« Je pense que les peuples ont pris conscience du fait qu’ils avaient des intérêts communs et qu’il y avait des intérêts planétaires qui sont liés à l’existence de la terre, des intérêts que l’on pourrait appeler cosmologiques, dans la mesure où ils concernent le monde dans son ensemble ».
Ce que l'intelligence artificielle doit aux travailleurs des Suds
Raisons d'Agir
Raisons d'agir
2026
Présentation de l'éditeur
Derrière les promesses de l’automatisation, l’intelligence artificielle (IA) repose sur un travail humain massif, invisible et dévalorisé.
De Station F, vitrine parisienne de la « start-up nation », à Antananarivo, capitale de Madagascar, où travaillent des milliers de travailleurs des données, cette enquête suit les chaînes de travail reliant étroitement entreprises technologiques du Nord et sous-traitants du Sud. Les entreprises d’IA mobilisent une main-d’œuvre jeune, diplômée et surqualifiée, dans des conditions précaires et sans horizons professionnels.
L’IA ne remplace pas simplement le travail : elle le réorganise, en déplace les hiérarchies au niveau international et enferme une partie de cette main-d’œuvre dans des positions subalternes. Le capitalisme numérique prolonge ainsi une longue histoire de l’exploitation fondée sur la dévalorisation du travail des travailleuses et travailleurs des Suds. À travers ces transformations, une question centrale se dessine : dans un monde façonné par l’IA, notre travail humain continuera-t-il à compter ?
Clément Le Ludec est docteur en sociologie de l'Institut polytechnique de Paris. Il est spécialiste des transformations numériques du travail
Jamais il n’y a eu autant de personnes incarcérées en France qu’aujourd’hui. Face à cette expansion punitive, à la surpopulation qu’elle engendre et aux conditions de vie et de travail qu’elle détériore, le respect du droit se voit tour à tour érigé en garant de sa légitimité et en rempart contre ses abus.
Corentin Durand explore cette tension entre la place croissante du droit en prison et la violence de l’incarcération, à partir d’une enquête au plus près des échanges quotidiens entre prisonniers et agents pénitentiaires. Il y décrit la complexité des relations interpersonnelles, l’omniprésence des procédures écrites, la crainte des recours juridiques et l’asymétrie radicale entre ceux qui gardent et ceux qui sont gardés. Ce livre propose une analyse inédite de l’expérience carcérale, marquée non seulement par les souffrances de l’enfermement et de la promiscuité, mais aussi par une confrontation anormalement dense à l’État, entre arbitraire personnel et distance bureaucratique.
La violence ne se cache pas uniquement dans les interstices des règles institutionnelles : elle se niche au cœur même des procédures, à l’ombre, mais aussi à l’abri du droit. S’ouvre ainsi une réflexion, aujourd’hui essentielle, sur la manière dont le respect formel du droit peut s’accommoder, voire rendre possible, une pratique autoritaire du pouvoir.
Corentin Durand est sociologue, chargé de recherche au CNRS au sein du Centre lillois d’études et de recherches sociologiques et économiques.
La situation des partis politiques est paradoxale : ils sont profondément discrédités et affaiblis, mais ils jouent un rôle toujours incontournable dans la démocratie représentative. Ils sont dépassés et indispensables. Depuis les années 2010, dans toute 1'Europe, un mode d'organisation alternatif aux partis a émergé : les mouvements (5 Etoiles en Italie, Podemos en Espagne, etc.).
En France, c'est en 2016 que sont créées, à l'occasion de la campagne présidentielle, La République en Marche et La France Insoumise. Ces deux organisations qui se revendiquent comme « mouvements » présentent de nombreuses caractéristiques communes : adhésion gratuite, structuration informelle, centralité du leader, absence de démocratie interne, forte digitalisation, etc. Ils proposent un nouvel équilibre entre horizontalité participative et verticalité décisionnelle.
Fondé sur une enquête au long cours, cet ouvrage analyse l'évolution de ces organisations entre 2016 et 2026. La souplesse qu'ils revendiquent se traduit-elle dans les faits ? La promesse d'une manière alternative de faire parti est-elle tenue ?
L'ouvrage le montre : en dix ans, les deux mouvements se sont normalisés sans toutefois devenir des partis à l'ancienne et, pour un temps au moins, ils conservent des modes de fonctionnement qui continuent à perturber l'ordre politique en mettant leur force à disposition d'un leader que les Marcheurs doivent trouver et les Insoumis relégitimer en vue des élections présidentielles de 2026.
