accès à l’économie, à la culture. Donc, on ne peut dire qu’on va se passer de l’État.
En tout cas, ce qui est sûr, c’est que les conséquences de la destruction de l’État, on ne les verra que dans vingt ans. Par exemple, dans vingt ans on dira que le taux de cancer a augmenté dans les villes en liaison avec la pollution. Je trouve anormal que les médecins ne le disent pas maintenant. (On commence à dire très prudemment que le taux d’asthmatiques parmi les enfants a très fortement augmenté en liaison avec la pollution.)"
Bourdieu, Entretien du 26 janvier 2000 par Bertrand Chung, Mondialisation et domination : de la finance à la culture, Cités, 2012/3 (n° 51), Bourdieu politique , PUF, 2012, p.133

jeudi 10 mai 2018

Savoir/Agir n° 43, Travail social, travail politique ?

Savoir/Agir n° 43,  Travail social, travail politique ?
du Croquant
2018


Présentation de l'éditeur
Le regard politique sur le travail social oscille entre, d’une part, la dénonciation des injonctions libérales à la responsabilisation et à l’individualisation et, d’autre part, la défense de la « main gauche de l’État ». Cette tension condamne les professionnel.le.s à des positions intenables. Et la managérisation des politiques publiques conduit à une transformation des tâches, qu’il s’agisse de contrôler de façon plus ou moins voilée les “ayant droits”, de se faire l’évaluateur contraint de son propre travail, ou de voir la réorientation des missions et les stratégies de survie de l’institution employeuse délaisser les “missions de service public”. Comment le travail social résiste-t-il, comment les professionnel.le.s se ressaisissent-ils des questions politiques liées à leur travail ?
Les auteurs de ce dossier, coordonné par Jérôme Camus et Frédéric Chateigner, ont mis l’accent sur la diversité des métiers dans le travail social. Les formes de résistance, le caractère politique que l’on associe à son activité, varient en effet selon le degré d’autonomie de la profession. La plus ou moins grande proximité avec la commande politique ou les autorités administratives ou économiques peut également permettre de comprendre les positionnements parfois ambigus des institutions du travail social et de leurs agents. Et c’est peut-être en regardant dans les franges les plus dominées du travail social, dans ces lieux où il se mêle aux militantismes, que l’on peut le mieux apercevoir la réappropriation politique par les professionnel.le.s eux/elles-mêmes, de la question des effets de leurs propres actions.
Si l’on n’échappera donc pas à l’inévitable question du contrôle social dans le travail social, ce numéro de la revue le reprend comme à rebours, en interrogeant sinon les conditions de possibilité d’une action politique moyenne et cultivée sur les classes populaires, du moins celles d’une réappropriation, par le travail social, de dispositions émancipatrices.

Sommaire

Éditorial
Le mythe de la compétitivité et le déclin de l’Occident, Frédéric Lebaron

Dossier

Travail social, travail politique  ?, Jérôme Camus, Frédéric Chateigner
La place de l’usager dans le système social et médico-social Vers un accompagnement total  ?, Hugo Dupont
À la recherche de la profession perdue  ? L’évitement du politique dans la formation d’assistant-e de service social, Ruggero Iori
Pour quoi faire de la parentalité  ? Des professionnel.le.s aux prises avec la régulation politique des familles, Jérôme Camus
La participation citoyenne Sur les ambiguïtés du «  pouvoir d’agir  », Clémence Bernardet, Alain Thalineau
Réinventer l’animation par l’éducation populaire  ? Quand le travail social se politise, Nicolas Brusadelli
Entretien avec des salariées de deux structures de l’«  éducation populaire politique  » L’Engrenage (Tours) et La Trouvaille (Rennes), Jérôme Camus, Frédéric Chateigner
Grand entretien avec Michael Burawoy
Entre marxisme et ethnographie Itinéraire d’un sociologue global, Sébastien Antoine, Cécile Piret, François Rinschbergh
Paroles
De l’État social à l’État humanitaire, Pascal Martin
La rhétorique réactionnaire
Le chômeur «  néolibéral  », Gérard Mauger
Chroniques du monde
Le temps des incertitudes Les turbulences dans le champ politique britannique depuis le vote sur le Brexit, Keith Dixon
Culture
Professeur contractuel en Seine-Saint-Denis, Mustapha Belhocine
Idées
«  Foule sentimentale  » Sur l’hommage populaire à Johnny Hallyday, Gérard Mauger

