"Je ne dis pas que l’État est la solution de tous les problèmes, mais l’État est une des seules armes que nous ayons pour contrôler toutes sortes de fonctionnement et de processus tout à fait vitaux, et en particulier tous ceux qui touchent à l’intérêt général et aux services publics. Je suis tout à fait favorable à la création d’un État transnational ou mondial. Mais, dans l’état actuel, c’est une utopie. Cela dit, la taxe Tobin, c’est un pas vers l’État mondial. Keynes disait déjà qu’il fallait faire une banque mondiale, ce qui va dans le sens de l’État mondial. Et il faudrait ensuite pouvoir contrôler cette banque, et prélever les impôts pour l’alimenter. Mais peut-être est-ce une utopie un peu folle. En attendant cet État mondial, je pense que les États nationaux sont le seul instrument que nous ayons pour opérer une redistribution raisonnable des revenus des plus riches aux plus pauvres, pour égaliser les chances d’accès à l’économie, à la culture. Donc, on ne peut dire qu’on va se passer de l’État.
En tout cas, ce qui est sûr, c’est que les conséquences de la destruction de l’État, on ne les verra que dans vingt ans. Par exemple, dans vingt ans on dira que le taux de cancer a augmenté dans les villes en liaison avec la pollution. Je trouve anormal que les médecins ne le disent pas maintenant. (On commence à dire très prudemment que le taux d’asthmatiques parmi les enfants a très fortement augmenté en liaison avec la pollution.)"
Bourdieu, Entretien du 26 janvier 2000 par Bertrand Chung, Mondialisation et domination : de la finance à la culture, Cités, 2012/3 (n° 51), Bourdieu politique , PUF, 2012, p.133

lundi 28 mai 2018

audio: Jacques Dubois, Le Roman de Gilberte Swann. Proust sociologue paradoxal


Un jour dans l'histoire, par Laurent Dehossay, 05.02.18 

Jacques Dubois
Le Roman de Gilberte Swann
Proust sociologue paradoxal
Seuil
2018

Présentation de l'éditeur
Longtemps occulté par la dimension psychologique d’une œuvre qui semblait tout entière dédiée à l’exploration des tourments du cœur et de l’esprit, le « sens du social » de Proust apparaît désormais avec évidence. Il est du moins aisé de lire la Recherche comme une succession de scènes de salon où se déploient, au gré des interactions des personnages, des luttes de pouvoir et de prestige entre castes ou clans.
Mais cette description acérée du chassé-croisé d’une noblesse en déliquescence et d’une bourgeoisie cloisonnée se réduit-elle à une « sociologie amusante » de la Belle Époque ? Et si l’on trouvait, chez ce contemporain de la naissance d’une discipline avec laquelle il avait pourtant peu d’affinités, une pensée du social originale, susceptible d’aiguiser notre propre regard sociologique ? Telle est la piste, audacieuse et féconde, que nous invite à suivre ici Jacques Dubois. Le petit monde proustien auquel il nous introduit se révèle peuplé de figures clivées, ambivalentes, à l’image de Gilberte Swann, dont le caractère « alternatif » est emblématique des héritages concurrents dont nous sommes porteurs, au point que certains en arrivent à renier d’un instant sur l’autre les versions précédentes d’eux-mêmes.
En distillant avec humour et finesse la sociologie paradoxale qui irrigue le grand œuvre proustien, Jacques Dubois nous en offre une puissante redécouverte.

Professeur émérite de l’Université de Liège, Jacques Dubois est l’auteur d’une douzaine d’ouvrages, dont, au Seuil, Pour Albertine et Les Romanciers du réel. Il a également dirigé l’édition « Pléiade » en trois tomes des romans de Georges Simenon.


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