Pierre Bourdieu. Contre-feux, Éditions Raisons d’agir, 1998, p.100

‘‘Contre ce régime politique [le néolibéralisme], la lutte politique est possible. Elle peut se donner pour fin d’abord, comme l'action caritative ou caritativo-militante, d’encourager les victimes de l’exploitation, tous les précaires actuels et potentiels, à travailler en commun contre les effets destructeurs de la précarité (en les aidant à vivre, à « tenir » et à se tenir, à sauver leur dignité, à résister à la déstructuration, à la dégradation de l’image de soi, à l’aliénation), et surtout à se mobiliser, à l’échelle internationale, c’est-à-dire au niveau même où s’exercent les effets de la politique de précarisation, pour combattre cette politique et neutraliser la concurrence qu’elle vise à instaurer entre les travailleurs des différents pays’’.



jeudi 22 avril 2010

parution: Yvette Delsaut, Reprises: cinéma et sociologie






Yvette Delsaut
Reprises : cinéma et sociologie
Collection Cours Et Travaux
Raisons D'agir
2010











Présentation de l'éditeur
Ce livre présente une réflexion de sociologue-spectateur de cinéma, face à des films documentaires réalisés, non par des sociologues, mais par des professionnels de l’audiovisuel travaillant en particulier sur un terrain déjà bien investi par la sociologie, le milieu populaire. La question posée est celle-ci : quand un film documentaire est susceptible d’une lecture sociologique, peut-on dire de l’auteur-cinéaste qu’il fait œuvre de sociologie ? qu’il est en quelque sorte un sociologue moderne, qui traduirait une façon sociologique d’appréhender le réel en se servant d’images en guise de mots ? L’auteur propose une réponse à cette question, en dressant une comparaison entre les productions cinématographiques et sociologiques portant sur des sujets parallèles et en donnant libre cours aux développements plus contingents suscités par ce rapprochement.
Prenant pour référence rémanente le film majeur d’Hervé Le Roux, Reprise, dont tout le monde connaît désormais la scène célèbre de sortie d’usine où une jeune femme exprime avec vigueur son désarroi au moment de reprendre le travail après la grève, Yvette Delsaut décortique de manière aussi concrète que minutieuse les moyens par lesquels sont produits l’adhésion et l’empathie du spectateur mais elle montre également les modes de connaissance que permet d’atteindre l’enregistrement d’images filmées. Elle fait également apparaître le décalage entre le point de vue du cinéaste et le point de vue du sociologue, décalage parfois recherché notamment lorsque le cinéaste conteste ou même refuse par principe le point de vue sociologique. Après avoir lu ce livre, on comprend pourquoi la posture naïve d’observateur innocent ou de cinéaste sans parti pris est en réalité intenable et jamais tenue.

Ce livre écrit par une sociologue qui a particulière ment travaillé sur les questions d’inégalités sociales devant l’école et sur les milieux populaires s’adresse aux étudiants et chercheurs en sciences sociales qui s’intéressent aux nouvelles méthodes de recueil d’information et d’observation, mais aussi aux auteurs de films documentaires qui se confrontent à des objets « sociologiques » et, plus généralement, aux lecteurs d’ouvrages portant sur la question sociale comme aux spectateurs de films décrivant le monde social. Il permet de décrypter ou du moins de fournir des instruments d’analyse permettant de maîtriser un peu mieux les effets de l’évidence immédiate du réel que porte en elle l’image et, plus particulièrement, l’image filmée.

Aucun commentaire: