« Je pense que les peuples ont pris conscience du fait qu’ils avaient des intérêts communs et qu’il y avait des intérêts planétaires qui sont liés à l’existence de la terre, des intérêts que l’on pourrait appeler cosmologiques, dans la mesure où ils concernent le monde dans son ensemble ». Pierre Bourdieu (1992)

vendredi 30 novembre 2018

Sylvain Lesage. Publier la bande dessinée. Les éditeurs franco-belges et l'album


Sylvain Lesage
Publier la bande dessinée
Les éditeurs franco-belges et l'album
Presses de l'ENSSIB
2018

Présentation de l'éditeur
La bande dessinée, qui a longtemps pâti de son image de "mauvais genre", est désormais pleinement reconnue comme une pratique culturelle légitime. Ce statut de "neuvième art", singulier à l'espace franco belge, est étroitement lié à une autre exception : le poids du livre dans la publication de la bande dessinée. Ce livre montre comment la bande dessinée passe, en quelques décennies, d'une forme quasi exclusivement vouée aux pages des périodiques à l'un des secteurs les plus dynamiques de l'édition franco belge.
Entre la loi de 1949 sur les publications destinées à la jeunesse et le "printemps des éditeurs" quarante ans plus tard. c'est un marché qui se structure, avec ses imprimeurs qui s'improvisent éditeurs, et ses éditeurs qui s'emparent d'un secteur porteur. En se fondant sur une connaissance intime des évolutions esthétiques de la bande dessinée et un dépouillement approfondi des archives d'éditeurs, l'auteur retrace l'apparition du standard éditorial de l'album franco belge (le "48 CC") et étudie comment cette forme de publication affecte les manières de créer, de transmettre et de recevoir la bande dessinée.

Sylvain Lesage retrace l’histoire de l’édition et de l’album de bande dessinée entre Belgique et France durant la seconde moitié du xxe siècle. Il s’attache à la vie des acteurs, aux parcours souvent atypiques dans un paysage éditorial prudent devant l’audace, et montre comment une pratique au départ importée d’outre-Atlantique est devenue une branche importante de la culture européenne.
 
 

jeudi 29 novembre 2018

Fabien Brugière, Les auto-entrepreneurs du rap. Le travail et la vie d’artiste en marges des industries culturelles

Fabien Brugière
Les auto-entrepreneurs du rap
Le travail et la vie d’artiste en marges des industries culturelles
du Croquant
Champ social
2018

Présentation de l'éditeur
Le rap – en particulier le rap indépendant – est généralement perçu et se présente volontiers lui-même comme la chronique musicale de la vie des « jeunes de cité », dénonçant le racisme et les injustices sociales qu’ils subissent tout en exprimant leur désir de reconnaissance et d’ascension sociale.
Basée sur une enquête de terrain réalisée à la fin des années 2000 auprès de rappeurs indépendants dans la région parisienne et lyonnaise, centrée sur l’étude des trajectoires sociales et du travail artistique, cette recherche présente les rappeurs sous les traits d’auto- ou de petits entrepreneurs, évoluant en marge des industries culturelles. Ce genre de carrière peut se comprendre comme une stratégie d’ascension culturelle, voire économique, le plus souvent vouée à l’échec, mais offrant des compensations symboliques à travers l’accès à la vie et à l’identité d’artiste, à des jeunes des classes populaires ou moyennes confrontés à leur déclassement. Plus diversifié socialement qu’on ne le croit généralement, le monde du rap indépendant est aussi divisé entre des pôles économique, professionnel et d’engagement, en fonction de la plus ou  moins grande distance des artistes par rapport aux industries culturelles. Ce genre musical se présente ainsi comme un univers révélateur des phénomènes de mobilité et de reproduction sociales. Il permet ainsi de mettre en évidence l’articulation des dimensions économiques et culturelles dans la production musicale.
Fabien Brugière, ancien élève de l’École normale supérieure de Paris, est maître de conférence à l’université de Strasbourg (SAGE) et chercheur associé au laboratoire CRESPPA-GTM.



mardi 27 novembre 2018

Réalismes anciens et nouveaux, Jocelyn Benoist (éd.)

 
Réalismes anciens et nouveaux
Jocelyn Benoist (éd.)
Vrin
Problèmes & Controverses 
2018


Présentation de l'éditeur
Les dernières années ont été le théâtre, en philosophie, d’un retour du « réalisme », proclamé de divers côtés. Cet ensemble de contributions explore la portée « réelle » et la validité de ce thème. Combinant les approches historique et systématique, il interroge les valeurs diverses que peut revêtir la référence au réel en philosophie, et plus particulièrement dans le rapport que la philosophie entretient avec son dehors. Il articule une grande variété de points de vue, dessinant l’espace d’un problème plutôt que prétendant y apporter une solution unique. Un souci commun cependant se détache, au fil de ces contributions : celui de ne pas perdre, au profit de l’Idée abstraite de « réel », le sens – ou les sens – du réel. En effet, l’idée d’un réel qui, littéralement, ne nous ferait rien, qui n’importerait pas, ne perdrait-elle pas toute portée?
Ont contribué à ce volume  : A. Benmakhlouf, J. Benoist, Et. Bimbenet, R. de Calan, D.El Murr, M. Eychenié, M. Ferraris, F. Fruteau de Laclos, M. Gabriel, S. Laugier.

 

dimanche 25 novembre 2018

Pierre Bourdieu: inventer et revisiter (inventer des modes d'organisation, inventer des structures démocratiques, revisiter ce qu'a fait le mouvement ouvrier au 19e siècle, utopies rationnelles )



Pierre Bourdieu: inventer et revisiter
(inventer des modes d'organisation, inventer des structures démocratiques, revisiter ce qu'a fait le mouvement ouvrier au 19e siècle, utopies rationnelles




Cette liste de publications sera mise à jour au fur et à mesure, Gilbert Quélennec
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voir également:

Pierre Bourdieu: "La précarité s'inscrit dans un mode de domination d'un type nouveau, fondé sur l'institution d'un état généralisé et permanent d'insécurité visant à contraindre les travailleurs à la soumission, à l'acceptation de l'exploitation . Pour caractériser ce mode de domination qui, bien que dans ses effets, il ressemble de très près au capitalisme sauvage des origines, est tout à fait sans précédent, quelqu'un a proposé ici le concept à la fois très pertinent et très expressif de flexploitation." 


Pierre Bourdieu: "J'ai dit aux gens qui sont dominants: (..) vous allez être, comme en Californie, dans des espèces de ghettos dorés avec des vigiles, vous ne pourrez pas sortir, il faudra des chiens de garde, il faudra des systèmes de défense partout, vous allez être dans une espèce de forteresse assiégée, entourés par une violence que vous aurez produite vous même ».

Interventions de Pierre Bourdieu: en soutien au mouvement des chômeurs et des travailleurs précaires

vendredi 23 novembre 2018

Pierre Bourdieu: "La précarité s'inscrit dans un mode de domination d'un type nouveau, fondé sur l'institution d'un état généralisé et permanent d'insécurité visant à contraindre les travailleurs à la soumission, à l'acceptation de l'exploitation . Pour caractériser ce mode de domination qui, bien que dans ses effets, il ressemble de très près au capitalisme sauvage des origines, est tout à fait sans précédent, quelqu'un a proposé ici le concept à la fois très pertinent et très expressif de flexploitation."

"La précarité s'inscrit dans un mode de domination d'un type nouveau, fondé sur l'institution d'un état généralisé et permanent d'insécurité visant à contraindre les travailleurs à la soumission, à l'acceptation de l'exploitation. Pour caractériser ce mode de domination qui, bien que dans ses effets, il ressemble de très près au capitalisme sauvage des origines, est tout à fait sans précédent, quelqu'un a proposé ici le concept à la fois très pertinent et très expressif de flexploitation. Ce mot évoque bien cette gestion rationnelle de l'insécurité, qui, en instaurant, notamment à travers la manipulation concertée de l'espace de production, la concurrence entre les travailleurs des pays aux acquis sociaux les plus importants, aux résistances syndicales les mieux organisées - autant de traits liés à un territoire et une histoire nationaux - et les travailleurs des pays moins avancés socialement, brise les résistances et obtient l'obéissance et la soumission, par des mécanismes en apparence naturels, qui sont ainsi à eux-mêmes leur propre justification. Ces dispositions soumises que produit la précarité sont la condition d'une exploitation de plus en plus « réussie », fondée sur la division entre ceux qui, de plus en plus nombreux, ne travaillent pas et ceux qui, de moins en moins nombreux, travaillent, mais travaillent de plus en plus. Il me semble donc que ce qui est présenté comme un régime économique régi par les lois inflexibles d'une sorte de nature sociale est en réalité un régime politique qui ne peut s'instaurer qu'avec la complicité active ou passive des pouvoirs proprement politiques."
Pierre Bourdieu, dans La précarité est aujourd'hui partout, Intervention lors des Rencontres européennes contre la précarité (Décembre 1997), Les Inrockuptibles, 145, 1-7 avril 1998, p.14-15, aussi in Contre-feux, Raisons d'agir, 1998 




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voir également:

Publications de Pierre Bourdieu: autour de La misère du monde

Interventions de Pierre Bourdieu: en soutien au mouvement des chômeurs et des travailleurs précaires








 

mercredi 21 novembre 2018

Aaron Cicourel, La justice des mineurs au quotidien de ses services


Aaron Cicourel
La justice des mineurs au quotidien de ses services 
Traduit de l'américain par Samuel Bordreuil
Institut d'Etudes Sociales 
Le geste social 
2018 


Présentation de l'éditeur
Publié pour la première fois en 1968, puis réédité plusieurs fois The Social Organization of Juvenile Justice (titre original) d’Aaron Cicourel appartient à la catégorie des classiques de la littérature sociologique. Près d’un demi-siècle après en voici une traduction en français.

