"Je ne dis pas que l’État est la solution de tous les problèmes, mais l’État est une des seules armes que nous ayons pour contrôler toutes sortes de fonctionnement et de processus tout à fait vitaux, et en particulier tous ceux qui touchent à l’intérêt général et aux services publics. Je suis tout à fait favorable à la création d’un État transnational ou mondial. Mais, dans l’état actuel, c’est une utopie. Cela dit, la taxe Tobin, c’est un pas vers l’État mondial. Keynes disait déjà qu’il fallait faire une banque mondiale, ce qui va dans le sens de l’État mondial. Et il faudrait ensuite pouvoir contrôler cette banque, et prélever les impôts pour l’alimenter. Mais peut-être est-ce une utopie un peu folle. En attendant cet État mondial, je pense que les États nationaux sont le seul instrument que nous ayons pour opérer une redistribution raisonnable des revenus des plus riches aux plus pauvres, pour égaliser les chances d’accès à l’économie, à la culture. Donc, on ne peut dire qu’on va se passer de l’État.
En tout cas, ce qui est sûr, c’est que les conséquences de la destruction de l’État, on ne les verra que dans vingt ans. Par exemple, dans vingt ans on dira que le taux de cancer a augmenté dans les villes en liaison avec la pollution. Je trouve anormal que les médecins ne le disent pas maintenant. (On commence à dire très prudemment que le taux d’asthmatiques parmi les enfants a très fortement augmenté en liaison avec la pollution.)"
Bourdieu, Entretien du 26 janvier 2000 par Bertrand Chung, Mondialisation et domination : de la finance à la culture, Cités, 2012/3 (n° 51), Bourdieu politique , PUF, 2012, p.133

jeudi 9 avril 2015

Eric Neveu, Sociologie politique des problèmes publics



Eric Neveu
Sociologie politique des problèmes publics 
Armand Colin
2015

Présentation de l'éditeur
« Foulard islamique », disparition des abeilles, vieillissement de la population : comment des faits ou des dossiers deviennent-ils « problèmes », dont s’emparent les médias ou les partis en campagne ?
Une tradition sociologique née aux États-Unis au début du XXe siècle est venue montrer que la réponse n’était pas dans une gravité objective des « faits ». Les brutalités sur les enfants n’ont été que tardivement constituées en problème public, alors que l’usage de la margarine suscitait jusqu’à des référendums. C’est donc vers l’activité des entrepreneurs de problèmes qu’il faut se tourner.
Qui sont-ils (think tanks, haut-fonctionnaires, mouvements sociaux) ? Comment justifie-t-on de l’importance d’un problème ? Pourquoi certains problèmes suscitent-ils plus l’attention médiatique que d’autres ? Comment des cadrages viennent-ils les mettre en récit pour qu’ils soient au diapason des sensibilités sociales ? Quels tris président à leur prise en charge (ou non) par les politiques publiques ? Est-ce là la fin du processus ?
Dense en exemples pratiques proposés sous formes d’encadrés et en outils théoriques, ce manuel aide à penser comment s’alimentent nos conversations, les « Unes » des médias et l’agenda des politiques.

Erik NEVEU est professeur de science politique dans l’équipe rennaise du CRAPECNRS.

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