« Je pense que les peuples ont pris conscience du fait qu’ils avaient des intérêts communs et qu’il y avait des intérêts planétaires qui sont liés à l’existence de la terre, des intérêts que l’on pourrait appeler cosmologiques, dans la mesure où ils concernent le monde dans son ensemble ».
Pierre Bourdieu (1992)


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samedi 30 mars 2019

vidéo en français et en japonais: interview de Pierre Bourdieu, par Haruhisa KATO, NHK, 1994

 interview de Pierre Bourdieu , par Haruhisa KATO ,  NHK  
11 et 12 mai 1994
1994年 4月、パリでNHK教育テレビ ETV特集インタビューを収録(45分2本。5月11日と12日に放送)。

(merci à Kuroki Tomooki pour la traduction des informations concernant cette video: nom de l'interviewer, titre de l'entretien, et date de diffusion)


voir également:

Pierre Bourdieu, la domination masculine, The Open University of Japan, 1994 (1)
Pierre Bourdieu, la domination masculine, The Open University of Japan, 1994 (2)

vidéos: Pierre Bourdieu présente son travail à un public étranger (entretiens avec Haruhisa Kato, Konstantinos Tsoukalas et Maria Andréa Loyola)

 

 

 

 

 

samedi 16 mars 2019

Bourdieu : "Il y a de nombreuses années, ils ont dit que j'exagérais parce que j'avais expliqué lors d'une conférence que s'ils continuaient à pratiquer l'agriculture actuelle, les différences disparaîtraient. Le Bourgogne serait le même que le Bordeaux, même les vins finiraient par se ressembler" (Interview de Martín Granovsky, 10 juin 2001)


"–¿En qué perjudica la mundialización?
–Hace muchos años dijeron que yo exageraba porque expliqué en una conferencia que si continuaban practicando la agricultura actual desaparecerían las diferencias. Borgoña sería lo mismo que Bordeaux, y hasta los vinos terminarían pareciéndose.
–¿Cómo sucedería eso? 
–Por la destrucción de la capa superficial de la tierra. Bueno, resulta que eso empezó a pasar. La gente pregunta: ¿ahora qué hacemos? Les contesto: reconstruyamos el suelo, pongamos gusanos.
–¿Por qué le interesa tanto mantener las diferencias?
–Porque sería una lástima perderlas.
–¿Por qué un francés debería preocuparse tanto como usted de conservar las diferencias entre Borgoña y Bordeaux?
–Porque en la diferencia está el gusto. A más diferencia, más gusto. ¿Acaso a alguien le gusta comer un solo tipo de manzana?
–Usted dice que presentar la mundialización como algo fatal es un acto deliberado. ¿Cómo podría generarse una oposición a los efectos más dañinos de la mundialización? ¿Quiénes deberían empezar?
–Los que se den cuenta de los costos escondidos de la ganancia maximizada. Antes en los Estados Unidos decían: “Lo que es bueno para Ford, es bueno para los norteamericanos”. Ahora en todo el mundo se dice: “Lo que es bueno para la economía es bueno para todos”. Y no es así. No hay provecho para todos."
Lire l'entretien complet: Pierre Bourdieu, Entrevista de Martín Granovsky; LA GLOBALIZACIÓN SEGÚN BORDIEU, en Pagina 12, Buenos Aires, 10 junio 2001.