Les réformes de l’économie française dans les années 1980
du Croquant
Action Publique
2026
Présentation de l'éditeur
Depuis les années 1980, un capitalisme financier favorable aux détenteurs d’épargne, investisseurs et spéculateurs a connu un essor inédit dans les pays occidentaux. Comment ces marchés financiers, régulés au début du XXème siècle, ont-ils de nouveau été libéralisés ? Comment l’expansion de la bourse s’est-elle opérée concrètement ? Cet ouvrage est consacré aux racines de ces transformations dans la France des années 1980. Il étudie les réformes monétaires et financières menées le gouvernement socialiste de Laurent Fabius et le ministre de l’économie Pierre Bérégovoy entre 1984 et 1986. Fondé sur de nombreuses sources et archives d’administration, il éclaire cette période historique à l’aune des outils et concepts de la sociologie économique. Il montre le rôle des dirigeants politiques et hauts fonctionnaires dans cette nouvelle orientation de l’action publique, qui a ouvert la voie à la financiarisation de l’économie française et à sa normalisation dans le cadre de la mondialisation.
Fabien Eloire est professeur des universités en sociologie à l'Université de Lille, spécialisé en sociologie économique. Il a publié avec Jean Finez, Sociologie des prix aux éditions La Découverte.
Aux confins du champ syndical ?
Autonomie et dépendance du syndicalisme d’entreprise face au pouvoir patronal dans une petite filiale industrielle Chloé Biaggi
Le low cost, qui propose biens et services à moindre coût, s’impose dans l’économie comme un allié du pouvoir d’achat en temps de crise. Mais que cache ce modèle sous ses airs de progrès ?
Fondé sur une enquête au sein de plusieurs enseignes à bas prix (alimentaire, bricolage, bazars, transports), ce livre dévoile un modèle productif dont la logique se généralise : moins d’effectifs, plus de polyvalence, un travail intense, des pressions à la rentabilité et de la précarité.
Ce modèle dégrade les conditions d’emploi et de vie de salarié·es des classes populaires, en proie à de multiples inégalités. Nourri par la précarité qu’il produit, le low cost apparaît alors comme un anti-fordisme révélateur des mutations du capitalisme contemporain.
vidéo: Victor COLLARD, « D’une histoire philosophique à une histoire sociale des idées ‘spinozistes’ chez Pierre Bourdieu »
Spinoza à Paris 8 Séminaire International et Interdisciplinaire de Recherches Spinozistes
2025-2026
Présentation par le SÉMINAIRE SPINOZA À PARIS 8, 2025-2026
JEUDI 02 JUILLET 2026, 18H-20H
Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis, Maison de la Recherche, Salle A2-204
Victor COLLARD
« D’une histoire philosophique à une histoire sociale des idées ‘spinozistes’ chez Pierre Bourdieu »
Parmi tous les auteurs avec lesquels la pensée de Bourdieu a été mise en dialogue, Spinoza occupe sans doute une place à part : depuis le début des années 1970, des dizaines de commentateurs de nombreux pays évoquent le « spinozisme » de Bourdieu, qui tiendrait notamment à une approche « déterministe » qui leur serait commune. Or cette perspective, qui établit des rapports conceptuels entre deux pensées, sert souvent à accréditer l’idée selon laquelle Spinoza constituerait une « source » effective dont Bourdieu se serait servi sans toujours la reconnaître à sa juste valeur.
À rebours de cette approche herméneutique, notre communication, issue d’un travail de thèse, propose de considérer plus sociologiquement la circulation des idées entre ces deux auteurs afin de comprendre les modalités précises de la réception et de la mobilisation des idées de Spinoza par Bourdieu. Celles-ci n’engagent certainement pas une simple « lecture » de l’œuvre mais ne peuvent se comprendre qu’à la lumière des très nombreux processus par lesquels le sociologue s’est trouvé confronté à cette pensée métaphysique et l’a retraduite de manière originale dans son travail sociologique. En analysant les phases importantes de la trajectoire de Bourdieu lors desquelles il a été exposé et s’est positionné vis-à-vis de l’œuvre du philosophe hollandais depuis sa première scolarité, ainsi que les évolutions majeures de la place occupée par Spinoza dans les champs philosophique et intellectuel français qui lui ont permis d’accéder au statut de philosophe canonique que l’on lui connaît aujourd’hui, nous tentons de contrer ces « généalogies fictives », souvent imposées aux chercheurs malgré leurs protestations, afin que ces affiliations aussi fréquentes qu’imprécises (« spinoziste », « marxiste », « durkheimien », etc.) fassent place à l’analyse des processus par lesquels s’engendrent des rapports toujours singuliers entre deux auteurs. VC.
Victor COLLARD est Docteur en sociologie de l’EHESS (2021), Chercheur associé au Centre européen de sociologie et de science politique (CESSP). Ses domaines de recherche sont l’histoire sociale des idées et la trajectoire scolaire et scientifique de Pierre Bourdieu qu’il a eu l’occasion de présenter dans un ouvrage récent: Pierre Bourdieu. Genèse d’un sociologue, CNRS Éditions, 2024.