Pierre Bourdieu, in Pour un mouvement social européen,
Le Monde Diplomatique, juin 1999 — Pages 1, 16 et 17, aussi in Contre-feux 2, Raisons d'agir, 2001, p. 13-23

"L'histoire sociale enseigne qu'il n'y a pas de politique sociale sans un mouvement social capable de l'imposer ( et que ce n'est pas le marché, comme on tente de le faire croire aujourd'hui, mais le mouvement social qui a « civilisé » l'économie de marché, tout en contribuant grandement à son efficacité ). En conséquence, la question, pour tous ceux qui veulent réellement opposer une Europe sociale à une Europe des banques et de la monnaie, flanquée d'une Europe policière et pénitentiaire ( déjà très avancée ) et d'une Europe militaire ( conséquence probable de l'intervention au Kosovo ), est de savoir comment mobiliser les forces capables de parvenir à cette fin et à quelles instances demander ce travail de mobilisation. "


jeudi 27 mai 2010

Gérard Vincent, Benoist Jocelyn (sous la dir.) Lectures de Husserl


Gérard Vincent, Benoist Jocelyn (sous la dir.)
Lectures de Husserl
Ellipses
2010



Présentation de l'éditeur
Husserl (1858-1938), par plus d’un trait, incarne probablement, dans la première moitié du XXe siècle, la figure du dernier philosophe « classique ». Il fait partie de ces philosophes qui croient que la philosophie est une connaissance fondée en raison, qui aspire à la scientificité. Son propos est précisément de faire de la philosophie une « science rigoureuse », établie une fois pour toutes. Lorsque, en 1935, il écrit, dans des lignes célèbres, et souvent mésinterprétées : « La philosophie comme science, comme science sérieuse, rigoureuse, et même apodictiquement rigoureuse : ce rêve est fini » (La Crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale), il ne s’agit aucunement d’une renonciation, mais d’un diagnostic sur l’esprit de l’époque, que Husserl déplore, et contre lequel il entend lutter — même si, il ne faut jamais le perdre de vue, pour Husserl, lutter contre celui-ci, c’est le comprendre aussi, en identifier les raisons.
Cette réaffirmation, d’un bout à l’autre de l’œuvre, de l’idéal classique de la philosophie, pensé et constitué comme tel, est, cependant, sans naïveté. Il ne s’agit pas, pour Husserl, de dire qu’on peut tout bonnement, imperturbablement, « faire de la philosophie comme on en a toujours fait », ignorant purement et simplement ce qui se manifeste apparemment toujours plus dans le réel comme une irrationalité tragique. Le rationalisme, précisément, requiert une refondation, et c’est sous le signe de cette refondation que se place toute la pensée de Husserl.

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