vendredi 30 mars 2018

Pierre Bourdieu, à propos du conflit israélo-palestinien


Pierre Bourdieu, à propos du  conflit israélo-palestinien

"Je ne me sens pas capable, évidemment, de suggérer la moindre solution, ou même de choisir entre les différentes solutions possibles. Mais je crois qu'il est urgent que l'ensemble des forces progressistes du monde entier s'enhardissent à transgresser le tabou savamment entretenu qui entoure le problème israélo-palestinien pour s'emparer de ce problème, ne serait-ce que pour rompre le faux face-à-face entre les deux protagonistes et leurs protecteurs, américains et arabes, si tragiquement inégaux. Je crois aussi qu'elles doivent, dans l'intérêt des Israéliens autant que des Palestiniens, dénoncer impitoyablement tous les abus de pouvoir commis par les Israéliens, confiscations de terres, violences dans la répression, etc. et mener la lutte symbolique aussi bien contre l'effacement de l'histoire palestinienne que contre la propagande anti-arabe et anti-islamique qui, sous prétexte de mener le combat contre l'intégrisme islamique, hante en permanence les médias (et qui a des effets aussi funestes, en Europe même, dans les rapports avec les immigrés, qu'en Israël ou aux Etats-Unis). Je crois enfin, mais j'ai conscience, ici, de m'aventurer bien au delà des limites de ma connaissance du problème, que plutôt que de séparer les Israéliens et les Arabes (comme semblent le vouloir les Israéliens), dans une sorte de recherche de la pureté ou de la purification ethnique parfaitement absurde (surtout, évidemment, pour les Palestiniens, dont les territoires sont réduits à l'état d'enclaves misérables, toujours suspendues à la bonne volonté de la puissance dominante), il vaudrait mieux, comme le suggère Edward Saïd, intégrer les deux peuples ou, mieux, pour tenter d'échapper à la logique des "communautés" (de sang? de race? de religion? autant de fondements qui ne sont pas très Aufklärung), réunir les deux ensembles de citoyens libres et égaux au sein d'une démocratie laïque, affranchie des critères ethniques et religieux et capable d'inventer les moyens d'organiser la compétition démocratique (dont la coexistence pacifique) entre les intérêts et les idéaux qui unissent et séparent à la fois des concitoyens. Utopie, peut-être, mais quel exemple pour le Moyen Orient! " in Entretien avec Pierre Bourdieu. Un sociologue dans le monde, Revue d'études palestiniennes n° 74, 2000, p.12

Entretien avec Pierre Bourdieu. Un sociologue dans le monde (entretien avec C. Lévy, F. Mardam-Bey, E. Sanbar), in Revue d'études palestiniennes n° 74, 2000, p.3-13

lundi 1 juillet 2013

en ligne: Pierre Bourdieu, "Secouez un peu vos structures!" (entretien, juillet 2001)



Pierre Bourdieu, "Secouez un peu vos structures!", entretien publié (P.325-341) in



LE SYMBOLIQUE ET LE SOCIAL

LA RÉCEPTION INTERNATIONALE DU TRAVAIL DE PIERRE BOURDIEU

Sous la direction de Jacques Dubois, Pascal Durand et Yves Winkin
Éditions de l'Université de Liège
Coll. "Sociopolis"
2005

jeudi 1 septembre 2011

Publications de Pierre Bourdieu: à propos de Flaubert


Publications de Pierre Bourdieu 
à propos de Flaubert



(Cette liste de publications sera mise à jour au fur et à mesure,  version augmentée le 11.04.2017,  Gilbert Quélennec)
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L'invention de la vie d'artiste, Actes de la recherche en sciences sociales, 1975, Numéro 1.2, pp. 67-93,  aussi in Les règles de l'art. Genèse et structure du champ littéraire, Seuil, 1992, Points Essais, 1998, "Flaubert analyste de Flaubert"

La Distinction. Critique sociale du jugement, Minuit, Le sens commun, 1979, p.98, 249-250, 478n, 505n

Ce que parler veut dire, Fayard, 1982, P.166

Questions de sociologie, Minuit, 1980, p.141-142, 167, 212-214

Sociologie générale, Vol. 1. Cours au Collège de France, 1981-1983, Seuil/Raisons d'agir, Cours & Travaux, 2015, p.243, 246, 425, 447, 515, 556n3, 577, 584-585, 588-589, 604n1, 611, 613, 663n1, 678

Homo academicus, Minuit, Le sens commun, 1984, p.72, 195, 208

Sociologie générale, Vol. 2. Cours au Collège de France, 1983-1986, Seuil/Raisons d'agir, Cours & Travaux, 2016, p.90,145, 168, 274, 324, 337, 484, 532, 669-670, 673, 675, 678, 717, 877, 891-893, 931, 963, 1050, 1068, 1087, 1089

écouter: Manet, Flaubert et Michelet, entretien avec l'historien Roger CHARTIER (1988).
Les chemins de la connaissance - partie 5, entretien publié in Pierre Bourdieu - Roger Chartier L’historien et le sociologue, P.89-104., AGONE Co-édition avec Raisons d’agir et l’Ina éditions, 2010

Flaubert’s Point of View, Critical Inquiry, 14 (1988), 539–562, aussi in Les règles de l'art

