Pierre Bourdieu. Contre-feux, Éditions Raisons d’agir, 1998, p.100

‘‘Contre ce régime politique [le néolibéralisme], la lutte politique est possible. Elle peut se donner pour fin d’abord, comme l'action caritative ou caritativo-militante, d’encourager les victimes de l’exploitation, tous les précaires actuels et potentiels, à travailler en commun contre les effets destructeurs de la précarité (en les aidant à vivre, à « tenir » et à se tenir, à sauver leur dignité, à résister à la déstructuration, à la dégradation de l’image de soi, à l’aliénation), et surtout à se mobiliser, à l’échelle internationale, c’est-à-dire au niveau même où s’exercent les effets de la politique de précarisation, pour combattre cette politique et neutraliser la concurrence qu’elle vise à instaurer entre les travailleurs des différents pays’’.



jeudi 15 mars 2012

C. Wright Mills, L’Élite au pouvoir


C. Wright Mills
L’Élite au pouvoir
Préface de François Denord
Traduit de l’anglais par André Chassigneux
Agone
2012




Présentation de l'éditeur

Nouvelle édition revue et actualisée ; notamment complétée par une annexe qui rassemble les réponses de l’auteur aux critiques de tous ordres suscitées par son ouvrage.
L’élite au pouvoir est composée d’hommes dont la position leur permet de transcender l’univers quotidien des hommes et des femmes ordinaires ; ils sont en position de prendre des décisions aux conséquences capitales. Ils commandent les principales hiérarchies et organisations de la société moderne. Ils font marcher la machine de l’État et défendent ses prérogatives. Ils dirigent l’appareil militaire. Ils détiennent les postes de commandement stratégiques de la structure sociale, où se trouvent centralisés les moyens efficaces d’exercer le pouvoir et de devenir riche et célèbre.
Ce livre offre des outils pour penser les catégories dirigeantes : différenciées à leur base, elles s’imbriquent à leur sommet et dépossèdent le grand public de son pouvoir sur la vie démocratique. Cette élite est clientéliste, clanique et corrompue. Le livre détaille les conditions qui permettent à une telle situation de perdurer et entend expliquer comment le débat public se restreint souvent à un débat entre prescripteurs d’opinions.
Charles Wright Mills, universitaire américain atypique, souvent dépeint comme une force de la nature, fut une icône de la gauche intellectuelle des années 1960. Motard, excessif, mort à 45 ans d’une crise cardiaque, il ne dépareillait pas d’un James Dean (1931–1955) ou d’un Jack Kerouac (1922–1969). Peu de chose inclinait pourtant ce fils d’un agent d’assurances à se muer en une égérie de la sociologie critique.
Né à Waco, le 28 août 1916, Mills grandit au Texas dans un univers de cols blancs, ces « New Little Men » dont l’apathie politique l’agaçait profondément. […] La formation intellectuelle de l’auteur de L’Élite au pouvoir se fît sur le tard. Littérature, art ou musique étaient absents du domicile familial. Le goût manifesté par le jeune Mills pour les tâches manuelles poussa, en outre, ses parents à l’inscrire dans un lycée technique. Son père décida même de l’expédier dans une école militaire (le Texas A&M) pour « en faire un homme ». L’entrée à l’Université d’Austin lui ouvre heureusement de nouveaux horizons. Il y trouve des amis, une femme (la première) et des repères intellectuels qui balisent son cheminement intellectuel. Mills se familiarise ainsi avec la « théorie de la classe de loisirs » et l’économie institutionnaliste de Thorstein Veblen. Il en tire une vigoureuse critique de la pensée conservatrice et apprend à porter un regard sarcastique sur les puissants. À telle enseigne, qu’il écrira même plus tard s’être doté d’« une incapacité constitutive à sympathiser avec les chiens d’en haut et [d’]un tempérament à ne faire confiance à aucun d’entre eux ». (extrait de la préface)
Membre du Centre de sociologie européenne, François Denord, qui a préfacé et actualisé ce livre, travaille sur les idéologies économiques et la structure des élites dirigeantes en France.

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