Pierre Bourdieu. Contre-feux, Éditions Raisons d’agir, 1998, p.100

‘‘Contre ce régime politique [le néolibéralisme], la lutte politique est possible. Elle peut se donner pour fin d’abord, comme l'action caritative ou caritativo-militante, d’encourager les victimes de l’exploitation, tous les précaires actuels et potentiels, à travailler en commun contre les effets destructeurs de la précarité (en les aidant à vivre, à « tenir » et à se tenir, à sauver leur dignité, à résister à la déstructuration, à la dégradation de l’image de soi, à l’aliénation), et surtout à se mobiliser, à l’échelle internationale, c’est-à-dire au niveau même où s’exercent les effets de la politique de précarisation, pour combattre cette politique et neutraliser la concurrence qu’elle vise à instaurer entre les travailleurs des différents pays’’.



vendredi 21 septembre 2018

Journée d’études: Le temps des pratiques : Pierre Bourdieu, 26 et 27 septembre 2018, Besançon

Le temps des pratiques : Pierre Bourdieu
Journée d’études organisée par le Laboratoire Logiques de l’Agir avec le soutien du Projet Chrysalide 2018 « Approches sociologiques et philosophiques du temps social »
Mercredi 26 et jeudi 27 septembre 2018
Université de Franche-Comté, UFR SLHS, Grand Salon (E14), entrée par le 18 rue Chifflet (1er étage), 25000 Besançon
Journée ouverte à tous, dans la limite des places disponibles. Pas d’inscription requise.
Responsable et contact :
Laurent Perreau (laurent.perreauATuniv-fcomte.fr)



Présentation :
La question du temps est récurrente dans l’oeuvre de Bourdieu. Elle apparaît dès la thèse de philosophie, inachevée, qui portait sur les « structures temporelles de l’expérienceaffective  ». Les enquêtes ethnologiques et sociologiques de Travail et travailleurs en Algérie (1963) développent nombre d’analyses relatives à la temporalité des pratiques. L’esquisse d’une théorie de la pratique (1972), Le sens pratique (1980), les Méditations pascaliennes (1997) lui consacrent des chapitres entiers. Homo academicus (1984) et Les règles de l’art (1992) montrent encore que la prise en compte des pratiques temporelles est déterminante pour comprendre les logiques qui animent les champs académiques et littéraires.
Dans les Méditations pascaliennes, Bourdieu soutenait plus précisément l’idée que « la pratique n’est pas dans le temps, mais [qu’]elle fait le temps ». L’un des enjeux de sa sociologie des pratiques serait ainsi de restaurer, contre le point de vue scolastique, « le point de vue de l’agent agissant, de la pratique comme “temporalisation” ». La journée d’études « Pierre Bourdieu. Le temps des pratiques », organisée par le Laboratoire des Logiques de l’Agir le jeudi 27 septembre 2018 à Besançon, s’attachera à développer les implications de cette thèse, tout à la fois dans l’oeuvre de Bourdieu et au-delà de celle-ci. Quelles sont ses conséquences pour la sociologie des pratiques et pour la théorie sociologique de la pratique ? Quelle rupture opère-t-elle par rapport aux philosophies classiques du temps ? En quoi renouvelle-t-elle l’idée d’un temps social distinct du temps physique ou du temps vécu ?

Programme du mercredi 26 septembre
18h00-20h00 - Jean-Louis Fabiani (EHESS/CNRS, CESPRA UMR 8036) :
L’hystérésis, le temps et l’histoire
Programme du jeudi 27 septembre
Présidence : Arnaud Macé (Université de Franche-Comté, Logiques de l’Agir)
10h00 - Laurent Perreau (Université de Franche-Comté, Logiques de l’Agir) :
Introduction
10h15-11h15 - Bruno Ambroise (Université Paris 1/CNRS, ISJPS UMR 8103) :
Rapport au temps et vision scolastique
11h15-12h15 - Claude Gautier (ENS Lyon, Triangle UMR 5206)
Le temps de la production et le temps de la reproduction: quelques hypothèses de lecture
12h15-14h00 : Pause déjeuner
Présidence : Vincent Bourdeau (Université de Franche-Comté, Logiques de l’Agir)
14h-15h - Laurent Perreau (Université de Franche-Comté, Logiques de l’Agir) :
Le sujet du temps : Husserl, Sartre, Bourdieu
15h-16h - Cécile Lavergne (Université de Lille, STL UMR 8163) :
Penser l’hypothèse d’une impuissance temporelle avec Pierre Bourdieu
16h-16h15 : Pause
Présidence : Laurent Perreau (Université de Franche-Comté, Logiques de l’Agir)
16h15-17h15 - Vincent Bourdeau (Université de Franche-Comté, Logiques de l’Agir) :
La dialectique de la dévaluation et du rattrapage: temps social et sens du placement chez
Bourdieu
17h15-17h30 : Discussion générale et clôture
Journée ouverte à tous, dans la limite des places disponibles. Pas d’inscription requise.





