"Je ne dis pas que l’État est la solution de tous les problèmes, mais l’État est une des seules armes que nous ayons pour contrôler toutes sortes de fonctionnement et de processus tout à fait vitaux, et en particulier tous ceux qui touchent à l’intérêt général et aux services publics. Je suis tout à fait favorable à la création d’un État transnational ou mondial. Mais, dans l’état actuel, c’est une utopie. Cela dit, la taxe Tobin, c’est un pas vers l’État mondial. Keynes disait déjà qu’il fallait faire une banque mondiale, ce qui va dans le sens de l’État mondial. Et il faudrait ensuite pouvoir contrôler cette banque, et prélever les impôts pour l’alimenter. Mais peut-être est-ce une utopie un peu folle. En attendant cet État mondial, je pense que les États nationaux sont le seul instrument que nous ayons pour opérer une redistribution raisonnable des revenus des plus riches aux plus pauvres, pour égaliser les chances d’accès à l’économie, à la culture. Donc, on ne peut dire qu’on va se passer de l’État.
En tout cas, ce qui est sûr, c’est que les conséquences de la destruction de l’État, on ne les verra que dans vingt ans. Par exemple, dans vingt ans on dira que le taux de cancer a augmenté dans les villes en liaison avec la pollution. Je trouve anormal que les médecins ne le disent pas maintenant. (On commence à dire très prudemment que le taux d’asthmatiques parmi les enfants a très fortement augmenté en liaison avec la pollution.)"
Bourdieu, Entretien du 26 janvier 2000 par Bertrand Chung, Mondialisation et domination : de la finance à la culture, Cités, 2012/3 (n° 51), Bourdieu politique , PUF, 2012, p.133

samedi 11 mai 2019

Bourdieu: "La suite va être l'histoire de cette espèce d'échange permanent de rôle entre les champs artistiques et le champ de la littérature, avec le champ de la musique qui est toujours présent – Berlioz, etc. – mais qui intervient fortement, et pas seulement comme modèle de référence, à partir, me semble-t-il, des années 1880."


"La suite va être l'histoire de cette espèce d'échange permanent de rôle entre les champs artistiques et le champ de la littérature, avec le champ de la musique qui est toujours présent – Berlioz, etc. – mais qui intervient fortement, et pas seulement comme modèle de référence, à partir, me semble-t-il, des années 1880. Finalement, il semble que l'histoire de la naissance de l'artiste ne peut s'opérer qu'à l'échelle de l'ensemble des champs de production culturelle qui, quoique séparés, autonomes, irréductibles, dotés chacun de leur logique propre, peuvent entrer en phase à certains moments, parce que les intérêts convergent. Évidemment, ils entrent en phase [par ( ?)] malentendus. Et c'est cette espèce d'échange trans-champs qui engendre une véritable révolution symbolique qui, autrement, je crois, n'aurait pas été possible." Pierre Bourdieu, dans Sociologie générale, Vol. 2. Cours au Collège de France, 1983-1986, Seuil/Raisons d'agir, Cours & Travaux, 2016, p.631



(Cette liste sera mise à jour au fur et à mesure, Gilbert Quélennec)
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Publications de Pierre Bourdieu: Le champ littéraire, Le champ artistique et Le champ de la critique

Pierre Bourdieu: à propos de Beethoven , de Berlioz, de Schoenberg et de Boulez, et les publications de Bourdieu sur la musique





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voir également:
 
Publications de Pierre Bourdieu:  La logique spécifique de chacun des Champs (littéraire, artistique, intellectuel, religieux, philosophique, scientifique, politique, juridique, étatique, journalistique, économique, du pouvoir) 



Pierre Bourdieu, " je pourrais dire que l'art a sûrement toujours été pour moi une question vitale. La musique, d'abord, puis les arts plastiques... "

 

 






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