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Rien n'est plus surprenant pour ceux qui considèrent les affaires humaines avec un oeil philosophique que de voir la facilité avec laquelle la majorité (the many) est gouvernée par la minorité (the few) et d'observer la soumission implicite avec laquelle les hommes révoquent leurs propres sentiments et passions en faveur de leurs dirigeants. Quand nous nous demandons par quels moyens cette chose étonnante est réalisée, nous trouvons que, comme la force est toujours du côté des gouvernés, les gouvernants n'ont rien pour les soutenir que l'opinion. C'est donc sur l'opinion seule que le gouvernement est fondé et cette maxime s'étend aux gouvernements les plus despotiques et les plus militaires aussi bien qu'aux plus libres et aux plus populaires
(David Hume in Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, Seuil, Collection Liber, 1997, Points, 2003 P.257, aussi in Sur l'Etat. Cours au Collège de France 1989-1992, Raisons d'agir/Seuil, 2012, p.257-258)

samedi 31 juillet 2010

Maurice Halbwachs, LA THEORIE DE L'HOMME MOYEN


Maurice Halbwachs
LA THEORIE DE L'HOMME MOYEN
Essai sur Quetelet et la statistique morale

Préface d'Eric Brian
ScienceS en Situation
2010




Présentation de l'éditeur
« Que vaut véritablement une moyenne ? », « ce n’est pas par hasard si... », « les penchants », « les propensions »… autant d’expressions entrées dans le vocabulaire des sciences humaines et sociales depuis plus d’un siècle, et présentes aujourd’hui dans le discours quotidien. Elles ont été formées d’après Adolphe Quételet et avec le succès de la statistique morale au XIXe siècle, puis en passant par la critique sociologique dont la thèse complémentaire soutenue par Maurice Halbwachs en janvier 1913 fut le point d’orgue.

L’ouvrage demeure méconnu, même s’il a nourri la réflexion de Georges Canguilhem sur le normal et le pathologique. C’est l’œuvre de jeunesse d’un élève d’Henri Bergson, familier de l’œuvre de Leibniz et surtout passionné par l’étude des faits sociaux et économiques selon la méthode sociologique d’Emile Durkheim. L’ouvrage annonce l’œuvre publiée dans l’entre-deux-guerres, aujourd’hui reconnue comme l’une des plus importantes du XXe siècle en sociologie.

Tenace, Halbwachs analyse le corpus quetelésien et offre un magnifique document au lecteur qui pourra exercer sa réflexion critique et sa sagacité empirique. Rigoureux et intuitif, il indique, dès 1912, certains des renouvellements les plus actuels de la sociologie : les phénomènes sociaux sont complexes (Halbwachs reprend le mot de Henri Poincaré) et il faut en passer par le raisonnement probabiliste.