Pierre Bourdieu. Contre-feux, Éditions Raisons d’agir, 1998, p.100

‘‘Contre ce régime politique [le néolibéralisme], la lutte politique est possible. Elle peut se donner pour fin d’abord, comme l'action caritative ou caritativo-militante, d’encourager les victimes de l’exploitation, tous les précaires actuels et potentiels, à travailler en commun contre les effets destructeurs de la précarité (en les aidant à vivre, à « tenir » et à se tenir, à sauver leur dignité, à résister à la déstructuration, à la dégradation de l’image de soi, à l’aliénation), et surtout à se mobiliser, à l’échelle internationale, c’est-à-dire au niveau même où s’exercent les effets de la politique de précarisation, pour combattre cette politique et neutraliser la concurrence qu’elle vise à instaurer entre les travailleurs des différents pays’’.



dimanche 13 septembre 2009

Savoir/agir n°9, Les salaires de la peur





Sylvain Laurens - Romain Bertrand
Savoir/agir n°9
Éditions du Croquant
ISBN : 978-2-9149-6859-1
Les salaires de la peur


Criminologues de tous poils, experts en « risque terroriste », praticiens de la « géopolitique de la menace islamiste » : le champ politique et médiatique regorge de plus en plus de spécialistes, bardés de titres aussi nombreux que cryptiques, qui s’évertuent à rendre sensibles les multiples « menaces » censées peser sur notre quotidien démocratique. Rattachés à des instituts d’analyse stratégique autoproclamés, alimentant les rapports produits par des think tanks souvent liés aux administrations publiques répressives, ces experts de la peur apparaissent cycliquement, à l’occasion du drame d’un crime ou d’un attentat, sur les plateaux des journaux télévisés et dans les talk-shows. « Tireurs d’alarmes » qui ne résonnent que par leurs soins particuliers, ils sont cependant rarement pris eux-mêmes pour objet d’une réflexion critique sur les conditions de production et de circulation des discours de la menace antidémocratique.
Ce numéro de Savoir/Agir se propose de revenir en détail sur les trajectoires et le rôle joué dans le champ politique par ces acteurs, qui interviennent de façon récurrente dans le débat public au nom de leur connaissance dite spécifique d’un « risque collectif majeur », d’un « enjeu de société préoccupant ». Il passe au crible de l’enquête sociologique les spécialistes de la « sécurité », de la « banlieue », du « terrorisme islamiste », et propose ainsi une réflexion générale sur ceux qui tirent – selon les mots de Marx – un « bénéfice secondaire du crime ». Les contributeurs réunis dans ce numéro montrent, chacun à partir de son travail d’enquête, comment ces acteurs réussissent à faire exister, au sein de l’espace public, le besoin de leurs propres « compétences », et comment ils contribuent ainsi fréquemment à durcir et à consolider des représentations – du caractère « criminogène » des classes populaires ou de la dimension intrinsèquement guerrière de l’islam – pourtant invalidées depuis des décennies déjà par les sciences sociales.

Et les rubriques habituelles : Paroles, La rhétorique réactionnaire, Chronique de la gauche de gauche, Actualité, Europe, Politiques d’ailleurs, Alterindicateurs, Culture.

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