Suivre les trajectoires des mineurs, supposément délinquants, pris qu’ils sont dans les mailles de leur justice; suivre au plus près – sur quatre ans, partageant leur quotidien - ceux qui les suivent : policiers, personnels du Contrôle Judiciaire. C’est-à-dire retracer, d’un entretien à l’autre, d’un rapport au suivant, l’avancée des dossiers que ces services instruisent sur ces jeunes, traquant ainsi ce qui dans ces dossiers, par déports successifs, tout à la fois éloigne du théâtre originel des frasques des mineurs leur ayant valu de tomber sous le radar, et permet in fine de boucler leurs cas comme manifestant le socle d’une histoire sur lequel ancrer verdict et préconisation : telle est la matière vive du livre ; et, d’aborder la sociologie de la délinquance, non par les délinquants, mais par ceux (les services) qui les réputent tels et ainsi les génèrent, voilà sa singularité.

En même temps, le livre d’Aaron Cicourel fait date, non seulement dans le champ de la sociologie de la déviance, mais dans l’histoire même de la sociologie parce qu’on y trouvera, noué comme rarement, un entrelacs réflexif entre singularité d’objet et potentiels des diverses méthodologies susceptibles d’honorer cette singularité. Un pied dans les ‘communities studies’ ; un autre dans la grille analytique de l’ethnométhodologie sans, pour autant, que les approches statistiques y passent par pertes et profits.
A tous égards, aussi bien pour ceux pour qui la délinquance et/ou la déviance est l’objet central de leurs recherches, que pour la corporation sociologique dans son ensemble soucieuse de savoir ‘où elle en est’, la lecture de ce classique enfin traduit apportera beaucoup.  

Aaron Cicourel (1928-) est Professeur émérite de l'Université de Californie à San Diego (UCSD). Il a reçu le doctorat honoris causa de l’Université de Fribourg (2007) et de la Complutense Université de Madrid (2008). Une part importante de ses ouvrages a été traduite en allemand, japonais, espagnol ou français (Editions du Seuil). Il constitue une figure centrale des sciences sociales de la seconde moitié du 20e siècle. Il a été introduit au public francophone par Pierre Bourdieu qui a veillé à la diffusion de son œuvre. Outre la délinquance juvénile, ses recherches innovantes ont porté sur des domaines variés : les méthodes d’enquête en sciences sociales ; le raisonnement médical en situation d’entretien entre médecin et patient ; le rapport entre aptitudes langagières et performances scolaires. La rigueur scientifique d’Aaron Cicourel s’est toujours accompagnée du souci de mettre la sociologie au service de la société, et en particulier des acteurs sociaux sur lesquels portaient ses recherches, afin de contribuer à la réflexion sur leurs conditions d’existence et, quand cela était possible, à leur amélioration.

mardi 20 novembre 2018

audio: Giulia Mensitieri , « Le plus beau métier du monde » . Dans les coulisses de l'industrie de la mode


audio: Giulia Mensitieri , « Le plus beau métier du monde » . Dans les coulisses de l'industrie de la mode
La Suite dans les idées par Sylvain Bourmeau, le 20/01/2018
 

Giulia Mensitieri
 « Le plus beau métier du monde »
Dans les coulisses de l'industrie de la mode 
La Découverte
2018


Présentation de l'éditeur
La mode est l’une des plus puissantes industries du monde : elle représente 6 % de la consommation mondiale et est en croissance constante. Depuis les années 1980 et l’entrée dans l’économie néolibérale, elle est devenue l’image étincelante du capitalisme, combinant prestige, pouvoir et beauté, et occupe une place centrale dans les médias et les imaginaires. Pourtant, cette industrie, qui apparaît comme un horizon professionnel hautement désirable, repose principalement sur du travail précaire, et ce aussi bien là où la production est externalisée qu’au coeur de la production créative du luxe, comme les prestigieux ateliers des maisons de couture.
À partir d’une enquête en immersion auprès des travailleurs créatifs de cette industrie (stylistes, mannequins, créateurs indépendants, coiffeurs, maquilleurs, vendeurs, journalistes, retoucheurs, stagiaires, agents commerciaux, etc.), ce livre dévoile la réalité du travail à l’oeuvre derrière la façade glamour de la mode. Il met notamment en lumière les dynamiques d’exploitation et d’autoexploitation ainsi que le prestige social liés au fait de travailler dans un milieu désirable.
Des séances de « shooting » pour magazines spécialisés à la collaboration auprès d’un créateur de mode, en passant par des entretiens avec des stylistes travaillant pour de célèbres maisons de luxe et de couture, cette enquête dévoile une nouvelle forme de précarité caractéristique des industries culturelles du capitalisme contemporain, une précarité combinée au prestige, à la reconnaissance et à la visibilité. Il s’agit ainsi de décrypter les dynamiques invisibles sur lesquelles repose l’industrie de la mode pour mieux la «déglamouriser ». 
Giulia Mensitieri est docteure en anthropologie sociale et ethnologie (EHESS). Ses recherches portent sur la mondialisation, les transformations du travail et les imaginaires désirables produits par le capitalisme contemporain.