Pierre Bourdieu. Contre-feux, Éditions Raisons d’agir, 1998, p.100

‘‘Contre ce régime politique [le néolibéralisme], la lutte politique est possible. Elle peut se donner pour fin d’abord, comme l'action caritative ou caritativo-militante, d’encourager les victimes de l’exploitation, tous les précaires actuels et potentiels, à travailler en commun contre les effets destructeurs de la précarité (en les aidant à vivre, à « tenir » et à se tenir, à sauver leur dignité, à résister à la déstructuration, à la dégradation de l’image de soi, à l’aliénation), et surtout à se mobiliser, à l’échelle internationale, c’est-à-dire au niveau même où s’exercent les effets de la politique de précarisation, pour combattre cette politique et neutraliser la concurrence qu’elle vise à instaurer entre les travailleurs des différents pays’’.



jeudi 18 juin 2015

Actes de la recherche en sciences sociales, nº 208: Le poids des corps




Actes de la recherche en sciences sociales, nº 208: Le poids des corps 
Seuil, 2015
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Numéro coordonné par José Luis Moreno Pestaña

Présentation de l'éditeur
Le poids des corps inquiète. Parfois, ce sont des mannequins dont l’extrême maigreur suscite l’indignation. Plus souvent, c’est l’obésité que l’on présente comme une « épidémie » et à laquelle on associe nombre de pathologies (entre autres cardiovasculaires). 
Ce numéro d’Actes de la recherche en sciences sociales soumet à la critique sociologique l’obsession de l’équilibre pondéral et l’injonction au corps fin et musclé. Dans des sociétés où l’image que l’on renvoie de soi dépend pour une large part d’attributs corporels, le poids mobilise médecins, nutritionnistes, journalistes et essayistes. Il fait l’objet de politiques publiques de la part des États et des organisations internationales. L’idéologie de la minceur règne. Elle provoque haine de soi et des autres. Elle discrimine à l’école ou au travail. Entre désir de conformité à la « normalité » et crainte du regard des autres, beaucoup vivent leur différence avec un sentiment de culpabilité. Pourtant, la sociologie montre que les corps ne sont pas neutres socialement. Les dénonciateurs de l’embonpoint visent plus particulièrement les femmes et les classes populaires. Inversement, ils promeuvent un corps qui suppose des soins, une alimentation et un entretien que tout le monde ne peut s’offrir. Véritables marqueurs sociaux, les corps échappent en partie au contrôle des volontés individuelles. Ils enregistrent l’inégale distribution des ressources économiques et culturelles et contribuent ainsi au maintien de l’ordre social en stigmatisant ceux que l’on rend coupables de ne pas se soumettre à la norme dominante.

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