Pierre Bourdieu. Contre-feux, Éditions Raisons d’agir, 1998, p.100

‘‘Contre ce régime politique [le néolibéralisme], la lutte politique est possible. Elle peut se donner pour fin d’abord, comme l'action caritative ou caritativo-militante, d’encourager les victimes de l’exploitation, tous les précaires actuels et potentiels, à travailler en commun contre les effets destructeurs de la précarité (en les aidant à vivre, à « tenir » et à se tenir, à sauver leur dignité, à résister à la déstructuration, à la dégradation de l’image de soi, à l’aliénation), et surtout à se mobiliser, à l’échelle internationale, c’est-à-dire au niveau même où s’exercent les effets de la politique de précarisation, pour combattre cette politique et neutraliser la concurrence qu’elle vise à instaurer entre les travailleurs des différents pays’’.



mardi 16 octobre 2018

Actes de la Recherche en Sciences Sociales, N°224, Septembre 2018, Champs intellectuels transnationaux




Actes de la Recherche en Sciences Sociales, N°224, Septembre 2018,  
Champs intellectuels transnationaux
Seuil


Résumé
Les modes d’existence des espaces intellectuels semblent être particulièrement affectés par les processus de « globalisation », qu’il s’agisse du marché éditorial international, de la circulation des idées entre les pays ou de l’impact croissant des études de décolonisation dans les pays des « Suds » comme du Nord. La sociologie des intellectuels s’est emparé de ces nouveaux enjeux et elle a, depuis une vingtaine d’années, cherché à articuler les analyses des espaces nationaux avec ces nouvelles configurations transnationales. Elle montre que non seulement le national a été en grande partie créé dans les échanges supranationaux, mais encore que ces derniers, inscrits dans l’histoire des impérialismes, des cosmopolitismes élitaires ou des migrations populaires, se sont accélérés avec la « mondialisation ». Loin d’aplanir les inégalités politiques économiques et symboliques entre les régions voire les pays, elle reste fondée sur l’existence de centres et de périphéries. Par ailleurs, tandis que certains travaux ont estimé que la mondialisation conduisait à l’affaiblissement des déterminations nationales, d’autres ont montré que l’accroissement des flux culturels transnationaux n’est en rien corrélé à une disparition de contrôle étatique ou d’identification nationale. Néanmoins, les États-nations se sont eux-mêmes constitués de façon concurrente aux empires et à des organisations transnationales comme l’Église catholique. Tandis que leur création s’est accompagnée de la mise en place d’instances internationales (SDN puis ONU), avec leurs dérivés intellectuels (Institut de coopération internationale de la Société des nations, UNESCO), ou supranationales (comme l’Union européenne), des espaces transnationaux avec des centres plus ou moins forts ou concurrents n’ont cessé de fonctionner ou de se former, posant la question des limites géographiques des champs. Ces espaces transnationaux sont composés d’agents (individus et institutions) qui concourent pour l’accumulation de capital symbolique par-delà les frontières politiques de leurs pays, tout en restant soumis aux inégalités multiformes entre les pays. Ils constituent ainsi des « espaces d’ubiquité », coprésence synchronique d’acteurs en concurrence par-delà les frontières politiques. 
Le présent numéro se concentre sur les champs intellectuels transnationaux. Il se focalise sur les mécanismes par lesquels ces champs sont amenés à transcender le cadre de l’État-nation – instances de diffusion (édition, revues), organisations transnationales (religieuses, politiques ou autres) –, ainsi qu’aux conditions qui les favorisent (colonialisme, impérialisme, occupations, migrations, etc.). Les articles se placent à divers niveaux de l’analyse. Certains étudient les réceptions transnationales de l’oeuvre d’intellectuels « globalisés » (N. Klein, P. Sloterdijk), leur multi-positionnement, et leurs ressources nationales et transnationales dans différentes localisations. L’analyse de collectifs d’intellectuels permet de dessiner les contours géographiques d’espace transnationaux, avec par exemple les nouveaux penseurs de l’islam. Tandis que la plupart des auteurs mettent en avant la centralité des États-Unis dans la formation de ces espaces transnationaux, un certain nombre d’articles pose en particulier la question de l’héritage colonial et de la dissymétrie des rapports géographiques Nord-Sud. De manière peut-être plus forte encore qu’au niveau national, les échanges intellectuels, non seulement pour les militants, mais encore pour les penseurs, les écrivains, les universitaires ou les théologiens, sont toujours aussi politiques quand on se situe au niveau transnational.

Sommaire
4 Qu’est-ce qu’un champ intellectuel transnational ?
Gisèle Sapiro, Tristan Leperlier et Mohamed Amine Brahimi

12 Un champ littéraire transnational
Le cas des écrivains algériens
Tristan Leperlier

34 Les intellectuels néo-confucéens et le débat
sur les droits humains, années 1990
Trois études de cas sur les formes de l’autonomie intellectuelle
en situation transnationale
Thomas Brisson

46 Théories sans frontières ?
Les théories littéraires en France et la construction d’un espace
transnational, années 1960-années 1970
Lucile Dumont

64 Les experts au concile Vatican II, 1962-1965
Note de recherche sur les conditions de possibilité
d’un champ transnational
François Weiser

76 HORS THÈME Des morales de classe ?
Dispositions éthiques et positions sociales dans la France contemporaine
Rémy Caveng, Fanny Darbus, François Denord,
Delphine Serre et Sylvain Thine

102 Résumés





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