L'ontologie politique de Martin Heidegger, Minuit, Le sens commun, 1988, p.111

Invitation à la sociologie réflexive (avec Loïc Wacquant) , deuxième édition, traduction intégrale, corrigée et augmentée, (première édition en 1992 au Seuil dans une version abrégée), Seuil, Liber, 2014, p.117, 130, 134, 145, 183, 204-205, 240, 261-263, 266, 282

Sur l'Etat. Cours au Collège de France 1989-1992, Raisons d'agir/Seuil, Cours & Travaux, 2012, p.153, 376, 492

Les règles de l'art. Genèse et structure du champ littéraire, Seuil, 1992, Points Essais, 1998

Flaubert vu par Bourdieu, par Pascale Casanova avec Pierre Bourdieu, Antoine de Gaudemar, Pierre Lepape et Philippe Petit, Les jeudis littéraires, septembre 1992
Rediffusion sous le titre Bourdieu et la littérature, le 7 mars 2002

«il faut que l’intellectuel donne la parole à ceux qui ne l’ont pas», In L’événement du jeudi, 10–16 septembre, 1992, PP.114–116. Propos recueillis par Philippe Petit, sur Les règles de l’art

"Tout est social", entretien avec Pierre Bourdieu, propos recueillis par Pierre-Marc de Biasi
in Magazine Littéraire n°303, octobre 1992, aussi la version complète de l'entretien de Pierre Bourdieu avec Pierre-Marc de Biasi in Bourdieu et la littérature, éditions Cécile Defaut, 2010, p.245-290

La misère du monde, Seuil, 1993,  Points Essais, 1998, p.1421

Raisons pratiques. Sur la théorie de l'action, Seuil, 1994, Points Essais, 1996, p.23, 66, 77, 198

Méditations pascaliennes, Seuil,  Liber, 1997, Points Essais, 2003, p.191

Manuscrit inédit consacré à Flaubert (cité par Pierre Bourdieu, Les grands entretiens du cercle par Laure Adler- 28/04/1998)

Manet. Une révolution symbolique. Cours au Collège de France (1998-2000), Raisons d'agir/Seuil, Cours & Travaux, 2013

Science de la science et réflexivité, Raisons d'agir, Cours & Travaux, 2001, p.184, 214

Interventions 1961-2001. Science sociale et action politique, Agone, 2002, 194, 259

Esquisse pour une auto-analyse, Raisons d'Agir, Cours & Travaux, 2004, p. 86, 124, 141, 142




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voir également:
Publications de Pierre Bourdieu: à propos de Baudelaire

Publications de Pierre Bourdieu: à propos de Mallarmé

Publications de Pierre Bourdieu: L'économie des biens symboliques

Publications de Pierre Bourdieu: La notion de Révolution symbolique

Publications de Pierre Bourdieu: Sur la Culture (sociologie, champ, revue Liber, Parlement International des Ecrivains, la culture est en danger, livres)


dimanche 26 septembre 2010

Entretien avec Louis Pinto : autour de la Théorie souveraine + Recensions et notes critiques


Entretien avec Louis Pinto : autour de La Théorie souveraine. Les philosophes français et la sociologie au XXème siècle, Éditions du Cerf, par Nicolas Rousseau, Actu-Philosophia, 19 octobre 2009









Pour une sociologie de la philosophie.
par Delphine Thivet (CMH-IRIS/EHESS)

(Louis Pinto, La théorie souveraine. Les philosophes français et la sociologie au XXe siècle, Paris, Les éditions du Cerf, 2009, 382 p.
Louis Pinto, La vocation et le métier de philosophe. Pour une sociologie de la philosophie dans la France contemporaine, coll. "Liber", Paris, Éditions du Seuil, 2007, 312 p.)
Transeo Review






voir également:



Louis Pinto : Le collectif et l’individuel. Considérations durkheimiennes, Raisons d'Agir, par Nicolas Rousseau, Actu-Philosophia, 22 septembre 2010.





