Pierre Bourdieu. Contre-feux, Éditions Raisons d’agir, 1998, p.100

‘‘Contre ce régime politique [le néolibéralisme], la lutte politique est possible. Elle peut se donner pour fin d’abord, comme l'action caritative ou caritativo-militante, d’encourager les victimes de l’exploitation, tous les précaires actuels et potentiels, à travailler en commun contre les effets destructeurs de la précarité (en les aidant à vivre, à « tenir » et à se tenir, à sauver leur dignité, à résister à la déstructuration, à la dégradation de l’image de soi, à l’aliénation), et surtout à se mobiliser, à l’échelle internationale, c’est-à-dire au niveau même où s’exercent les effets de la politique de précarisation, pour combattre cette politique et neutraliser la concurrence qu’elle vise à instaurer entre les travailleurs des différents pays’’.



mercredi 14 septembre 2016

Marie Vannetzel, Les Frères musulmans égyptiens. Enquête sur un secret public

Marie Vannetzel
Les Frères musulmans égyptiens
Enquête sur un secret public
Karthala
2016

Présentation de l'éditeur
De leur victoire électorale à la répression féroce qu’ils ont subie après le coup d’État du maréchal Sissi, les Frères musulmans égyptiens ont connu un destin mouvementé depuis la révolution de 2011. Par-delà ces événements, le défi majeur qui s’est imposé à cette organisation islamiste a été de sortir de l’ambivalente clandestinité à laquelle elle était tenue sous l’ancien régime. Depuis des décennies, la Gama‘a des Frères musulmans, ce mouvement de nature indéfinie, interdit mais toléré, à la présence sociale aussi étendue que déniée, existait comme un « secret public ».
Une plongée ethnographique dans trois quartiers du Grand Caire permet de montrer comment ce secret public façonnait l’ancrage social de la Gama‘a et quels étaient les ressorts de sa mobilisation sous le régime de Moubarak. Au fil des pratiques quotidiennes d’action politique et sociale de leurs députés, apparaît une tension irréductible entre la large implantation des Frères musulmans dans la société, et la perpétuation, en leur sein, d’un entre soi clos et hiérarchisé. Dans l’interdépendance entre les structures de l’ancien régime et les réseaux des Frères, des processus de politisation, diffus et aléatoires, reposaient sur les sociabilités locales et des sensibilités éthiques partagées.
Au-delà du seul cas égyptien, ce livre invite à penser l’imbrication des logiques de coproduction et de contestation de l’ordre autoritaire. Il éclaire aussi d’un jour nouveau les néoconfréries nées de la réforme de l’islam, au début du XXe siècle, et les dynamiques internes des mouvements islamistes.
Marie Vannetzel est chargée de recherche au CNRS (Centre universitaire de recherche sur l’action publique et le politique, UMR 7319), et participe au programme ERC-CNRS « When authoritarianism fails in the Arab World » (WAFAW).

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