Pierre Bourdieu, in Pour un savoir engagé, Athènes, mai 2001, Raisons d'agir-Grèce, Le Monde Diplomatique, février 2002 — Page 3, aussi in Interventions, 1961-2001. Science sociale et action politique, Agone, P.465-469
"D’autre part, les mouvements sociaux ont apporté des méthodes d’action que les syndicats ont peu à peu, encore une fois, oubliées, ignorées ou refoulées. Et en particulier des méthodes d’action personnelle : les actions des mouvements sociaux recourent à l’efficacité symbolique, une efficacité symbolique qui dépend, pour une part, de l’engagement personnel de ceux qui manifestent ; un engagement personnel qui est aussi un engagement corporel.
Il ne s’agit pas de défiler, bras dessus bras dessous, comme le font traditionnellement les syndicalistes le 1er mai. Il faut faire des actions, des occupations de locaux, etc. Ce qui demande à la fois de l’imagination et du courage."

mercredi 27 décembre 2017

Pierre Bourdieu, "Dans le « Rapport du Collège de France sur l'enseignement et l'avenir», il y avait une proposition extrêmement révolutionnaire – qu'évidemment personne n'a vue – qui consistait à dire qu'on pouvait concevoir que les titres scolaires soient à validité limitée dans le temps, qu'ils valent pour cinq ans et soient non renouvelables."

"Dans le « Rapport du Collège de France sur l'enseignement et l'avenir», il y avait une proposition extrêmement révolutionnaire – qu'évidemment personne n'a vue – qui consistait à dire qu'on pouvait concevoir que les titres scolaires soient à validité limitée dans le temps, qu'ils valent pour cinq ans et soient non renouvelables. La proposition de remplacer des titres à vie, des titres viagers, par des titres à durée limitée changerait fondamentalement les rapports pédagogiques et tous les rapports de pouvoir fondés pour une part sur le titre" Pierre Bourdieu, in Anthropologie économique, Cours au Collège de France, 1992-1993, Raisons d'Agir/Seuil, Cours &Travaux, 2017, P.123-124


"Il faudrait aussi travailler à détruire ou à réduire la tendance à sacraliser le titre scolaire, sorte d'essence sociale scolairement garantie qui remplit dans nos sociétés une fonction tout à fait semblable à celle du titre nobiliaire en d'autres temps, interdisant aux uns de déroger en accomplissant certaines tâches jugées indignes, aux autres d'aspirer à des avenirs interdits. Il importerait pour cela de revaloriser les accomplissements effectifs : par exemple en introduisant dans tous les recrutements un contingent d'élections et de promotions sur travaux effectués et accomplissements réels (comme, dans le cas particulier des professeurs, l'introduction d'innovations pédagogiques exemplaires ou un dévouement exceptionnel). Une des tares les plus graves du système bureaucratique français réside dans le fait qu'un incapable scolairement garanti et un compétent scolairement démuni sont séparés à vie, tels le roturier et le noble, à tous les points de vue socialement pertinents. La sélection par le diplôme n'est dommageable que dans la mesure où elle continue d'agir, bien au-delà de son but, pendant toute la durée d'une carrière, l'évaluation réelle du travail accompli étant injustement sacrifiée aux intérêts corporatistes et à une défense mal comprise des salariés. Il faudrait travailler à une transformation des règlements et des mentalités propre à faire que, tout en conservant leur fonction de garantie ultime contre l'arbitraire, les titres scolaires soient pris en compte pour une durée limitée et jamais de manière exclusive, c'est-à-dire comme une information parmi d'autres."
Propositions pour l'enseignement de l'avenir (Rapport du Collège de France, Éditions de Minuit, 1985, aussi in Le Monde de l’éducation, n°116, mai 1985, pp.61-68, aussi in Interventions, 1961-2001. Science sociale et action politique, Agone, 2002)

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