Pierre Bourdieu. Contre-feux, Éditions Raisons d’agir, 1998, p.100

‘‘Contre ce régime politique [le néolibéralisme], la lutte politique est possible. Elle peut se donner pour fin d’abord, comme l'action caritative ou caritativo-militante, d’encourager les victimes de l’exploitation, tous les précaires actuels et potentiels, à travailler en commun contre les effets destructeurs de la précarité (en les aidant à vivre, à « tenir » et à se tenir, à sauver leur dignité, à résister à la déstructuration, à la dégradation de l’image de soi, à l’aliénation), et surtout à se mobiliser, à l’échelle internationale, c’est-à-dire au niveau même où s’exercent les effets de la politique de précarisation, pour combattre cette politique et neutraliser la concurrence qu’elle vise à instaurer entre les travailleurs des différents pays’’.



samedi 8 décembre 2018

Bourdieu: "Je dirai seulement, pour donner à réfléchir, qu'il y a une loi de conservation de la violence et que si l'on veut faire diminuer véritablement la violence la plus visible, crimes, vols, viols, voire attentats, il faut travailler à réduire globalement la violence qui reste invisible (en tout cas à partir des lieux centraux, ou dominants)"




"Je dirai seulement, pour donner à réfléchir, qu'il y a une loi de conservation de la violence et que si l'on veut faire diminuer véritablement la violence la plus visible, crimes, vols, viols, voire attentats, il faut travailler à réduire globalement la violence qui reste invisible (en tout cas à partir des lieux centraux, ou dominants), celle qui s'exerce au jour le jour, pêle-mêle, dans les familles, les usines, les ateliers, les commissariats, les prisons, ou même les hôpitaux ou les écoles, et qui est le produit de la "violence inerte" des structures économiques et sociales et des mécanismes impitoyables qui contribuent à les reproduire."

in Pierre Bourdieu, «Sciences sociales et démocratie» (version modifiée), in P. Combemale, J.P. Piriou (eds), Nouveau manuel de sciences économiques et sociales (terminale ES), Paris, Ed. La Découverte, 1995, p.673-674 ; aussi, «Les sciences sociales et la démocratie» (Paris-HEC, novembre 1995), in Conférences des professeurs Honoris Causa du Groupe HEC, Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris, 1997, p.9-23. aussi Sociologie et démocratie, Zellige (n° 3), lettre d'informations du service culturel, scientifique et de coopération de l'ambassade de France au Maroc, octobre 1996

 écoutez cet extrait à 04:04 -04:41
Pierre Bourdieu
Les sciences sociales et la démocratie (Paris-HEC, novembre 1995), in Conférences des professeurs Honoris Causa du Groupe HEC


vendredi 7 décembre 2018

"Arise Ye Wretched of the Earth". The First International in a Global Perspective, Fabrice Bensimon, Quentin Deluermoz et Jeanne Moisand

 
"Arise Ye Wretched of the Earth"
The First International in a Global Perspective
Fabrice Bensimon, Quentin Deluermoz et Jeanne Moisand (Eds)
Brill 
 Studies in Global Social History
2018


Présentation de l'éditeur
“Arise Ye Wretched of the Earth” provides a fresh account of the International Working Men’s Association. Founded in London in 1864, the First International gathered trade unions, associations, co-operatives, and individual workers across Europe and the Americas.
The IWMA struggled for the emancipation of labour. It organised solidarity with strikers. It took sides in major events, such as the 1871 Paris Commune. It soon appeared as a threat to European powers, which vilified and prosecuted it. Although it split up in 1872, the IWMA played a ground-breaking part in the history of working-class internationalism.
In our age of globalised capitalism, large labour migration, and rising nationalisms, much can be learnt from the history of the first international labour organisation.

Contributors are: Fabrice Bensimon, Gregory Claeys, Michel Cordillot, Nicolas Delalande, Quentin Deluermoz, Marianne Enckell, Albert Garcia Balaña, Samuel Hayat, Jürgen Herres, François Jarrige, Mathieu Léonard, Carl Levy, Detlev Mares, Krzysztof Marchlewicz, Woodford McClellan, Jeanne Moisand, Iorwerth Prothero, Jean Puissant, Jürgen Schmidt, Antje Schrupp, Horacio Tarcus, Antony Taylor, Marc Vuilleumier.

