Pierre Bourdieu. Contre-feux, Éditions Raisons d’agir, 1998, p.100

‘‘Contre ce régime politique [le néolibéralisme], la lutte politique est possible. Elle peut se donner pour fin d’abord, comme l'action caritative ou caritativo-militante, d’encourager les victimes de l’exploitation, tous les précaires actuels et potentiels, à travailler en commun contre les effets destructeurs de la précarité (en les aidant à vivre, à « tenir » et à se tenir, à sauver leur dignité, à résister à la déstructuration, à la dégradation de l’image de soi, à l’aliénation), et surtout à se mobiliser, à l’échelle internationale, c’est-à-dire au niveau même où s’exercent les effets de la politique de précarisation, pour combattre cette politique et neutraliser la concurrence qu’elle vise à instaurer entre les travailleurs des différents pays’’.



mardi 10 février 2015

écouter: Julie Verlaine, Femmes collectionneuses et mécènes, de 1880 à nos jours


écouter: Julie Verlaine, Femmes collectionneuses et mécènes, de 1880 à nos jours
La Fabrique de l'Histoire par Emmanuel Laurentin, 13.10.2014

Julie Verlaine
Femmes collectionneuses et mécènes
De 1880 à nos jours
Hazan
2014

Présentation de l'éditeur
Y a-t-il une manière féminine de collectionner ? Une collection d’art peut-elle avoir un genre ? Cet ouvrage présente la première synthèse historique jamais publiée sur les femmes collectionneuses et mécènes d’art en Occident depuis la fin du xixe siècle jusqu’à nos jours. Il comble les lacunes de la bibliographie consacrée aux collectionneurs en prenant comme grille de lecture principale la notion de genre. Constatant que les pratiques féminines de collection, d’exposition et de mécénat sont profondément méconnues, l’auteur entend à la fois expliquer cette lacune et démonter les a priori culturels et politiques qui aboutissent à occulter le rôle des grandes figures féminines dans le champ artistique. 
Dans la lignée des travaux de Griselda Pollock et Roszika Parker sur les femmes artistes, Julie Verlaine remet en question la construction sexuée des représentations et des pratiques dans le domaine de la collection d’art. En faisant la part belle aux collectionneuses européennes, elle entend par ailleurs reconsidérer la place de premier plan donnée aux collectionneuses américaines, bien connues grâce au récent ouvrage de Dianne Sachko MacLeod (Enchanted Lives, Enchanted Objects: American Women Collectors and the Making of Culture, 1800-1940, 2008). Deux publications allemandes (Britta Jürgs, Sammeln nur um zu besitzen, 2000 ; Uwe Fleckner et al., Kunstsammlerinnen: Peggy Guggenheim bis Ingvild Goetz, 2009) et une britannique (Charlotte Gere et Marina Vaizey, Great Women Collectors, 1999) ont bien esquissé des portraits individuels de collectionneuses d’art, allant de la Renaissance à nos jours, mais sans présenter une vision synthétique de cette histoire au féminin. 
Comparant les pratiques par-delà les frontières, plusieurs chapitres thématiques analysent les principales évolutions du collectionnisme au féminin : la progressive émancipation juridique et économique, le rapport avec la demeure privée, puis avec le musée ouvert au public, les milieux sociaux et les goûts artistiques – du vase chinois à l’art conceptuel en passant par l’étape essentielle du surréalisme. La période considérée s’étend de la fin du xixe siècle, qui voit la fin du modèle aristocratique du mécénat et de la commande, jusqu’à la période contemporaine, où les notions mêmes de collection, d’art et d’Occident paraissent proches de l’éclatement. La progression, chronologique, montre que l’émancipation des femmes dans les sociétés occidentales peut se lire à travers l’histoire de leurs collections d’art, outil puissant de libération culturelle et d’affirmation de soi. 
Alternant avec ces mises au point, plusieurs portraits singuliers retracent l’itinéraire biographique et esthétique de collectionneuses remarquables, parmi lesquelles Nélie Jacquemart, Hélène Kröller-Müller, Helena Rubinstein, Marie Laure de Noailles, Peggy Guggenheim ou encore, plus près de nous, Dominique de Ménil ou Ingvild Goetz. Cette galerie de portraits révèle l’extrême diversité des personnalités et des motivations. 
Abondamment documenté grâce à un recours systématique aux documents d’archives, confrontant approche contextuelle et biographique, cet ouvrage démontre l’impérieuse nécessité de procéder à une réévaluation de l’action des collectionneuses d’art, s’agissant du soutien à la création vivante, du progrès de la connaissance artistique et surtout de la patrimonialisation des chefs-d’œuvre de l’art depuis 1880. 
Historienne de l’art, agrégée d’histoire, Julie Verlaine est depuis 2010 maîtresse de conférences en histoire culturelle contemporaine à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, membre du Centre d’histoire sociale du XXe siècle. Outre de nombreux articles publiés sur le collectionnisme et le marché d’art, elle a codirigé Le Spectacle de l’histoire (Rennes, 2012) et publié la version remaniée de sa thèse : Les Galeries d’art contemporain à Paris. Une histoire culturelle du marché de l’art (Paris, 2012).

Aucun commentaire: