"Je ne dis pas que l’État est la solution de tous les problèmes, mais l’État est une des seules armes que nous ayons pour contrôler toutes sortes de fonctionnement et de processus tout à fait vitaux, et en particulier tous ceux qui touchent à l’intérêt général et aux services publics. Je suis tout à fait favorable à la création d’un État transnational ou mondial. Mais, dans l’état actuel, c’est une utopie. Cela dit, la taxe Tobin, c’est un pas vers l’État mondial. Keynes disait déjà qu’il fallait faire une banque mondiale, ce qui va dans le sens de l’État mondial. Et il faudrait ensuite pouvoir contrôler cette banque, et prélever les impôts pour l’alimenter. Mais peut-être est-ce une utopie un peu folle. En attendant cet État mondial, je pense que les États nationaux sont le seul instrument que nous ayons pour opérer une redistribution raisonnable des revenus des plus riches aux plus pauvres, pour égaliser les chances d’accès à l’économie, à la culture. Donc, on ne peut dire qu’on va se passer de l’État.
En tout cas, ce qui est sûr, c’est que les conséquences de la destruction de l’État, on ne les verra que dans vingt ans. Par exemple, dans vingt ans on dira que le taux de cancer a augmenté dans les villes en liaison avec la pollution. Je trouve anormal que les médecins ne le disent pas maintenant. (On commence à dire très prudemment que le taux d’asthmatiques parmi les enfants a très fortement augmenté en liaison avec la pollution.)"
Bourdieu, Entretien du 26 janvier 2000 par Bertrand Chung, Mondialisation et domination : de la finance à la culture, Cités, 2012/3 (n° 51), Bourdieu politique , PUF, 2012, p.133

vendredi 14 février 2020

Émile Durkheim, Sociologie politique. Une anthologie


Émile Durkheim
Sociologie politique
Une anthologie  
PUF
2020


Présentation de l'éditeur
Émile Durkheim fonde la sociologie sur un impératif d’objectivité issu des sciences naturelles. Il ne défend pas pour autant une vision désengagée de cette discipline. La méthode consistant à « considérer les faits sociaux comme des choses » a au contraire une visée d’emblée politique : l’étude de la société vise à éclairer les idéaux qui animent les sociétés modernes et à diagnostiquer les maux dont elles souffrent. Les textes réunis et présentés dans cette anthologie – extraits de cours, articles ou thèses – permettent de comprendre la fonction critique de la sociologie durkheimienne. Ils montrent qu’elle est, pleinement, une « sociologie politique ».
Émile Durkheim (1858-1917) est le fondateur de l’École française de sociologie et le créateur de la revue L’Année sociologique. Il est notamment l’auteur des Règles de la méthode sociologique, du Suicide et des Formes élémentaires de la vie religieuse

Textes édités et présentés par Florence Hulak, avec une postface d’Yves Sintomer.
Florence Hulak est maîtresse de conférences en philosophie à l’Université Paris 8 Vincennes — Saint-Denis.
Yves Sintomer est professeur de science politique à l’Université Paris 8 Vincennes — Saint-Denis, et Associate Member, Nuffield College, University of Oxford.




lundi 10 février 2020

en poche: Ernst Cassirer, Le mythe de l'État


Ernst Cassirer
 Le mythe de l'État
Gallimard
Tel
2020
Présentation de l'éditeur
Avril 1945. Ernst Cassirer achève peu avant de mourir Le mythe de l'Etat : un ouvrage réalisé à la demande de ses amis afin de tenter de comprendre les origines et les causes du nazisme. Sans jamais prétendre réduire le tragique de l'Histoire, mais sans renoncer non plus à toute explication, il invite la modernité à repenser son rapport au mythe. Les déformations qu'il fait subir à la pensée ne sont-elles pas la préfiguration, voire la caution, des violences politiques qui viennent ensanglanter les sociétés ? L'obscur besoin d'ordre qu'il véhicule et qui hante les fondements de la culture n'est-il pas responsable de la transformation de celle-ci en cauchemar, lorsqu'elle s'avise de ne plus lui résister mais de se confondre avec lui ? Le XXe siècle n'a-t-il pas basculé dans le tragique parce que subitement la culture s'est mise à célébrer le culte du héros, de la race et de l'Etat tout en versant dans un pessimisme dénigrant la Raison ? Ce livre peut être considéré, à bien des égards, comme le testament philosophique de l'un des plus grands penseurs de ce siècle, et en tout cas du plus digne héritier des Lumières.
Livre savant attaché à reconstituer la mémoire de la Raison en refaisant l'histoire de toute la pensée politique, c'est aussi un livre de philosophe plaidant, à travers une critique du mythe, pour que la raison politique ne déroge pas à la plus haute de ses fonctions : réaffirmer la culture contre les tentations d'ériger l'idéologie, et donc la violence, en raison. Pour Cassirer, trois cultes particuliers ont propagé la déraison en politique : 1/ le culte du héros qui défend la nécessité de dirigeants politiques forts, voire d'hommes providentiels ; 2/ le culte de la race, véhiculé par Gobineau ; 3/ la conception hégélienne de l'Etat, dans laquelle l'institution étatique n'a pas à être limitée par les droits individuels, car elle est une réalité suprême, transcendante, divine, qui n'a sa finalité qu'en elle-même.
Cassirer reproche à cette théorie de fournir une justification à la toute-puissance de l'Etat totalitaire. 
 