vidéo: Gérard Noiriel, Une histoire populaire de la France. De la guerre de Cent Ans à nos jours


Gérard Noiriel
Une histoire populaire de la France
De la guerre de Cent Ans à nos jours
Agone
Mémoires sociales
2018
Présentation de l'éditeur
« En 1841, dans son discours de réception à l’Académie française, Victor Hugo avait évoqué la “populace” pour désigner le peuple des quartiers pauvres de Paris. Vinçard ayant vigoureusement protesté dans un article de La Ruche populaire, Hugo fut très embarrassé. Il prit conscience à ce moment-là qu’il avait des lecteurs dans les milieux populaires et que ceux-ci se sentaient humiliés par son vocabulaire dévalorisant. Progressivement le mot “misérable”, qu’il utilisait au début de ses romans pour décrire les criminels, changea de sens et désigna le petit peuple des malheureux. Le même glissement de sens se retrouve dans Les Mystères de Paris d’Eugène Sue. Grâce au courrier volumineux que lui adressèrent ses lecteurs des classes populaires, Eugène Sue découvrit les réalités du monde social qu’il évoquait dans son roman. L’ancien légitimiste se transforma ainsi en porte-parole des milieux populaires. Le petit peuple de Paris cessa alors d’être décrit comme une race pour devenir une classe sociale. »
La France, c’est ici l’ensemble des territoires (colonies comprises) qui ont été placés, à un moment ou un autre, sous la coupe de l’État français. Dans cette somme, l’auteur a voulu éclairer la place et le rôle du peuple dans tous les grands événements et les grandes luttes qui ont scandé son histoire depuis la fin du Moyen Âge : les guerres, l’affirmation de l’État, les révoltes et les révolutions, les mutations économiques et les crises, l’esclavage et la colonisation, les migrations, les questions sociale et nationale.
Extraits de l’introduction :
« L’ambition ultime de cette Histoire populaire de la France est d’aider les lecteurs non seulement à penser par eux-mêmes, mais à se rendre étrangers à eux-mêmes, car c’est le meilleur moyen de ne pas se laisser enfermer dans les logiques identitaires. »
« La démarche historique permet de retracer la genèse des grands problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui. C’est la raison pour laquelle, dans cette histoire populaire de la France, j’ai privilégié les questions qui sont au centre de notre actualité, comme les transformations du travail, les migrations, la protection sociale, la crise des partis politiques, le déclin du mouvement ouvrier, la montée des revendications identitaires. Le but étant de mettre cette vaste réflexion à la disposition du plus large public, j’ai adopté la forme du récit en m’efforçant de présenter sous une forme simple des questions parfois très compliquées. »
« Pour moi, le “populaire” ne se confond pas avec les “classes populaires”. L’identité collective des classes populaires a été en partie fabriquée par les dominants et, inversement, les formes de résistance développées au cours du temps par “ceux d’en bas” ont joué un rôle majeur dans les bouleversements de notre histoire commune. Cette perspective m’a conduit à débuter cette histoire de France à la fin du Moyen Âge, c’est-à-dire au moment où l’État monarchique s’est imposé. Appréhendé sous cet angle, le “peuple français” désigne l’ensemble des individus qui ont été liés entre eux parce qu’ils ont été placés sous la dépendance de ce pouvoir souverain, d’abord comme sujets puis comme citoyens. »
« Ce qui permet d’affirmer le caractère « populaire » de l’histoire de France, c’est le lien social, c’est-à-dire les relations qui se sont nouées au cours du temps entre des millions d’individus assujettis à un même État depuis le XVe siècle, et grâce auxquelles a pu se construire un « nous » Français. Les classes supérieures et moyennes ont été dans l’obligation de tenir compte des activités, des points de vue, des initiatives, des résistances, propres aux classes populaires, afin de mettre en œuvre des formes de développement autres que celles qu’elles avaient imaginées au départ. Et réciproquement, les représentations du peuple français que les élites ont construites au cours du temps, les politiques qu’elles ont conduites, ont profondément affecté l’identité, les projets, les rêves et les cauchemars des individus appartenant aux classes populaires. »
Historien, directeur d’études à l’EHESS, Gérard Noiriel a notamment travaillé sur l’articulation de l’immigration, de la nation et des sentiments xénophobes. Dernier livre paru, Une Histoire populaire de la France, synthèse de toute une vie de recherches et d’engagements.  