mercredi 9 mai 2018

Actes de la recherche en sciences sociales N° 221-222, mars 2018, Politiques de la faillite


Actes de la recherche en sciences sociales N° 221-222, mars 2018, Politiques de la faillite
Seuil


Pierre-André Juven, Benjamin Lemoine
Politiques de la faillite
La loi de survie des services publics
Page 4 à 19
 
Jérémy Sinigaglia
« Mes enfants l’heure est grave : il va falloir faire des économies »
La faillibilité comme mode de gouvernement des universités
Page 20 à 37
 
Quentin Deforge, Benjamin Lemoine
Faillite d’État et fragilité juridique
L’Argentine face à l’ordre financier international
Page 38 à 63
  
Brice Daniel
Le procès européen fait au logement social
Le droit européen et la faillibilité du logement social en France, aux Pays-Bas et en Suède
Page 64 à 79
 
Liisa Kurunmäki, Andrea Mennicken, Peter Miller, ( Traduit de l’anglais par Françoise Wirth)
Économicisation et démocratisation de la faillite : inventer une procédure de défaillance pour les hôpitaux britanniques
Résumé
Page 80 à 99

Edoardo Ferlazzo
La financiarisation des gouvernements locaux
Retour sur la gestion de la crise des emprunts « toxiques » par les collectivités locales, l’État et les banques privées
Page 100 à 119




mardi 8 mai 2018

vidéo: Benoît Gaultier , « Bourdieu et le partage des tâches entre philosophie et sociologie »



Benoît  Gaultier ( philosophe,  Aix-Marseille,  Collège  de  France  (GRÉ)) :
« Bourdieu  et  le  partage des tâches entre philosophie et sociologie »
27 mars 2018
 
Journées d’études : « Construction d’objet »,  27-28 mars 2018
organisées par Louis Pinto
CESSP-CNRS
59-61 rue Pouchet 75017 Paris
Copyright : CC BY NC SA  
Canal U

lundi 7 mai 2018

vidéos: Journées d’études « Construction d’objet », 27-28 mars 2018




Journées d’études : « Construction d’objet »,  27-28 mars 2018
organisées par Louis Pinto
CESSP-CNRS
59-61 rue Pouchet 75017 Paris
Copyright : CC BY NC SA  
Canal U


jeudi 3 mai 2018

traduction: Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, La reproducción. Elementos para una teoría del sistema educativo

Pierre Bourdieu
Jean-Claude Passeron
La reproducción
Elementos para una teoría del sistema educativo 
Siglo Veintiuno Editores 
Biblioteca Clásica 
2018

 