Fabrice Bensimon is professor in British History and Civilisation at the Paris-Sorbonne University Paris 4 and a member of the Centre dhistoire du XIXe siècle (Paris 1 Paris 4). Quentin Deluermoz is Associate Professor in History at the University of Paris North Paris 13, Research Fellow at the Centre de recherches historiques (EHESS) and member of IUF. He is the author of Le Crépuscule des revolutions, 1848-1871 (2012) and co-author of Pour une histoire des possibles (2016). Jeanne Moisand is Associate Professor in History at the Panthéon-Sorbonne University Paris 1 and member of the Centre dhistoire du XIXe siècle (Paris 1 Paris 4).  



mercredi 5 décembre 2018

Abdelmalek Sayad, le parcours d’une pensée, Mercredi 5 décembre 2018 à Paris

Abdelmalek Sayad © DR


Abdelmalek Sayad, le parcours d’une pensée 

Mercredi 5 décembre 2018 
à 19h


Musée national de l'histoire de l'immigration
Palais de la Porte Dorée
Auditorium Philippe Dewitte
293 avenue Daumesnil
75012 Paris


Quatrième conférence du cycle Plein cadre. Quand l'histoire éclaire l'actualité des migrations.
Avec :
  • Mohammed Harbi, ancien haut fonctionnaire, historien et universitaire algérien.
  • Amin Perez, docteur en sociologie.
  • Raoul Weexsteen, géographe, ancien directeur de recherche au CNRS.
  • Salima Amari, docteure en sociologie.
  • Afranio Garcia, maître de conférences à l’EHESS (sous réserve).

 (Source: Musée national de l'histoire de l'immigration)




lundi 3 décembre 2018

Jürgen Kocka, Histoire du capitalisme

 
Jürgen Kocka  
Histoire du capitalisme
Traduit de l'allemand par Isabelle Kalinowski
Markus Haller
2017

Préface à l'édition française


Présentation de l'éditeur
Peu de mots sont si souvent utilisés et si rarement compris que le mot « capitalisme ». Dans ce livre, l’historien Jürgen Kocka explique les formes diverses que le capitalisme a pris au fil des siècles et comment ses exploits et ses échecs ont façonné le monde moderne.

Les mutations du capitalisme ont été nombreuses, de ses débuts médiévaux explorés par les marchands chinois et arabes, à son extension à la finance dans l’Europe de la Renaissance ; de sa variante coloniale au début des Temps modernes, à son remplacement de l’agriculture de subsistance et de la manufacture artisanale par des formes de production industrielle dans l’Europe du XIXe siècle ; de la prédominance des entreprises familiales au capitalisme managérial. La mondialisation, avec la croissance énorme des marchés financiers, caractérise seulement l’étape la plus récente de la longue histoire du capitalisme.
À travers tous ces changements, la reconnaissance des droits de propriété individuels, la prédominance des décisions économiques décentralisées, la priorité des marchés dans la coordination des activités économiques, et la possibilité d’accéder à du capital emprunté ont été indispensables. Mais aussi controversées.
Le capitalisme a créé à la fois des richesses et des problèmes sociaux auparavant inimaginables. Il a radicalement transformé le travail et la relation entre le marché et l’État. Aucune innovation du capitalisme n’a échappé à la critique et à la résistance, que ce soit par l’Église, par les penseurs politiques ou par les mouvements populaires. Cette opposition n’a pas conduit à la disparition du capitalisme, mais elle a contribué à sa domestication. Alors qu’aucune alternative sérieuse au capitalisme n’est en vue, cette fonction de la critique reste importante car, comme l’explique Kocka, beaucoup de variantes du capitalisme sont pensables.


samedi 1 décembre 2018

Bourdieu: citation de Hume. "comme la force est toujours du côté des gouvernés, les gouvernants n'ont rien pour les soutenir que l'opinion. C'est donc sur l'opinion seule que le gouvernement est fondé et cette maxime s'étend aux gouvernements les plus despotiques et les plus militaires aussi bien qu'aux plus libres et aux plus populaires"



"Rien n'est plus surprenant pour ceux qui considèrent les affaires humaines avec un œil philosophique que de voir la facilité avec laquelle la majorité (the many) est gouvernée par la minorité (the few) et d'observer la soumission implicite avec laquelle les hommes révoquent leurs propres sentiments et passions en faveur de leurs dirigeants. Quand nous nous demandons par quels moyens cette chose étonnante est réalisée, nous trouvons que, comme la force est toujours du côté des gouvernés, les gouvernants n'ont rien pour les soutenir que l'opinion. C'est donc sur l'opinion seule que le gouvernement est fondé et cette maxime s'étend aux gouvernements les plus despotiques et les plus militaires aussi bien qu'aux plus libres et aux plus populaires"
(David Hume, in Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, Seuil, Liber, 1997, Points Essais, 2003 P.257, aussi in Sur l'Etat. Cours au Collège de France 1989-1992, Raisons d'agir/Seuil, 2012, p.257-258)