mardi 18 septembre 2018

audio: Gisèle Sapiro, Les Ecrivains et la politique en France. De l'Affaire Dreyfus à la guerre d'Algérie




audio: Gisèle Sapiro, Les Ecrivains et la politique en France. De l'Affaire Dreyfus à la guerre d'Algérie

Écrivains et politique : du prophétisme à l'expertise
La Suite dans les idées par Sylvain Bourmeau, 22/09/2018

Entre œuvre et histoire, les lieux d'écrivains (2/4)Entre littérature et politique, les écrivains d’extrême-droite, des années 1930 à l’épuration
avec Anne Simonin
La Fabrique de l'Histoire par Emmanuel Laurentin,  le 18/09/2018

Écrivains et politique, un compagnonnage ambigu
Politique ! par Hervé Gardette, le   08/09/2018
Gisèle Sapiro
Les Ecrivains et la politique en France  
De l'Affaire Dreyfus à la guerre d'Algérie 
Seuil
2018 
Présentation de l'éditeur
De l’affaire Deyfus à la fin des années 1960, on ne compte plus les écrivains qui ont incarné en France la figure de l’« intellectuel », celui qui s’engage dans la cité en mobilisant son pouvoir symbolique.
On pense tout de suite à Zola. Mais aussi à Aragon, à Malraux, à Sartre, à Simone de Beauvoir, et à tant d’autres. Autrement dit, d’abord aux écrivains de gauche ou, à tout le moins, réputés « progressistes ». Cependant, si Malraux fut le premier ministre de la Culture français, et si le modèle sartrien de l’engagement a connu une diffusion mondiale, il ne faudrait pas oublier pour autant ceux qui, au nom de leur engagement à droite, se sont illustrés dans les années sombres de notre histoire : Maurras, Brasillach, Rebatet, Drieu la Rochelle, Céline. Le regain d’intérêt pour leurs écrits les plus virulents dans un contexte de montée de l’extrême droite et de la xénophobie nous invite au contraire à un retour sur l’histoire de leurs engagements.
De fait, toutes les représentations étudiées dans ce livre demeurent profondément ancrées dans notre culture politique et ont même connu un regain d’actualité depuis les années 1990, qu’il s’agisse des catégories de droite et de gauche (malgré les tentatives de nier leur validité), du débat Orient/Occident (le « choc des civilisations »), ou encore des affrontements politiques autour de l’« identité nationale ». Elles constituent le vivier auquel puisent les intellectuels, les prophètes et les idéologues d’aujourd’hui, comme en témoigne l’épilogue de ce livre.
D’où la nécessité d’en revisiter l’histoire et d’en comprendre les ressorts culturels et professionnels, comme nous le propose cet essai documenté et profondément neuf, qui interroge aussi les formes de l’engagement.
Gisèle Sapiro est directrice de recherche au CNRS et directrice d’études à l’EHESS. Auteure de La Guerre des écrivains, 1940-1953 (Fayard, 1999), de La Responsabilité de l’écrivain (Seuil, 2011) et de La Sociologie de la littérature (La Découverte, 2014), elle a dirigé Translatio. Le marché de la traduction en France à l’heure de la mondialisation (2008), L’Espace intellectuel en Europe (2009) et Profession ? Écrivain (2017).

samedi 15 septembre 2018

Publications de Pierre Bourdieu: La circulation internationale des idées et le champ international




Publications de Pierre Bourdieu:
La circulation internationale des idées 
et 
le champ international



(Cette liste de publications sera mise à jour au fur et à  mesure,  Gilbert Quélennec)
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Publications de Pierre Bourdieu: La circulation internationale des idées

