Pierre Bourdieu. Contre-feux, Éditions Raisons d’agir, 1998, p.100

‘‘Contre ce régime politique [le néolibéralisme], la lutte politique est possible. Elle peut se donner pour fin d’abord, comme l'action caritative ou caritativo-militante, d’encourager les victimes de l’exploitation, tous les précaires actuels et potentiels, à travailler en commun contre les effets destructeurs de la précarité (en les aidant à vivre, à « tenir » et à se tenir, à sauver leur dignité, à résister à la déstructuration, à la dégradation de l’image de soi, à l’aliénation), et surtout à se mobiliser, à l’échelle internationale, c’est-à-dire au niveau même où s’exercent les effets de la politique de précarisation, pour combattre cette politique et neutraliser la concurrence qu’elle vise à instaurer entre les travailleurs des différents pays’’.



mardi 25 octobre 2016

Frédéric Rasera, Des footballeurs au travail. Au cœur d’un club professionnel

Frédéric Rasera
Des footballeurs au travail
Au cœur d’un club professionnel
Agone
L’Ordre des choses
2016

Présentation de l'éditeur
« En entrant dans la salle de détente, le coach interpelle les quatre joueurs avec un léger sourire au coin des lèvres : “Vous êtes racistes, à rester ensemble là ?” Ils sont tous noirs de peau. Henri rétorque, provoquant le fou rire de ses trois collègues : “Non, Fabrice il n’est pas black, c’est un Bounty !” Cette expression signifiant “noir à l’extérieur, blanc à l’intérieur“souligne que Fabrice, certes né au Congo, a grandi en France. Décontenancé, le coach ressort ; mais un des entraîneurs adjoints revient aussitôt après, plus énervé : “Henri je ne rigole pas ! Ça m’énerve de vous voir comme ça, entre vous !” Et Fabrice, lui tournant le dos, de répondre en rigolant : “Nous on ne peut pas parler avec eux, ils parlent des voitures qu’ils vont acheter, des maisons… Nous on ne peut pas, on est des piétons !” »
Loin des clichés de l’enfant gâté ou du sportif passionné, les joueurs des équipes professionnelles sont engagés dans un espace où les rapports de domination et les inégalités entre travailleurs pèsent d’un poids considérable. À partir d’une immersion de plus de trois ans dans le quotidien de footballeurs appartenant à un club professionnel français, ce livre nous fait entrer dans les coulisses d’une de ces entreprises du spectacle sportif pour y disséquer les différentes facettes du travail des footballeurs, qu’il s’agisse du poids de contrôle du « staff », de la mise à l’épreuve des corps, de la porosité des frontières entre travail et vie privée, ou bien encore des logiques de sélection avant chaque match.
Frédéric Rasera est sociologue, enseignant à l’université Lyon 2 et membre du centre Max Weber.  

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