Louis Pinto, sociologue, directeur de recherche au CNRS, travaille sur différents domaines, la presse, les intellectuels, l’enseignement, la philosophie, le « mouvement consommateur ».

lundi 13 septembre 2010

entretien: Questions à Pierre Bourdieu (G. Mauger et L. Pinto)

Questions à Pierre Bourdieu in Lire les sciences sociales, 1989-1992, textes rassemblés par Gérard Mauger et Louis Pinto, Belin, 1994, P.311-332.
Présentation et questions par Gérard Mauger et Louis Pinto à propos de Réponses. Pour une anthropologie réflexive, Pierre Bourdieu avec Loïc Wacquant, Seuil, 1992. (Une nouvelle édition de Réponses est à paraître)

lundi 30 août 2010

audio-video: Entretien avec Pierre Bourdieu, à Millau



Pierre Bourdieu à Millau le 30 juin 2000
Entretien réalisé par Louis Zollet (partie en français) pour l'association de Soutien à la production indépendante de documentaires (SPID)

1[Ecouter] ( 2'07'')

2[Ecouter] ( 1'34'')

3[Ecouter] ( 8'34'')

4[Ecouter] ( 0'32'')

5[Ecouter] ( 1'57'')

6[Ecouter] ( 2'40'')

7[Ecouter] ( 0'48'')

Entretien réalisé par Chris Arden (partie en anglais) pour l'association de Soutien à la production indépendante de documentaires (SPID)

8[Listen] ( 06:22)



(Source : Agence multimédia d'information citoyenne)

mardi 13 juillet 2010

Bande-annonce et entretiens: Fin de concession, Annie Gonzalez et Pierre Carles

voir la bande annonce du nouveau film de Pierre Carles Fin de concession

Pierre Carles : « L’humour est une arme subversive », par Xavier Frison, Politis, n°1084, jeudi 7 janvier 2010

Entretien avec Annie Gonzalez & Pierre Carles, deux tricards du petit écran, par JBB, Article XI, 7 décembre 2009



Pierre Carles
Fin de concession


SORTIE EN SALLES FIN 2010
Préacheter le Dvd est un acte de soutien à nos productions. (Vente en France uniquement). Vous le recevrez quatre mois après la sortie en salles.
> Pour toute demande d’informations, merci de contacter CP-Productions cp-productions@wanadoo.fr

Un film de Pierre Carles
produit par Annie Gonzalez
monté par Bernard Sasia

avec la participation plus ou moins volontaire de :
Hervé Bourges, Jean-Marie Cavada, Jacques Chancel, Michèle Cotta, Jean-Pierre Elkabbach, Franz-Olivier Giesbert, Xavier Gouyou Beauchamps, Elise Lucet, Etienne Mougeotte, Audrey Pulvar, Bernard Tapie, Charles Villeneuve, Karl Zéro…
2h05 / France / 2010

Les médias mentent. Grossièrement comme lorsque PPDA fabrique une fausse interview de Fidel Castro, ou bien par omission lorsque aucune chaîne de télévision n’a idée d’enquêter sur les conditions de l’attribution de la concession de TF1 au groupe Bouygues, ni sur les renvois d’ascenseur entre Martin Bouygues et un certain… Nicolas Sarkozy.
Reprenant son bâton de pèlerin de critique des médias, Pierre Carles repart à l’assaut des responsables de l’information pour amener ceux-ci à reconnaître leurs mensonges, à dévoiler leur connivence avec le pouvoir politico-économique.
Au fur et à mesure que Carles et son double, l’improbable caméraman uruguayen Carlos Pedro, règlent leur compte aux dinosaures de l’audiovisuel, l’ex chevalier blanc de la télévision découvre à quel point ces dirigeants savent désormais esquiver, contrer ou digérer la critique des médias. Quinze ans après s’être attaqué à Canal + et avoir ridiculisé de hauts responsables de l’information, lui et ses complices sont amenés à se poser des questions sur l’efficacité de leurs méthodes. Ont-ils perdu la bataille ? Doivent-il s’avouer vaincus ? Ou faut-il changer de méthode et s’y prendre autrement avec les puissants ?

lundi 12 juillet 2010

De la règle aux stratégies : entretien avec Pierre Bourdieu


De la règle aux stratégies : entretien avec Pierre Bourdieu


Référence papier
Bourdieu P. & P. Lamaison, 1985, « De la règle aux stratégies : entretien avec P. Bourdieu », Terrain, n° 4, pp. 93-100.

