Pierre Bourdieu, in Pour un mouvement social européen,
Le Monde Diplomatique, juin 1999 — Pages 1, 16 et 17, aussi in Contre-feux 2, Raisons d'agir, 2001, p. 13-23

"L'histoire sociale enseigne qu'il n'y a pas de politique sociale sans un mouvement social capable de l'imposer ( et que ce n'est pas le marché, comme on tente de le faire croire aujourd'hui, mais le mouvement social qui a « civilisé » l'économie de marché, tout en contribuant grandement à son efficacité ). En conséquence, la question, pour tous ceux qui veulent réellement opposer une Europe sociale à une Europe des banques et de la monnaie, flanquée d'une Europe policière et pénitentiaire ( déjà très avancée ) et d'une Europe militaire ( conséquence probable de l'intervention au Kosovo ), est de savoir comment mobiliser les forces capables de parvenir à cette fin et à quelles instances demander ce travail de mobilisation. "


samedi 18 février 2012

écouter: Luc Boltanski, Enigmes et complots - Une enquête à propos d'enquêtes

écouter: Luc Boltanski, Enigmes et complots - Une enquête à propos d'enquêtes
La suite dans les idées, 18.02.2012

Présentation de l'éditeur
Au tournant des XIXe et XXe siècles, on observe tour à tour le développement du roman policier, dont le cœur est l'enquête, et du roman d'espionnage, qui a pour sujet le complot ; l'invention, par la psychiatrie, de la paranoïa, dont l'un des symptômes est la tendance à entreprendre des enquêtes prolongées jusqu'au délire ; la création par la sociologie de formes spécifiques de causalité – dites sociales –, pour déterminer les entités, individuelles ou collectives, auxquelles peuvent être attribués les événements qui ponctuent la vie des personnes, celle des groupes, ou encore le cours de l'histoire ; enfin, l'orientation nouvelle de la science politique qui, se saisissant de la problématique de la paranoïa, la déplace du plan psychique au plan social et prend pour objet l'explication des événemenst historiques par les «théories du complot».
Dans chacun de ces cas, la réalité sociale est mise en doute. C'est à l'État-nation, tel qu'il se développe à la fin du XIXe siècle, que l'on doit le projet d'organiser et d'unifier cette réalité pour une population et sur un territoire. Mais ce projet, proprement démiurgiques, se heurte à une pluralité d'obstacles parmi lesquels les développements du capitalisme, qui se joue des frontières nationales, occupe une place centrale.
Ainsi, la figure du complot focalise des soupçons qui concernent l'exercice du pouvoir : où se trouve réellement le pouvoir et qui le détient, en réalité? Les autorités étatiques, qui sont censées en assumer la charge, ou d'autres instances, agissant dans l'ombre – banquiers, anarchistes, sociétés secrètes, classe dominante, etc.? Ainsi s'échafaudent des ontologies politiques qui tablent sur une réalité doublement distribuée : à une réalité officielle, mais de surface et sans doute illusoire, s'oppose une réalité profonde, cachée, menaçante, officieuse, mais bien plus réelle. Roman policier et roman d'espionnage, paranoïa et sociologie – inventions à peu près concomittantes – sont solidaires d'une façon nouvelle de problématiser la réalité et de travailler les contradictions qui l'habitent. Les aventures du conflit entre ces deux réalités – réalité de surface contre réalité réelle – constituent le fil directeur de l'ouvrage.  

Aucun commentaire: