Pierre Bourdieu, in Pour un mouvement social européen,
Le Monde Diplomatique, juin 1999 — Pages 1, 16 et 17, aussi in Contre-feux 2, Raisons d'agir, 2001, p. 13-23

"L'histoire sociale enseigne qu'il n'y a pas de politique sociale sans un mouvement social capable de l'imposer ( et que ce n'est pas le marché, comme on tente de le faire croire aujourd'hui, mais le mouvement social qui a « civilisé » l'économie de marché, tout en contribuant grandement à son efficacité ). En conséquence, la question, pour tous ceux qui veulent réellement opposer une Europe sociale à une Europe des banques et de la monnaie, flanquée d'une Europe policière et pénitentiaire ( déjà très avancée ) et d'une Europe militaire ( conséquence probable de l'intervention au Kosovo ), est de savoir comment mobiliser les forces capables de parvenir à cette fin et à quelles instances demander ce travail de mobilisation. "


jeudi 22 avril 2010

parution: Yvette Delsaut, Reprises: cinéma et sociologie






Yvette Delsaut
Reprises : cinéma et sociologie
Collection Cours Et Travaux
Raisons D'agir
2010











Présentation de l'éditeur
Ce livre présente une réflexion de sociologue-spectateur de cinéma, face à des films documentaires réalisés, non par des sociologues, mais par des professionnels de l’audiovisuel travaillant en particulier sur un terrain déjà bien investi par la sociologie, le milieu populaire. La question posée est celle-ci : quand un film documentaire est susceptible d’une lecture sociologique, peut-on dire de l’auteur-cinéaste qu’il fait œuvre de sociologie ? qu’il est en quelque sorte un sociologue moderne, qui traduirait une façon sociologique d’appréhender le réel en se servant d’images en guise de mots ? L’auteur propose une réponse à cette question, en dressant une comparaison entre les productions cinématographiques et sociologiques portant sur des sujets parallèles et en donnant libre cours aux développements plus contingents suscités par ce rapprochement.
Prenant pour référence rémanente le film majeur d’Hervé Le Roux, Reprise, dont tout le monde connaît désormais la scène célèbre de sortie d’usine où une jeune femme exprime avec vigueur son désarroi au moment de reprendre le travail après la grève, Yvette Delsaut décortique de manière aussi concrète que minutieuse les moyens par lesquels sont produits l’adhésion et l’empathie du spectateur mais elle montre également les modes de connaissance que permet d’atteindre l’enregistrement d’images filmées. Elle fait également apparaître le décalage entre le point de vue du cinéaste et le point de vue du sociologue, décalage parfois recherché notamment lorsque le cinéaste conteste ou même refuse par principe le point de vue sociologique. Après avoir lu ce livre, on comprend pourquoi la posture naïve d’observateur innocent ou de cinéaste sans parti pris est en réalité intenable et jamais tenue.

Ce livre écrit par une sociologue qui a particulière ment travaillé sur les questions d’inégalités sociales devant l’école et sur les milieux populaires s’adresse aux étudiants et chercheurs en sciences sociales qui s’intéressent aux nouvelles méthodes de recueil d’information et d’observation, mais aussi aux auteurs de films documentaires qui se confrontent à des objets « sociologiques » et, plus généralement, aux lecteurs d’ouvrages portant sur la question sociale comme aux spectateurs de films décrivant le monde social. Il permet de décrypter ou du moins de fournir des instruments d’analyse permettant de maîtriser un peu mieux les effets de l’évidence immédiate du réel que porte en elle l’image et, plus particulièrement, l’image filmée.

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