"Je ne dis pas que l’État est la solution de tous les problèmes, mais l’État est une des seules armes que nous ayons pour contrôler toutes sortes de fonctionnement et de processus tout à fait vitaux, et en particulier tous ceux qui touchent à l’intérêt général et aux services publics. Je suis tout à fait favorable à la création d’un État transnational ou mondial. Mais, dans l’état actuel, c’est une utopie. Cela dit, la taxe Tobin, c’est un pas vers l’État mondial. Keynes disait déjà qu’il fallait faire une banque mondiale, ce qui va dans le sens de l’État mondial. Et il faudrait ensuite pouvoir contrôler cette banque, et prélever les impôts pour l’alimenter. Mais peut-être est-ce une utopie un peu folle. En attendant cet État mondial, je pense que les États nationaux sont le seul instrument que nous ayons pour opérer une redistribution raisonnable des revenus des plus riches aux plus pauvres, pour égaliser les chances d’accès à l’économie, à la culture. Donc, on ne peut dire qu’on va se passer de l’État.
En tout cas, ce qui est sûr, c’est que les conséquences de la destruction de l’État, on ne les verra que dans vingt ans. Par exemple, dans vingt ans on dira que le taux de cancer a augmenté dans les villes en liaison avec la pollution. Je trouve anormal que les médecins ne le disent pas maintenant. (On commence à dire très prudemment que le taux d’asthmatiques parmi les enfants a très fortement augmenté en liaison avec la pollution.)"
Bourdieu, Entretien du 26 janvier 2000 par Bertrand Chung, Mondialisation et domination : de la finance à la culture, Cités, 2012/3 (n° 51), Bourdieu politique , PUF, 2012, p.133

mardi 2 janvier 2018

Jacques Dubois, Tout le reste est littérature, Entretiens avec Laurent Demoulin

Jacques Dubois
Tout le reste est littérature
Entretiens avec Laurent Demoulin
Les impressions nouvelles
Réflexions faites
2017

Présentation de l'éditeur
Dans ce recueil d’entretiens, Jacques Dubois répond, sans complaisance et sans tabou, aux questions de Laurent Demoulin, qui conduit la conversation avec beaucoup d’intelligence et de verve.
Il évoque d’abord son milieu familial et social, son père instituteur communiste, sa mère pleine d’ambition pour ses fils, les premières lectures… Ensuite, est commentée une carrière étonnamment diverse. Dubois ne s’est pas contenté d’enseigner la littérature française des XIXe et XXe siècles à l’Université de Liège, il a aussi été professeur aux États-Unis, en Suisse, au Québec, à Paris ou à Madagascar. Il a par ailleurs développé une activité scientifique de premier plan en participant à l’aventure du Groupe µ et de sa Rhétorique générale, puis en publiant de nombreux ouvrages sur la littérature en référence à une sociologie, du Roman policier ou la modernité aux Figures du désir en passant par Pour Albertine. À quoi s’ajoute l’édition en Pléiade de l’œuvre de Georges Simenon (avec Benoît Denis). Jacques Dubois a aussi dirigé le quotidien La Wallonie ; il a contribué à la naissance de collections dont « Espace Nord » chez Labor et « Points Lettres » au Seuil, et a été un des rédacteurs du Manifeste pour la culture wallonne de 1982. Ces activités ne sont pas narrées froidement : elles donnent lieu à des anecdotes succulentes et à maintes réflexions.
Mais il est question aussi des hommes et des femmes rencontrés par Dubois au fil du temps : parmi eux, Pierre Bourdieu occupe une place éminente aux côtés de personnalités aussi diverses qu’Hubert Nyssen ou Brigitte Lahaie !
Avant tout, pour Jacques Dubois la littérature est une raison de vivre et de combattre qu’il a aimé partager, ici même, avec Laurent Demoulin.

 

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