"Je ne dis pas que l’État est la solution de tous les problèmes, mais l’État est une des seules armes que nous ayons pour contrôler toutes sortes de fonctionnement et de processus tout à fait vitaux, et en particulier tous ceux qui touchent à l’intérêt général et aux services publics. Je suis tout à fait favorable à la création d’un État transnational ou mondial. Mais, dans l’état actuel, c’est une utopie. Cela dit, la taxe Tobin, c’est un pas vers l’État mondial. Keynes disait déjà qu’il fallait faire une banque mondiale, ce qui va dans le sens de l’État mondial. Et il faudrait ensuite pouvoir contrôler cette banque, et prélever les impôts pour l’alimenter. Mais peut-être est-ce une utopie un peu folle. En attendant cet État mondial, je pense que les États nationaux sont le seul instrument que nous ayons pour opérer une redistribution raisonnable des revenus des plus riches aux plus pauvres, pour égaliser les chances d’accès à l’économie, à la culture. Donc, on ne peut dire qu’on va se passer de l’État.
En tout cas, ce qui est sûr, c’est que les conséquences de la destruction de l’État, on ne les verra que dans vingt ans. Par exemple, dans vingt ans on dira que le taux de cancer a augmenté dans les villes en liaison avec la pollution. Je trouve anormal que les médecins ne le disent pas maintenant. (On commence à dire très prudemment que le taux d’asthmatiques parmi les enfants a très fortement augmenté en liaison avec la pollution.)"
Bourdieu, Entretien du 26 janvier 2000 par Bertrand Chung, Mondialisation et domination : de la finance à la culture, Cités, 2012/3 (n° 51), Bourdieu politique , PUF, 2012, p.133

lundi 24 mai 2010

entretien: Pierre Bourdieu, "Tout est social"


"Tout est social", entretien avec Pierre Bourdieu, propos recueillis par Pierre-Marc de Biasi
in Magazine Littéraire n°303, octobre 1992

voir, ci-dessous, le commentaire de Bourdieu (entretien avec Yvette Delsaut in Biliographie de Pierre Bourdieu, Le Temps des Cerises, 2002, P.227) à propos de la publication de cet entretien:
"P.B. Oui. Mais "assumé par moi", ça ne veut pas dire, comme on a tendance à le penser, que j'entends exercer une censure en donnant ou refusant l'imprimatur. Non, il y a des critères: d'abord c'est de moi ou pas de moi, deuxièmement c'est de moi et transcrit correctement, sans déformations, stylistiques surtout-j'ai horreur du faux oral vulgaire, de mauvaise dissert, que me prêtent souvent les intervieweurs, même de haute volée: je pense à un entretien paru dans le Magazine littéraire et que je n'ai pas osé corriger autant qu'il l'aurait fallu (les gens, bien souvent, transcrivent non pas ce que j'ai dit, et qui est peut-être, à première vue au moins, un peu saugrenu, mais ce qu'ils ont entendu, et, malgré mes recommandations- je demande toujours la stricte littéralité-, ils croient bien faire de me corriger); et enfin, si c'est traduit, que ce soit bien traduit. Il y a des choses qui circulent, avant révision, c'est-à-dire avant ce travail de mise au point."

La version complète de l'entretien de Pierre Bourdieu avec Pierre-Marc de Biasi vient de paraître in Bourdieu et la littérature, éditions Cécile Defaut, 2010, p.245-290.

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