samedi 8 février 2020

Publications de Pierre Bourdieu: Domination masculine et violence symbolique






Publications de Pierre Bourdieu:  
Domination masculine 
et violence symbolique







(Cette liste sera mise à jour au fur et à mesure, Gilbert Quélennec)

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Publications de Pierre Bourdieu: autour de La domination masculine




 
Publications de Pierre Bourdieu: La violence symbolique






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voir également:




mercredi 5 février 2020

Céline Bessière et Sibylle Gollac, Le genre du capital. Comment la famille reproduit les inégalités


Céline Bessière
Sibylle Gollac
Le genre du capital 
Comment la famille reproduit les inégalités 
La Découverte
L'envers des faits
2020


Présentation de l'éditeur
On sait que le capitalisme au XXIe siècle est synonyme d’inégalités grandissantes entre les classes sociales. Ce que l’on sait moins, c’est que l’inégalité de richesse entre les hommes et les femmes augmente aussi, malgré des droits formellement égaux et la croyance selon laquelle, en accédant au marché du travail, les femmes auraient gagné leur autonomie. Pour comprendre pourquoi, il faut regarder ce qui se passe dans les familles, qui accumulent et transmettent le capital économique afin de consolider leur position sociale d’une génération à la suivante. Conjointes et conjoints, frères et sœurs, pères et mères n’occupent pas les mêmes positions dans les stratégies familiales de reproduction, et n’en tirent pas les mêmes bénéfices. Fruit de vingt ans de recherches, ce livre montre que le capital a un genre.
Céline Bessière et Sibylle Gollac enquêtent sur les calculs, les partages et les conflits qui ont lieu au moment des séparations conjugales et des héritages, avec le concours des professions du droit. Des mères isolées du mouvement des Gilets jaunes au divorce de Jeff et MacKenzie Bezos, des transmissions de petites entreprises à l’héritage de Johnny Hallyday, les mécanismes de contrôle et de distribution du capital varient selon les classes sociales, mais aboutissent toujours à la dépossession des femmes. Ce livre analyse ainsi comment la société de classes se reproduit grâce à l’appropriation masculine du capital.  
Céline Bessière est professeure de sociologie à l'Université Paris-Dauphine. Elle a publié notamment, De génération en génération. Arrangements de famille dans les entreprises viticoles de Cognac (Raisons d'Agir, 2010). Sibylle Gollac est chercheuse au CNRS. Elle a dirigé, avec S. Billaud, A. Oeser et J. Pagis, Histoires de familles. Les récits du passé dans la parenté contemporaine (Editions de la Rue d'Ulm, 2015).
 









 

mardi 4 février 2020

Sylvia Faure et Daniel Thin, S’en sortir malgré tout. Parcours en classes populaires

Sylvia Faure et Daniel Thin
S’en sortir malgré tout

Parcours en classes populaires
La Dispute
Mouvements de société
2019
Présentation de l'éditeur
Face aux difficultés économiques, à la disqualification sociale, à la dégradation des conditions d’existence, comment les classes populaires font-elles pour « s’en sortir, malgré tout » ? Ce livre répond à cette question en examinant les conditions de la mobilisation de leurs ressources : soutiens relationnels, savoir-faire convertis en avantages dans une situation particulière, relations avec des acteurs institutionnels, ainsi que d’autres formes de « débrouille ». Tout en expliquant les limites et obstacles à l’amélioration durable des conditions d’existence des classes populaires, les auteurs montrent que ce qui fait ressource pour ces dernières est ancré dans des contextes locaux et dans des relations concrètes.

