"Je ne dis pas que l’État est la solution de tous les problèmes, mais l’État est une des seules armes que nous ayons pour contrôler toutes sortes de fonctionnement et de processus tout à fait vitaux, et en particulier tous ceux qui touchent à l’intérêt général et aux services publics. Je suis tout à fait favorable à la création d’un État transnational ou mondial. Mais, dans l’état actuel, c’est une utopie. Cela dit, la taxe Tobin, c’est un pas vers l’État mondial. Keynes disait déjà qu’il fallait faire une banque mondiale, ce qui va dans le sens de l’État mondial. Et il faudrait ensuite pouvoir contrôler cette banque, et prélever les impôts pour l’alimenter. Mais peut-être est-ce une utopie un peu folle. En attendant cet État mondial, je pense que les États nationaux sont le seul instrument que nous ayons pour opérer une redistribution raisonnable des revenus des plus riches aux plus pauvres, pour égaliser les chances d’accès à l’économie, à la culture. Donc, on ne peut dire qu’on va se passer de l’État.
En tout cas, ce qui est sûr, c’est que les conséquences de la destruction de l’État, on ne les verra que dans vingt ans. Par exemple, dans vingt ans on dira que le taux de cancer a augmenté dans les villes en liaison avec la pollution. Je trouve anormal que les médecins ne le disent pas maintenant. (On commence à dire très prudemment que le taux d’asthmatiques parmi les enfants a très fortement augmenté en liaison avec la pollution.)"
Bourdieu, Entretien du 26 janvier 2000 par Bertrand Chung, Mondialisation et domination : de la finance à la culture, Cités, 2012/3 (n° 51), Bourdieu politique , PUF, 2012, p.133

mardi 13 mars 2018

audio , et à propos de la transcription de cet entretien: Pierre Bourdieu, 'Talking Ideas', Entretien avec Terry Eagleton, 15 mai 1991

Institute of Contemporary Arts, London, 15 mai 1991
British Library Sounds

Bourdieu, à propos de la transcription de cet entretien
"PB. Quand je m'énerve contre l'inscription dans ma bibliographie de certains textes bruts, ce n'est pas une question de censure ou d'imprimatur, mais je pense que la transcription exacte peut ne pas rendre justice, dans son exactitude même, à l'intention, l'esprit de ce qui a été dit. Il y a un cas qui m'a embêté, j'étais allé à Londres, dans une institution dont j'oublie toujours le nom, une institution snob, et j'avais fait un dialogue avec Terry Eagleton.
Yvette Delsaut  Oui, il a été répertorié dans la biliographie.
PB. Il y est? Moi je l'ai vu un jour mentionné dans une bibliographie de thèse et ça m'a beaucoup ennuyé. J'étais très intimidé, c'était en anglais: qu'est-ce que j'ai dit, que ne n'ai dit? Ils publient ça comme ça... Ça m'a tellement énervé que je n'ai jamais voulu le lire, je tremblais de que j'allais trouver. Mais ça c'est la limite. Souvent, surtout maintenant, les gens n'osent plus, mais au début..."
In Bibliographie des travaux de Pierre Bourdieu, Yvette Delsaut & Marie-Christine Rivière, Le Temps des Cerises, 2002, P.226

La transcription qui est en question: 
Doxa and Common Life, Terry Eagleton and Pierre Bourdieu, New Left Review I/191, January-February 1992, aussi Doxa and Common Life: An Interview in, S. Žižek (ed.), Mapping Ideology, London: Verso.







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