Post-scriptum: Du champ national au champ international, in Les structures sociales de l'économie, Seuil, 2000, P.273-280, aussi Unifier pour mieux dominer, in Contre-feux 2, Raisons d'agir, 2001





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voir également:

Publications de Pierre Bourdieu: Internationalisation de sa réflexion (en trois phases: Algérie; intellectuel collectif, conditions du comparatisme, circulation internationale des idées; contre le néolibéralisme, nouvelle vulgate planétaire, mouvement social européen)

Publications de Pierre Bourdieu: théorie des Champs (notion, logique spécifique, fondateurs de champs, ouvrages)


 



vendredi 14 septembre 2018

Comprendre le social dans la durée - Les études longitudinales en sciences sociales , Sous la direction de Joanie Cayouette-Remblière, Bertrand Geay, Patrick Lehingue


Comprendre le social dans la durée
Les études longitudinales en sciences sociales
Sous la direction de 
Joanie Cayouette-Remblière, Bertrand Geay, Patrick Lehingue
P.U.Rennes
Res Publica
2018

Présentation de l'éditeur
EN 1966, H. Becker écrivait que « les sociologues aiment parler de fonctionnement, de processus, etc., mais [que] leurs méthodes les empêchent, en général, de saisir concrètement les processus dont ils parlent si abondamment ». Près de cinquante ans plus tard, les techniques permettant de saisir les processus in itinere, que l’on a pris pour habitude de qualifier de longitudinales se sont développées. Ce qui frappe aujourd’hui, c’est moins l’absence de méthodes ajustées à l’étude longitudinale des phénomènes que la diversité des techniques et la dispersion des lieux où elles sont débattues. 
Ces méthodes de recueil et d’analyse longitudinales sont rarement discutées ensemble et sont au contraire souvent présentées comme constitutives de traditions de recherche opposées. C’est à ces différentes manières de faire usage des techniques longitudinales que cet ouvrage voudrait constituer une introduction. 
En partant d’exemples précis d’études conduites dans des domaines aussi différents que la participation électorale, la socialisation enfantine ou l’intégration des populations migrantes, on souhaite d’abord restituer les enjeux pratiques, théoriques et épistémologiques des différentes techniques de type longitudinal, qu’elles relèvent de l’ethnographie, de la statistique sur grands échantillons de population, du traitement de corpus de documents ou d’archives et de tous les cas intermédiaires de production et d’analyse des données. Résolument pratique, l’approche proposée pourra suggérer la part d’illusion qu’enferme la démarche longitudinale elle-même, comme ambition de rendre exhaustivement compte du social en train de se faire.  
Introduction
Les auteurs 



 

jeudi 13 septembre 2018

Gilles Laferté, L’embourgeoisement: une enquête chez les céréaliers


Gilles Laferté 
L’embourgeoisement: une enquête chez les céréaliers
Raisons d'Agir
Cours & Travaux
2018


Présentation de l'éditeur
Fin des paysans, crises agricoles, telles sont les représentations les plus communes sur les mondes agricoles. Au contraire, l’enquête ethnographique auprès des céréaliers de l’Est de la France présentée dans ce livre décrit un processus social large propre à de nombreux groupes sociaux bien au-delà de l’agriculture, celui d’embourgeoisement, compris non seulement comme un enrichissement, mais tout autant comme un sens donné à la mobilité sociale ascendante. Au-delà de l’accumulation du capital économique qui en est la condition, l’embourgeoisement se révèle comme une mobilité sociale conservatrice, ici collective, respectueuse de l’ordre social et de la légitimité culturelle des dominants, mobilité ascendante que l’on peut opposer à d’autres formes de mobilité sociale comme celles associées par exemple à la gentrification.
Ce livre décrit les mouvements de dépaysannisation initiés au début du xxe siècle et qui se sont prolongés jusqu’à l’embourgeoisement d’aujourd’hui. L’enquête détaille alors les revenus et le patrimoine de ces agriculteurs, leurs pratiques de consommation et leurs engagements, leurs manières d’habiter et leurs vacances, leurs diplômes et le devenir de leurs enfants, pour finalement faire de ces céréaliers contemporains une des figures qui intègrent les nouvelles franges patrimoniales et économiques de la bourgeoisie. Cette ethnographie des classes sociales démontre, au-delà des discours sur la détresse paysanne, combien l’agriculture française est plurielle.
Gilles Laferté est sociologue, directeur de recherche Inra à l'UMR Cesaer.