Présentation de l'éditeur

Traduit par Paz Georgiadis

Préface par Franck Poupeau et Paul Pasquali

Publicado originalmente en 1970, La reproducción sigue siendo un texto clave al que hay que volver si se quiere pensar cómo funciona el sistema educativo y en qué medida, o por medio de qué estrategias y desvíos, contribuye a confirmar a los privilegiados y a los desfavorecidos en sus lugares de origen, al mismo tiempo que se ve legitimado como garante neutral de la igualdad de oportunidades. Sobre la base de investigaciones empíricas de largo aliento, Pierre Bourdieu y Jean-Claude Passeron ofrecen además un modelo teórico integral, del que surge la mayor parte de los conceptos que hoy conforman el léxico básico de los estudiantes, docentes e investigadores del mundo entero: “habitus”, “capital cultural”, “violencia simbólica” y, por supuesto, “reproducción”.
A partir de una lectura crítica de la tradición sociológica y filosófica, los autores examinan los métodos pedagógicos, los criterios de ingreso y de evaluación, el valor económico y simbólico de los títulos, el registro de lengua en que se transmiten los contenidos, el desempeño de los docentes y las trayectorias de los estudiantes, pero también situaciones de aprendizaje en entornos extraescolares, como la familia y los espacios de sociabilidad más amplios, para constatar cómo el éxito o el fracaso académicos dependen del capital cultural heredado por los alumnos. A la idea simplista de que la escuela reproduce las desigualdades sociales en términos de repetición idéntica de lo mismo, Bourdieu y Passeron oponen una realidad compleja y variada: no hay complot de las élites ni alienación completa de los dominados, ni máquina infernal al servicio de los intereses de la burguesía. Hay, más bien, un sistema que va transformándose precisamente para perpetuar los privilegios de clase, con una lógica que puede desentrañarse a condición de no adjudicarla al engaño deliberado de individuos o grupos.
Con una presentación de Franck Poupeau y Paul Pasquali, quienes explican la originalidad de la obra en los años setenta y su carácter renovador para pensar diferentes contextos sociohistóricos, esta nueva edición pone a disposición de los lectores de habla hispana un libro inspirador no sólo en el campo de la sociología de la educación sino de la sociología del poder.


 

mardi 1 mai 2018

Pierre Bourdieu: "J'ai dit aux gens qui sont dominants: (..) vous allez être, comme en Californie, dans des espèces de ghettos dorés avec des vigiles, vous ne pourrez pas sortir, il faudra des chiens de garde, il faudra des systèmes de défense partout, vous allez être dans une espèce de forteresse assiégée, entourés par une violence que vous aurez produite vous même ».


Pierre Bourdieu: "Moi ce que je prêche, c’est l’intérêt bien compris. J'ai dit aux gens qui sont dominants : « bon, vous pouvez être cynique, vous pouvez vous moquer complètement de ce qui arrive au peuple. Mais c’est bête, ce n’est pas simplement méchant, après tout  moi je ne suis pas un moraliste, si ça vous plait d’être bien comme ça, mais c’est bête parce que vous allez être, comme en Californie, dans des espèces de ghettos dorés avec des vigiles, vous ne pourrez pas sortir, il faudra des chiens de garde, il faudra des systèmes de défense partout, vous allez être dans une espèce de forteresse assiégée, entourés par une violence que vous aurez produite vous même ».  Bien sûr, le système est très puissant et la réponse est « jusqu’à présent, c’est under control », ils ont je ne sais plus combien de millions de noirs en prison, mais voilà." Conclusion de l'entretien ci-dessous, extrait du film de Pierre Carles, La sociologie est un sport de combat, C.P. Productions, 2001


extrait du film de Pierre Carles, La sociologie est un sport de combat, C.P. Productions, 2001







voir également:
Interventions de Pierre Bourdieu: jeter les bases d'une économie du bonheur

Pierre Bourdieu: "Il ne s’agit pas de défiler, bras dessus bras dessous, comme le font traditionnellement les syndicalistes le 1er mai. Il faut faire des actions, des occupations de locaux, etc. Ce qui demande à la fois de l’imagination et du courage."

Pierre Bourdieu: "On croit toujours qu’il faut inventer des idées. En fait, il faut inventer des modes d’organisation dans lesquels s’inventent les idées. Il n’y a plus de Dieu ni de maître à penser. Je ne suis pas un maître à penser. Je me sers de ma connaissance du monde social pour dire que la première invention qu’il faut faire est organisationnelle, il faut inventer les modes d’organisation qui permettront l’invention collective d’une vision nouvelle et réaliste de l’économie et de la société."