Référence électronique
Pierre Bourdieu et Pierre Lamaison, « Nouvelles de... », Terrain, numero-4 - Famille et parenté (mars 1985), [En ligne], mis en ligne le 23 juillet 2007. URL : http://terrain.revues.org/index2875.html. Consulté le 10 juillet 2010.

lundi 24 mai 2010

entretien: Pierre Bourdieu, "Tout est social", propos recueillis par Pierre-Marc de Biasi

version revue et actualisée le 19.05.2025, G.Q.

 

"Tout est social", entretien avec Pierre Bourdieu, propos recueillis par Pierre-Marc de Biasi
 dans Le Magazine Littéraire n°303, octobre 1992, aussi en espagnol , Todo es social
dans Bourdieu después de Bourdieu, Arco Libros, 2014, pp. 51-70  (traduction en espagnol par Diana Sanz Roig) 


 
À propos de la publication de cet entretien, voir, ci-dessous, le commentaire de Bourdieu: (entretien avec Yvette Delsaut, dans Biliographie de Pierre Bourdieu, Le Temps des Cerises, 2002, P.227, aussi dans Yvette Delsaut et Marie-Christine Rivière, Pierre Bourdieu, une bibliographie, Raisons d'agir, Cours & Travaux, 2022, p.358-359 )
"P.B. Oui. Mais "assumé par moi", ça ne veut pas dire, comme on a tendance à le penser, que j'entends exercer une censure en donnant ou refusant l'imprimatur. Non, il y a des critères: d'abord c'est de moi ou pas de moi, deuxièmement c'est de moi et transcrit correctement, sans déformations, stylistiques surtout-j'ai horreur du faux oral vulgaire, de mauvaise dissert, que me prêtent souvent les intervieweurs, même de haute volée: je pense à un entretien paru dans le Magazine littéraire et que je n'ai pas osé corriger autant qu'il l'aurait fallu (les gens, bien souvent, transcrivent non pas ce que j'ai dit, et qui est peut-être, à première vue au moins, un peu saugrenu, mais ce qu'ils ont entendu, et, malgré mes recommandations- je demande toujours la stricte littéralité-, ils croient bien faire de me corriger); et enfin, si c'est traduit, que ce soit bien traduit. Il y a des choses qui circulent, avant révision, c'est-à-dire avant ce travail de mise au point."

La version complète de l'entretien de Pierre Bourdieu avec Pierre-Marc de Biasi est paru dans  Bourdieu et la littérature, éditions Cécile Defaut, 2010, p.245-290.

samedi 8 mai 2010

entretien: Pierre Bourdieu, "Misère du Monde et Mouvements sociaux"


Pierre Bourdieu, "Misère du Monde et Mouvements sociaux", entretien avec P. Spadoni
« Les Sentiers de la Colère », L'Esprit Frappeur, 2000, P.15-21.




Patrice Spadoni : - En 1993, "La Misère du monde " brossait un tableau très noir des souffrances engendrées par le nouvel ordre libéral. L’année suivante, ce seront les premières marches contre le chômage, puis en 1995 des grèves notamment cheminotes, suivies par les marches européennes de juin 1997 et le mouvement de chômeurs de l’hiver suivant. De la "misère" aux révoltes, comment comprendre l’émergence et la nature de ce que certains nommeront les "nouveaux mouvements sociaux " ?

Pierre Bourdieu - Quand on parle de "nouveaux mouvements sociaux", on se réfère à l’invention ou parfois la réinvention, de formes d’action qui sont à la fois spécifiques - elles sont centrées sur un secteur particulier : l’emploi, le logement, les sans-papiers...- et à fort contenu symbolique. L’occupation de lieux publics en est l’exemple le plus évident. Dans cette invention, la connaissance du fonctionnement du monde médiatique a, sans doute, joué un rôle décisif. Il s’agit, comme le montre Patrick Champagne dans son livre, Faire l’opinion, de créer l’événement, de dramatiser un enjeu pour focaliser le regard médiatique et, par ricochet, politique. Mais il ne faudrait pas croire que ces mouvements soient de simples artefacts, créés de toutes pièces par une petite minorité en s’appuyant sur les médias. En fait, cet usage réaliste des médias s’est combiné à un travail militant de fond qui, mené de longue date aux marges des mouvements "traditionnels" (partis, syndicats), et parfois avec la collaboration et le soutien d’une fraction (elle-même marginale et minoritaire) de ces mouvements, a trouvé dans diverses conjonctures l’occasion de devenir plus visible, ce qui en a élargi, au moins ponctuellement, la base sociale. Le fait le plus étonnant, et le plus encourageant, c’est que ces mouvements nouveaux, en partie par la seule vertu de leur exemplarité, en partie parce qu’il y a eu des inventions simultanées par-delà les frontières, comme dans le cas des luttes pour le logement, ont immédiatement revêtu une forme internationale.

