Pierre Bourdieu, in Pour un mouvement social européen,
Le Monde Diplomatique, juin 1999 — Pages 1, 16 et 17, aussi in Contre-feux 2, Raisons d'agir, 2001, p. 13-23

"L'histoire sociale enseigne qu'il n'y a pas de politique sociale sans un mouvement social capable de l'imposer ( et que ce n'est pas le marché, comme on tente de le faire croire aujourd'hui, mais le mouvement social qui a « civilisé » l'économie de marché, tout en contribuant grandement à son efficacité ). En conséquence, la question, pour tous ceux qui veulent réellement opposer une Europe sociale à une Europe des banques et de la monnaie, flanquée d'une Europe policière et pénitentiaire ( déjà très avancée ) et d'une Europe militaire ( conséquence probable de l'intervention au Kosovo ), est de savoir comment mobiliser les forces capables de parvenir à cette fin et à quelles instances demander ce travail de mobilisation. "


vendredi 15 octobre 2010

Jack Goody, Le vol de l'Histoire + critique par Frédéric Keck et par Christian de Montlibert






Jack Goody
Le vol de l'Histoire
Comment l'Europe a imposé le récit de son passé au reste du monde

traduction: Fabienne Durand-Bogaert
Editions Gallimard
2010







Présentation de l'éditeur
Une fois encore, comme hier à propos de la famille en Europe ou de la place de l'écriture dans notre civilisation, Jack Goody vient perturber la ronde des historiens emportés par leurs certitudes. À la question soulevée par l'anthropologue britannique, on devine déjà ce qu'argueront les esprits chagrinés par cette interpellation d'exigence : comparaison n'est pas raison. Or, c'est bien de cela qu'il s'agit.
La question? C'est le «vol de l'histoire», c'est-à-dire la mainmise de l'Occident sur l'histoire du reste du monde. À partir d'événements qui se sont produits à son échelle provinciale, l'Europe a conceptualisé et fabriqué une représentation du passé toute à sa gloire et qu'elle a ensuite imposée au cours des autres civilisations.
Le continent européen revendique l'invention de la démocratie, du féodalisme, du capitalisme de marché, de la liberté, de l'individualisme, voire de l'amour, courtois notamment, qui serait le fruit de sa modernisation urbaine. Plusieurs années passées en Afrique, particulièrement au Ghana, conduisent Jack Goody à mettre aujourd'hui en doute nombre d'«inventions» auxquelles les Européens prétendent, sous les plumes de Fernand Braudel, Joseph Needham ou Norbert Elias notamment, alors que ces mêmes éléments se retrouvent dans bien d'autres sociétés, du moins à l'état embryonnaire.
Économiquement et intellectuellement parlant, seul un écart relativement récent et temporaire sépare l'Occident de l'Orient ou de l'Afrique. Des différences existent. Mais c'est d'une comparaison plus rapprochée que nous avons besoin, et non d'une opposition tranchée entre le monde et l'Occident, au seul profit de ce dernier.

L’anthropologue britannique Jack Goody est né en 1919. Parmi ses principaux ouvrages en français figurent La Raison graphique. La domestication de la pensée sauvage (Minuit, 1978), La culture des fleurs (Seuil, 1994), La famille en Europe (Seuil, 2001), L’islam en Europe. Histoire, échanges, conflits (La Découverte, 2004).

Le vol de l’histoire. Comment l’Europe a imposé le récit de son passé au reste du monde par Christian de Montlibert (CRESS, Université de Strasbourg)

"Le Vol de l'Histoire. Comment l'Europe a imposé le récit de son passé au reste du monde", de Jack Goody : l'exception occidentale, Par Frédéric Keck

LE MONDE DES LIVRES | 14.10.10 |

Aucun commentaire: