Pierre Bourdieu, in Pour un mouvement social européen,
Le Monde Diplomatique, juin 1999 — Pages 1, 16 et 17, aussi in Contre-feux 2, Raisons d'agir, 2001, p. 13-23

"L'histoire sociale enseigne qu'il n'y a pas de politique sociale sans un mouvement social capable de l'imposer ( et que ce n'est pas le marché, comme on tente de le faire croire aujourd'hui, mais le mouvement social qui a « civilisé » l'économie de marché, tout en contribuant grandement à son efficacité ). En conséquence, la question, pour tous ceux qui veulent réellement opposer une Europe sociale à une Europe des banques et de la monnaie, flanquée d'une Europe policière et pénitentiaire ( déjà très avancée ) et d'une Europe militaire ( conséquence probable de l'intervention au Kosovo ), est de savoir comment mobiliser les forces capables de parvenir à cette fin et à quelles instances demander ce travail de mobilisation. "


jeudi 10 juin 2010

Re-découvrir: Jules Vuillemin, Nécessité ou contingence


Jules Vuillemin
Nécessité ou contingence
L’aporie de Diodore et les systèmes philosophiques avec un index des citations, des matières et des noms propres

Collection « Le sens commun »
Minuit
1984



Présentation de l'éditeur
Les conditions qui rendent possible un acte libre existent-elles dans la nature et en nous-mêmes ? Y a-t-il nécessité ou contingence ?
Un philosophe grec du nom de Diodore Kronos, à peu près contemporain d’Aristote, a formulé une aporie connue sous le nom d’argument dominateur. C’est un fait que les anciens ont considéré cette aporie comme valide. À leurs yeux, elle démontrait l’incompatibilité de plusieurs principes dont on s’accorde à trouver la présence dans les conditions d’un acte libre et que le bon sens est porté spontanément à tenir pour vrais. Réduits à l’essentiel, voici ces principes :
a) Le passé étant irrévocable, seul un événement futur peut être possible.
b) Un impossible ne peut pas être la conséquence logique d’un possible.
c) Il y a un possible dont la réalisation n’a jamais lieu, ni dans le présent, ni dans le futur.
d) Ce qui est, est nécessairement pendant qu’il est.
C’est encore un fait, historiquement attesté, que, en réponse à la question de la nécessité ou de la contingence, les philosophes de l’Antiquité ont élaboré plusieurs solutions mutuellement exclusives en procédant comme on fait, en mathématiques, lorsqu’il s’agit d’accommoder un système d’axiomes démontré incohérent. Ils ont sacrifié l’un d’eux pour sauver ceux qui leur paraissaient inattaquables.

‑‑‑‑‑ Table des matières ‑‑‑‑‑

Introduction
I. Objet et plan de ce livre –II. Méthode suivie dans les trois premières parties : l’analyse des systèmes – III. Examen de quelques questions préalables. Réponses à ces questions – IV. introduction de la méthode synthétique dans la quatrième partie

Première partie : L’argument dominateur
Chapitre I : L’argument dominateur. Sur quelques interprétations passées et sur leurs défauts. Conditions que doit remplir une interprétation acceptable
1. Le texte d’Épictète chronologique – 2. L’interprétation de Zeller. Confusion du logique et du chronologique – 3. Ambiguïté dans la première prémisse : nécessité et irrévocabilité. Signification de la première prémisse – 4. L’interprétation de Prior ; elle contient deux prémisses supplémentaires dont l’une est explicitement rejetée par Aristote, elle suppose ambiguë la première prémisse
Chapitre II : Reconstruction du dominateur
5. Un paradigme aristotélicien : De Caelo, I, 283b 6-17. Son contexte – 6. Le principe de conservation du statut modal – 7. Le principe de la réalisation possible du possible – 8. Le principe de nécessité conditionnelle – 9. L’irrévocabilité du passé ou le principe de l’impossibilité de réaliser le possible dans le passé – 10. Le principe de l’expansion diachronique de la nécessité – 11. Première reconstruction de la démonstration du De Caelo. Un sophisme dans la distribution des modalités ? – 12. Seconde reconstruction de la démonstration du De Caelo : l’addition du principe de la nécessité conditionnelle la rend légitime – 13. La troisième prémisse du dominateur – 14. Première reconstruction du dominateur : un sophisme dans la distribution des modalités ? – 15. Seconde reconstruction du dominateur : l’addition du principe de nécessité conditionnelle la rend légitime – Appendice

Seconde partie :
Les systèmes de la nécessité : mégariques et stoïques
Chapitre III : Un système de fatalisme logique : Diodore Kronos
16. La solution de Diodore – 17. Deux interprétations possibles quant à l’objet des modalités diodoréennes : interprétation nominaliste et interprétation réaliste – 18. Signification de l’implication diodoréenne – 19. Le nominalisme de Diodore 20. Le nécessitarisme de Diodore

Chapitre IV : Éternel retour et temps cyclique : la solution de Cléanthe
21. Première conjecture. Nécessité du passé secundum vocem et secundum rem : la conception d’Ockham dans l’hypothèse de la reconstruction de Prior. Modalité de dicto et modalité de re – 22. Insuffisance de la solution d’Ockham. Mise en cause. du principe de nécessité conditionnelle :Jean Duns Scot – 23. Retour à Cléanthe et seconde conjecture : caractère conditionnel de la nécessité du passé selon Cléanthe ; l’interprétation de Leibniz – 24. Troisième conjecture : temps cyclique et conception numérique de l’identité des êtres dans l’éternel retour

