Pierre Bourdieu, in Pour un mouvement social européen,
Le Monde Diplomatique, juin 1999 — Pages 1, 16 et 17, aussi in Contre-feux 2, Raisons d'agir, 2001, p. 13-23

"L'histoire sociale enseigne qu'il n'y a pas de politique sociale sans un mouvement social capable de l'imposer ( et que ce n'est pas le marché, comme on tente de le faire croire aujourd'hui, mais le mouvement social qui a « civilisé » l'économie de marché, tout en contribuant grandement à son efficacité ). En conséquence, la question, pour tous ceux qui veulent réellement opposer une Europe sociale à une Europe des banques et de la monnaie, flanquée d'une Europe policière et pénitentiaire ( déjà très avancée ) et d'une Europe militaire ( conséquence probable de l'intervention au Kosovo ), est de savoir comment mobiliser les forces capables de parvenir à cette fin et à quelles instances demander ce travail de mobilisation. "


lundi 21 février 2011

L'oeuvre de Pierre Bourdieu en pratiques La ségrégation urbaine The Work of Pierre Bourdieu in Practices Urban Segregation, 14 mars 2011


Lundi 14 mars 2011  |  Pau (64000)

L'oeuvre de Pierre Bourdieu en pratiques

La ségrégation urbaine

The Work of Pierre Bourdieu in Practices

Urban Segregation

Présentation

La question de la ségrégation urbaine a toujours été au centre de la réflexion des chercheurs en sciences sociales, particulièrement de la sociologie, de la géographie et de l’anthropologie. Elle est souvent analysée comme un obstacle à l'intégration sociale dans de nombreux domaines tels que le travail, l'école, le logement et les équipements collectifs. Mais, Yves Grafmeyer fait remarquer que « la ségrégation est toujours à la fois un fait social de mise à distance et une séparation physique. Elle est une tension entre ces deux ordres de réalités »[1]. De même, étudiant les relations entre ségrégation résidentielle et ségrégation scolaire, Franck Poupeau et Jean-Christophe François nous rappellent que cette tension, « cette articulation entre inégalités spatiales et inégalité sociales se révèle particulièrement difficile à analyser »[2]. Quelle perspective épistémique adopter alors ? Les possibilités sont nombreuses, même si elles n’apportent sans doute pas chacune autant de profit de connaissance.
On peut ainsi avoir recours à une analyse de la ségrégation urbaine en termes d’agrégation finalement perverse, de comportements qui seraient strictement individuels et fondés sur une rationalité transparente à elle-même, pleinement réflexive. Par exemple, Thomas Schelling développe ce type d’approche dans Micromotives and Macrobehavior[3]. Pour stimulante qu’elle puisse se révéler intellectuellement, elle apparaît cependant par trop scolastique, i.e. éloignée du sens pratique réellement vécu par les agents sociaux, et oublieuse finalement du rôle déterminant joué par les pouvoirs publics, i.e. l’État, dans sa constitution et son évolution.
Nous souhaitons par conséquent retrouver le sillage des travaux de Pierre Bourdieu pour rendre compte du fait, mis en évidence en 1925 par Robert Ezra Park dans une étude sur la ville de Chicago, qu’« en milieu urbain, […] les distances spatiales et affectives se renforcent mutuellement, et les effets de la répartition locale de la population se combinent avec les effets de classe et de race dans l’évolution de l’organisation sociale ». En 1993, Pierre Bourdieu, dans La misère du monde, esquissait une explication sociopolitique et non culturaliste de la déshérence croissante de certains espaces urbains : « Ainsi, tout en se gardant d'y voir une chaîne mécanique de responsabilités, il n'est pas inutile de porter au jour le lien entre une politique néolibérale visant à arracher la petite bourgeoisie à l'habitat collectif et, par là, au "collectivisme", et à l'attacher à la propriété privée de son pavillon individuel ou de son appartement en copropriété, et, du même coup, à l'ordre établi, et la ségrégation spatiale, favorisée et renforcée par le retrait de l'État ; et aussi le lien, plus évident, entre cette ségrégation, avec ses effets les plus visibles, et la place que tient aujourd'hui dans le champ politique et ailleurs, l'opposition entre les "nationaux" et les "immigrés" qui est venu supplanter l'opposition, jusque-là de premier plan, entre les dominants et les dominés »[4]. Pareils propos résonnent étrangement fort et juste dans la récente « actualité » politico-médiatique[5].
Deux résultats parmi d’autres, particulièrement para-doxaux, ont été ainsi produits. Comparant les zones urbaines de relégation sociale de part et d’autre de l’Atlantique, Loïc Wacquant l’examine à nouveau pour établir une différence majeure: en France, les « quartiers populaires sont soumis à un processus de paupérisation et de décomposition graduelle qui les éloigne du patron[6] du ghetto. […] Leur hétérogénéité ethnique croissante, la porosité de leurs frontières, la baisse de la densité institutionnelle, et leur incapacité à forger une identité culturelle commune font de ces zones l’antithèse absolue du ghetto : ce sont des anti-ghettos »[7].
C’est dans ce cadre général d’interrogation du réel considérant la société comme un ensemble cohérent de rapports de forces et de luttes, articulés par l’inégalité de volume et de nature des richesses sociales détenues par les agents sociaux, que les intervenants suivants apporteront leur écot :
  • Choukri Ben Ayed, sociologue, membre du GRESCO de l’Université de Limoges ;
  • Lionel Dupuy, géographe, membre de l’UMR/SET de l’UPPA ;
  • Abel Kouvouama, anthropologue, membre d’ITEM de l’UPPA ;
  • Jean-Luc Poueyto, anthropologue, membre d’ITEM de l’UPPA ;
  • Sylvie Tissot, sociologue, membre du CSU-CRESPPA, GSPE-PRISME de l’Université Marc-Bloch de Strasbourg ;
  • Robert Ziavoula, géographe, directeur du laboratoire HSTM de l’Institut national des langues et civilisations orientales de Paris.

Programme

Lundi 14/03, de 18h à 20h30

Conférences tous publics (1) (UPPA, Amphithéâtre de la Présidence)

Thème : « Les quartiers »

  • Olivier Bessy, « Le sport dans les quartiers, vecteur d’intégration ou de ségrégation sociale ? »
  • Abel Kouvouama, « Guerres civiles et ségrégation urbaine »
  • Jean-Luc Poueyto, « Gens du voyage » et habitat : analyse anthropologique d’une situation conflictuelle sur le territoire palois. »
  • Sylvie Tissot, « De quoi parle-t-on quand on parle des "quartiers" ? »

Mardi 15/03, de 14h à 17h

Conférences à l’ITS Pierre Bourdieu :

  • Choukri Ben Ayed « École ségrégative, école reproductive »
  • Sylvie Tissot « De quoi parle-t-on quand on parle des "quartiers" ? »

et à 18h : Conférence tous publics à la Médiathèque d’Este :

  • Lionel Dupuy , « Géographie et graffiti. Une poétique de l'espace urbain : l'exemple palois »

Jeudi 17 mars, de 14h à 17h

Robert Ziavoula « La ville, miroirs de la Société»

  • Choukri Ben Ayed : Professeur de Sociologie, Université de Limoges (GRESCO)
  • Olivier Bessy : Professeur de Sociologie (SET-CNRS / UPPA)
  • Lionel Dupuy : Géographe, chercheur associé (SET-CNRS / UPPA)
  • Abel Kouvouama : Professeur d’Anthropologie (ITEM / UPPA)
  • Jean-Luc Poueyto : Anthropologue, chercheur associé (ITEM / UPPA)
  • Sylvie Tissot : Maîtresse de Conférences (HDR) en Sociologie (Université de Strasbourg (CSU-CRESPPA)
  • Robert Ziavoula, Professeur de géographie (HSTM-INALCO)
(1) Avec la collaboration de La Toupine, « des clowns au service de la santé et du social »

Renseignements :

 05 59 27 22 94 / 06 32 60 42 18 ; www.pauses.net

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 Voir également sur ce blog:

en ligne: Publications de Pierre Bourdieu sur l'économie
 
en ligne: Publications de Pierre Bourdieu sur la souffrance sociale

écouter: Sylvie Tissot, L’Etat et les quartiers populaires

écouter: Jean-Christophe François, La carte scolaire entre ségrégation et mixité

en ligne: Actes de la recherche en sciences sociales, no 159 et no 160, Penser, classer, administrer la pauvreté

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