Pierre Bourdieu, in Pour un mouvement social européen,
Le Monde Diplomatique, juin 1999 — Pages 1, 16 et 17, aussi in Contre-feux 2, Raisons d'agir, 2001, p. 13-23

"L'histoire sociale enseigne qu'il n'y a pas de politique sociale sans un mouvement social capable de l'imposer ( et que ce n'est pas le marché, comme on tente de le faire croire aujourd'hui, mais le mouvement social qui a « civilisé » l'économie de marché, tout en contribuant grandement à son efficacité ). En conséquence, la question, pour tous ceux qui veulent réellement opposer une Europe sociale à une Europe des banques et de la monnaie, flanquée d'une Europe policière et pénitentiaire ( déjà très avancée ) et d'une Europe militaire ( conséquence probable de l'intervention au Kosovo ), est de savoir comment mobiliser les forces capables de parvenir à cette fin et à quelles instances demander ce travail de mobilisation. "


dimanche 14 novembre 2010

à paraître: Gérard Rimbert, Vieillards sous bonne garde


Gérard Rimbert
Vieillards sous bonne garde
Réparer l’irréparable en maison de retraite

Editions du Croquant
janvier 2011


Présentation de l'éditeur
Au cours des années 1960, alors que s’accentue en France l’exigence d’humanisation des pratiques d’accompagnement de la dépendance, les résidents des maisons de retraite, de plus en plus âgés et dégradés, sont aussi de moins en moins aptes à manifester leur « humanité ».

Pour échapper à l’image du « mouroir », les établissements mettent en valeur les vieillards les plus présentables, les autres étant, de ce fait même, disqualifiés. Cette organisation contribue à hiérarchiser les tâches et les personnels, distribués entre façade et zone d’ombre. Les tâches d’entretien des relations interpersonnelles et des statuts sociaux s’opposent à celles qui relèvent du simple gardiennage des corps, d’où une hiérarchie au sein du personnel superposable à celle entre « bons » et « mauvais vieux ».

Tenus de réparer l’irréparable, c’est paradoxalement en s’opposant aux règles « humanistes » de l’institution que certains employés des maisons de retraite adoptent des postures réparatrices. La professionnalisation du milieu gériatrique repose, de fait, sur des compétences techniques, mais aussi sur des dispositions morales (comme celles des bénévoles des petits frères des Pauvres).

Jouant de l’observation discrète autant que de la participation, confrontant les pratiques les plus refoulées aux discours les plus enchantés, cette enquête sociologique démonte les mécanismes d’une vieillesse à plusieurs vitesses et aide à comprendre ce que signifie au quotidien l’exigence d’endiguer l’irréversible.

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