Cet ouvrage collectif s’appuie sur plusieurs enquêtes sociologiques centrées sur les sorties précoces de la scolarité, les jeunes des missions locales, l’accès au logement, les parcours scolaires au sein de familles nombreuses, le relogement dans les grands ensembles HLM, les associations de femmes de quartiers populaires et les jeunes en quête de mobilité par une professionnalisation dans le football. Il critique la notion aujourd’hui dominante de vulnérabilité qui passe sous silence les conditions objectives à l’origine des problèmes sociaux et tend à faire porter aux individus la responsabilité de leur situation. Il soutient que pour s’attaquer aux inégalités sociales et aux violences symboliques renforcées par les orientations politiques de ces dernières décennies, il faut commencer par comprendre les ressources et les initiatives des premiers concernés.
Table des matières
Les auteures et les auteurs
Introduction. Du discours sur la vulnérabilité aux ressources des classes populaires, Daniel Thin et Sylvia Faure
Chapitre premier. Les ressources d’une jeunesse en mal d’avenir, Mathias Millet et Daniel Thin
Chapitre II. Être aidé, aider autrui, s’aider soi-même : des ressources pour des jeunes en situation de précarité ? Laurence Faure et Éliane Le Dantec
Chapitre III. Familles nombreuses, scolarités malheureuses ? Les grandes fratries comme obstacle ou comme ressource, Julien Bertrand et Gaële Henri-Panabière, avec Géraldine Bois, Martine Court et Olivier Vanhée
Chapitre IV. Des parcours résidentiels sous contraintes. Les classes populaires des cités HLM face à la rénovation urbaine, Sylvia Faure et Pierre Gilbert
Chapitre V. Quand le « collectif » fait « ressource ». Mobilisations de groupes d’habitantes et rapport aux institutions, Daniel Thin
Chapitre VI ; Au6delà du « miracle » et de la « chute » : jeunesses populaires et formation au métier de footballeur, Julien Bertrand et Frédéric Rasera
Conclusion
 

dimanche 2 février 2020

Gabriella Paolucci, Bourdieu e Marx. Pratiche della critica


Gabriella Paolucci
Bourdieu e Marx
Pratiche della critica
Mimesis
Eterotopie
2020



Présentation de l'éditeur
Il volume raccoglie esercizi intorno ai modi e agli esiti delle strategie di appropriazione che Bourdieu ha praticato nei confronti di Marx e che pertengono per intero anche a noi e al nostro presente. Tra i debiti che il sociologo ha inteso riconoscere all'autore del Capitale vi è l'esercizio della critica, che l'uno e l'altro hanno praticato in modo radicale e che costituisce un robusto connettivo tra i loro progetti. Il libro non intende sancire ortodossie o accertare eterodossie, né indulgere alla vulgata di un Bourdieu senza Marx, contro Marx o con Marx. Aspira, al contrario, a intrattenersi con l'inclassificabile, per meglio comprenderlo. E a trarre da ciò che non è classificabile entro i confini di un sistema conchiuso, quanto può esservi d'illuminante per la nostra ricerca e la nostra pratica critica. 

mercredi 29 janvier 2020

Julien Talpin, Bâillonner les quartiers. Comment le pouvoir réprime les mobilisations populaires


Julien Talpin
Bâillonner les quartiers
Comment le pouvoir réprime les mobilisations populaires
Les Étaques
2020


Présentation de l'éditeur
Pourquoi les quartiers populaires ne se révoltent-ils pas plus souvent ? Alors qu’ils sont ravagés depuis des décennies par un urbanisme au rabais, le chômage de masse et les humiliations policières, Julien Talpin explore les raisons pour lesquelles ces quartiers peinent à asseoir leurs intérêts. Il montre que les entraves aux mobilisations collectives tiennent moins à ce qui serait l’apathie fataliste des habitants qu’aux multiples tactiques répressives déployées par les pouvoirs publics. Les différents chapitres décortiquent les logiques disciplinaires qui, sans avoir même besoin d’être coordonnées, garantissent le maintien du statu quo. À l’arrière-plan de la répression policière et judiciaire, se déploient quotidiennement le chantage clientélaire aux subventions, la disqualification islamophobe des opposants ou les piqures anesthésiantes de la démocratie participative. En documentant la manière dont cette répression à bas bruit traverse les mobilisations contemporaines, ce livre en dégage la dimension systémique. Il place sous les projecteurs cette trappe à révolte qui fabrique la domestication politique, encourage l’autocensure collective et suscite la résignation individuelle. En livrant les recettes de l’adversaire, il veut contribuer au long chemin des luttes autonomes pour l’égalité.
L’auteur : Julien Talpin est sociologue et chercheur au CNRS. Spécialiste de la politisation des quartiers populaires, il est notamment l’auteur de Community Organizing. De l’émeute à l’alliance des classes populaires aux États-Unis (Raisons d’Agir, 2016). Avec Marwan Mohammed, il a co-dirigé l’ouvrage Communautarisme ? (Presses Universitaires de France, 2018).