P.S- Des réquisitions de logements vides organisées par des associations de mal-logés aux occupations d’édifices publics par les mouvements de chômeurs, une sorte de "conquête de la visibilité" semble s’affirmer. Elle est caractérisée par des actions d’un type nouveau, qui manient le spectaculaire et le symbolique. Entre ces entrées "par effraction" sur la scène publique et les pièges d’une logique médiatique, comment décrypter les relations complexes qui se nouent et se dénouent alternativement entre les mouvements sociaux, l’opinion publique, et les grands médias ?

P.B. - La visibilité publique, dont les médias ont la clé, est un élément essentiel, qui fait sans doute la spécificité des nouvelles formes de luttes, qui se nourrissent en effet de leurs succès publics et de la publicité qui leur est ainsi donnée, parfois à contre cœur, par les médias. Le nombre de manifestants importe désormais moins que l’écho médiatique et politique suscité par une manifestation, une action (quelle qu’elle soit, cela peut être un texte dans un journal). Mais l’un des problèmes de ces mouvements vient du fait que la visibilité médiatique est par définition partielle et souvent partiale, et surtout éphémère. Les porte-parole sont interviewés, on passe quelques reportages pathétiques, voire misérabilistes, sur la vie des chômeurs, mais les revendications des mouvements sont rarement prises au sérieux dans les débats publics, du fait, notamment, des limites de la compréhension et de la retransmission médiatique. Les formes de pensée dualistes qui dominent le champ journalistique portent à opposer, sommairement, les chômeurs, rejetés du côté de l’irrationnel et du pathos, et les experts économiques (qui ont en tête la réduction des déficits publics, le coût du travail, etc.), rangés du côté d’une Raison abstraite et rigoureuse... C’est pourquoi il est indispensable de mener, dans la durée, et indépendamment des conjonctures médiatiques, un travail militant et un effort d’élaboration théorique, et de communiquer les résultats de ce travail, en permanence, aux journalistes. Ce qui supposerait que puissent se constituer et s’organiser, au sein même du monde journalistique, des réseaux travaillant en collaboration étroite avec les nouveaux mouvements sociaux

P.S -Les gouvernements sont composés, en France comme dans la plupart des pays d’Europe, par des partis de gauche. Pourtant les inégalités continuent à se creuser, et un processus massif d’exclusion et de précarité se développe partout. Qu’elles en sont les conséquences sur le jeu et sur l’image de la démocratie républicaine et des institutions politiques ?

P.B. - La politique de flexibilisation du marché du travail, qui est présentée comme une réponse des États et des "partenaires sociaux" au taux de chômage élevé en Europe (cf. les lignes directrices du sommet de Luxembourg et, plus récemment, le PARE), a pour conséquence une forte dégradation de la qualité des emplois offerts aux chômeurs, aux jeunes, etc. Les qualifications scolaires sont dévaluées. La réduction du chômage s’accompagne d’une précarisation de masse. Ce nouveau régime économique de flexploitation n’est donc pas non plus contradictoire avec la montée des inégalités de revenus et de patrimoine mais aussi avec l’accroissement des différences dans l’accès à la culture, à l’information, et, plus généralement, pour tout ce qui constitue des ressources réelles face à la violence du système économique et social "mondialisé". Or, vous avez raison, cette politique est aujourd’hui menée le plus souvent par des partis qui portent encore le nom de "sociaux-démocrates" ou "socialistes", même s’ils ont depuis longtemps abandonné tout idéal de justice sociale au profit de l’insertion dans le marché mondial. C’est pourquoi je continue à en appeler à l’émergence d’une "gauche de gauche", capable d’entrer résolument dans l’opposition face aux gouvernements, "pluriels" ou non.

P.S - Les gouvernements européens prétendent élaborer une "Charte des droits fondamentaux" de l’Union. Mais celle-ci semble ne pas considérer les droits sociaux comme des droits fondamentaux. Qu’en est-il de "l’Europe sociale" ? Que penser de l’Union européenne, et de sa place, dans l’imaginaire des nombreux laissés pour compte de sa construction ? Comment les plus démunis peuvent-ils se faire entendre dans le débat européen ?