Lire David Hume, OF THE FIRST PRINCIPLES OF GOVERNMENT in Essays and Treatises on Several Subjects, 1742




voir également: 


Pierre Bourdieu, Champ du pouvoir et division du travail de domination Texte manuscrit inédit ayant servi de support de cours au Collège de France, 1985-1986, Actes de la recherche en sciences sociales, n° 190 – Décembre 2011 // Le pouvoir économique. Classes sociales et modes de domination (1), Page 126 à 139

Pierre Bourdieu, Esprits d'Etat. Genèse et structure du champ bureaucratique, Actes de la recherche en sciences sociales, 1993, Numéro 96-97, pp. 49-62, aussi in Raisons pratiques, Seuil, 1994, Points 1996


vendredi 30 novembre 2018

Sylvain Lesage. Publier la bande dessinée. Les éditeurs franco-belges et l'album


Sylvain Lesage
Publier la bande dessinée
Les éditeurs franco-belges et l'album
Presses de l'ENSSIB
2018

Présentation de l'éditeur
La bande dessinée, qui a longtemps pâti de son image de "mauvais genre", est désormais pleinement reconnue comme une pratique culturelle légitime. Ce statut de "neuvième art", singulier à l'espace franco belge, est étroitement lié à une autre exception : le poids du livre dans la publication de la bande dessinée. Ce livre montre comment la bande dessinée passe, en quelques décennies, d'une forme quasi exclusivement vouée aux pages des périodiques à l'un des secteurs les plus dynamiques de l'édition franco belge.
Entre la loi de 1949 sur les publications destinées à la jeunesse et le "printemps des éditeurs" quarante ans plus tard. c'est un marché qui se structure, avec ses imprimeurs qui s'improvisent éditeurs, et ses éditeurs qui s'emparent d'un secteur porteur. En se fondant sur une connaissance intime des évolutions esthétiques de la bande dessinée et un dépouillement approfondi des archives d'éditeurs, l'auteur retrace l'apparition du standard éditorial de l'album franco belge (le "48 CC") et étudie comment cette forme de publication affecte les manières de créer, de transmettre et de recevoir la bande dessinée.

Sylvain Lesage retrace l’histoire de l’édition et de l’album de bande dessinée entre Belgique et France durant la seconde moitié du xxe siècle. Il s’attache à la vie des acteurs, aux parcours souvent atypiques dans un paysage éditorial prudent devant l’audace, et montre comment une pratique au départ importée d’outre-Atlantique est devenue une branche importante de la culture européenne.
 
 

jeudi 29 novembre 2018

Fabien Brugière, Les auto-entrepreneurs du rap. Le travail et la vie d’artiste en marges des industries culturelles

Fabien Brugière
Les auto-entrepreneurs du rap
Le travail et la vie d’artiste en marges des industries culturelles
du Croquant
Champ social
2018

Présentation de l'éditeur
Le rap – en particulier le rap indépendant – est généralement perçu et se présente volontiers lui-même comme la chronique musicale de la vie des « jeunes de cité », dénonçant le racisme et les injustices sociales qu’ils subissent tout en exprimant leur désir de reconnaissance et d’ascension sociale.
Basée sur une enquête de terrain réalisée à la fin des années 2000 auprès de rappeurs indépendants dans la région parisienne et lyonnaise, centrée sur l’étude des trajectoires sociales et du travail artistique, cette recherche présente les rappeurs sous les traits d’auto- ou de petits entrepreneurs, évoluant en marge des industries culturelles. Ce genre de carrière peut se comprendre comme une stratégie d’ascension culturelle, voire économique, le plus souvent vouée à l’échec, mais offrant des compensations symboliques à travers l’accès à la vie et à l’identité d’artiste, à des jeunes des classes populaires ou moyennes confrontés à leur déclassement. Plus diversifié socialement qu’on ne le croit généralement, le monde du rap indépendant est aussi divisé entre des pôles économique, professionnel et d’engagement, en fonction de la plus ou  moins grande distance des artistes par rapport aux industries culturelles. Ce genre musical se présente ainsi comme un univers révélateur des phénomènes de mobilité et de reproduction sociales. Il permet ainsi de mettre en évidence l’articulation des dimensions économiques et culturelles dans la production musicale.
Fabien Brugière, ancien élève de l’École normale supérieure de Paris, est maître de conférence à l’université de Strasbourg (SAGE) et chercheur associé au laboratoire CRESPPA-GTM.