Chapitre V : La liberté comme élément du destin : Chrysippe
25. Les doutes de Chrysippe portent sur la lettre, c’est-à-dire sur la forme négative de la seconde prémisse du Dominateur, non sur sa forme positive – 26. Doute de Chrysippe sur la définition croisée des modalités. De ce qu’il n’est pas possible qu’un événement ait lieu, on ne peut conclure à la nécessité de son contraire – 27. Le système non canonique des modalités selon Chrysippe – 28. Un système apparenté au système « Q » de Prior

Troisième partie :
Les systèmes de la contingence : lycée, jardin, académie
Chapitre VI : Aristote. Vers une réhabilitation de l’opinion comme connaissance probable des choses contingentes
29. Le chapitre IX du De Interpretatione – 30. Articulation du texte. L’introduction (18a 28-34). Le problème posé – 31. Validité des principes de non-contradiction et du tiers exclu (18a 38 et 18b 17-25) – 32. Examen et critique de la théorie mégarique (18a 34-18b 17 et 18b 25-19a 22) – 33. Solution d’Aristote (19a°22-19b 4) : nécessité conditionnelle et exceptions au principe de bivalence – 34. La conception générale d’Aristote confirme la solution donnée dans le De Interpretatione : différence entre Aristote et Diodore Kronos – 35. Première hypothèse interprétative. plus de deux valeurs de vérité – 36. Deuxième hypothèse interprétative : propositions sans valeur de vérité déterminée – 37. Troisième hypothèse interprétative : la probabilité

Chapitre VII : Épicure et l’intuitionnisme
38. Première interprétation logique de la négation épicurienne du tiers-exclu : la logique à trois valeurs de Lukasiewicz ; raisons de rejeter cette solution – 39. Deuxième interprétation logique de la négation épicurienne du tiers-exclu : le système intuitionniste – 40. Les « critères » épicuriens sont-ils compatibles avec l’intuitionnisme ? – 41. Conséquences des critères épicuriens : pluralité des hypothèses et rejet du tiers-exclu – 42. Le Dominateur et l’épicurisme – 43. Autres conceptions intuitionnistes de la réalité : Descartes et Kant

Chapitre VIII : Carnéade et le nominalisme sceptique des modalités
44. Quelle est la relation entre le principe du tiers-exclu et le principe de causalité (De Fato, X-XII) ? – 45. Mise en cause de la définition dogmatique donnée par Aristote de la vérité (De Fato, XIV) – 46. Carnéade et le Dominateur (De Fato, IX) – 47. De Carnéade aux logiques à noms « fictifs » : l’amplification chez Buridan – 48. Carnéade n’abandonne pas le principe de nécessité conditionnelle ; il le prive seulement de la portée ontologique que lui confère l’interprétation dogmatique de la vérité

Chapitre IX : Platonisme et nécessité conditionnelle
49. Le platonisme et le principe de nécessité conditionnelle – 50. Conséquences de la liaison entre nécessité conditionnelle et substantialité du sensible sur la modalité, la causalité et la liberté – 51. Conséquences que l’abandon du principe de nécessité conditionnelle et de la substantialité du sensible entraîne pour la modalité, la causalité et la liberté chez Platon et les platoniciens. Le même abandon, principe de conséquences semblables chez Jean Duns Scot

Quatrième partie :
Classification synthétique des systèmes de la modalité
Chapitre X : Assertion, modalité et loi naturelle
52. Analyse et synthèse ; plan de la quatrième partie – 53. Classification des assertions fondamentales – 54. Esquisse d’une classification des systèmes philosophiques – 55. Les modalités comme constituants des lois naturelles ; principe de leur classification philosophique – 56. Les lois classificatoires : I. Réalisme et validité. II. Réalisme et validité approchée des lois naturelles III. Les classifications naturelles : taxinomies conceptualistes, généalogies et tableaux périodiques du nominalisme des choses – 57. Les lois causales : I. Les lois de l’accident : lois du signe parfait et extrémales conceptualistes. II. Réductions élémentaires du nominalisme des choses. III. Nominalisme des événements et lois de champ – 58. Les règles et les systèmes de l’examen : I. Intuitionnisme, lois, constructions : A. La validité intuititionniste. B. Esquisse d’une histoire de l’intuititionnisme physique. C. Trois exemples. II. Le scepticisme : la loi comme convergence vers une même probabilité a posteriori – 59. Application de la précédente classification aux solutions du Dominateur

Chapitre XI : Aperçu sur la classification des systèmes philosophiques dans leur rapport avec la question de la nécessité et de la contingence
60. Retentissement de l’ordre synthétique sur les matériaux disposés suivant la méthode analytique – 61. Le Réalisme – 62. Le Conceptualisme – 63. Le Nominalisme – 64. L’Intuitionnisme – 65. Le Scepticisme

Index des citations des textes antiques et médiévaux – Index des noms propres – Index des matières – Bibliographie

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