P.B. - Les discours sur l"Europe sociale n’ont eu jusqu’ici qu’une traduction insignifiante dans les normes concrètes qui régissent la vie quotidienne des citoyens : travail, santé, logement, retraite, etc. Quel contraste, alors que les directives en matière de concurrence bouleversent chaque jour l’offre de biens et services et défont à grande vitesse les services publics nationaux, sans même parler de la politique menée par la Banque centrale européenne hors de tout débat démocratique ! La construction européenne est pour l’instant une destruction sociale. On peut élaborer une charte tout à fait "progressiste" et dans le même temps conjuguer austérité salariale, réduction des droits sociaux, répression des mouvements de contestation, etc. Le double discours et l’hypocrisie atteignent des proportions inouïes chez les socialistes français et leurs alliés : ils participent activement à la mise de la France aux normes inhumaines du capitalisme anglo-saxon et n’ont à la bouche que les mots "social", "solidarité", "citoyenneté"... Ils tentent de faire une sorte de "blairisme à visage humain", mais ils font à peu près la même politique de destruction sociale que celle qu’impulsent en Grande-Bretagne et en Allemagne Blair et Schröder. Les seules mesures "progressistes" qu’ils peuvent prendre, et dont ils se targuent pour mieux mystifier, leur sont arrachées par les mouvements sociaux et une base qui reste encore un peu à gauche, comme en Grande-Bretagne.

P.S - Les Marches européennes ont été l’une des tentatives les plus récentes de coordination internationale des mouvements sociaux. Vous êtes vous-même l’un des initiateurs d’un "Appel pour des États généraux du mouvement social européen" qui préconise, entre autres, "un véritable contre-pouvoir critique". Après avoir fait le constat de la misère du monde, et avoir soutenu les cheminots en grève en 95 et les chômeurs durant l’hiver 97-98, voyez-vous dans les mouvements sociaux les germes d’une alternative ?

P.B. - Oui, bien sûr. L’alternative à la mondialisation néo-libérale ne sera pas livrée "clés en main" par les théoriciens de je ne sais quel parti d’avant-garde. Les responsables politiques sont en panne d’initiatives, mais aussi, plus encore d’analyse, de projet, de volonté. Les mouvements sociaux restent éclatés, peu cohérents, voire concurrents. Les relations entre les "nouveaux mouvements sociaux" (comme les organisations de chômeurs) et les organisations syndicales sont difficiles, chaotiques parfois. Dans ce contexte, les initiatives de rassemblement, pour si volontaristes qu’elles puissent paraître à certains (à ceux surtout qu’elles dérangent dans leurs combinaisons d’appareil), contribuent à faire émerger l’enjeu de l’unité par delà les différences de traditions, de sensibilités, d’objectifs. Les chercheurs ont ici un rôle à jouer, celui de promoteurs de l’unité des forces sociales de résistance à la mondialisation. L’appel pour des états généraux s’inscrit dans cette logique, parmi bien d’autres initiatives. Il ne vise aucunement à représenter l’ensemble du mouvement social européen, moins encore à le monopoliser, selon les plus belles traditions du "centralisme démocratique", mais il veut contribuer pratiquement à le faire exister ! Et l’immense écho qu’il a suscité dans toute l’Europe prouve qu’il a bien été compris ainsi.

mardi 4 mai 2010

videos et entretiens: Bourdieu à propos de La misère du monde



videos et entretiens: Bourdieu à propos de La misère du monde


Video: Pierre Bourdieu et la «Misère du monde», documentaire de Marcel Bluwal
Date de diffusion 17-08-1993

extrait video: Pierre Bourdieu, abbé Pierre, Souffrances d'en France
La marche du siècle - 14/04/1993 

Entretien avec Pierre Bourdieu par Robert MAGGIORI et Jean-Baptiste MARONGIU, Libération, 11 février 1993.

Notre État de misère. Pierre Bourdieu avec Sylvaine Pasquier, L'Express, 18/03/1993

Le savant et le saint Entretien de Fabrice Pliskin avec Pierre Bourdieu, Nouvel Observateur (nº 1483, 08-14 avril 1993) à l'occasion de son passage à "La marche du siècle"