"Je ne dis pas que l’État est la solution de tous les problèmes, mais l’État est une des seules armes que nous ayons pour contrôler toutes sortes de fonctionnement et de processus tout à fait vitaux, et en particulier tous ceux qui touchent à l’intérêt général et aux services publics. Je suis tout à fait favorable à la création d’un État transnational ou mondial. Mais, dans l’état actuel, c’est une utopie. Cela dit, la taxe Tobin, c’est un pas vers l’État mondial. Keynes disait déjà qu’il fallait faire une banque mondiale, ce qui va dans le sens de l’État mondial. Et il faudrait ensuite pouvoir contrôler cette banque, et prélever les impôts pour l’alimenter. Mais peut-être est-ce une utopie un peu folle. En attendant cet État mondial, je pense que les États nationaux sont le seul instrument que nous ayons pour opérer une redistribution raisonnable des revenus des plus riches aux plus pauvres, pour égaliser les chances d’accès à l’économie, à la culture. Donc, on ne peut dire qu’on va se passer de l’État.
En tout cas, ce qui est sûr, c’est que les conséquences de la destruction de l’État, on ne les verra que dans vingt ans. Par exemple, dans vingt ans on dira que le taux de cancer a augmenté dans les villes en liaison avec la pollution. Je trouve anormal que les médecins ne le disent pas maintenant. (On commence à dire très prudemment que le taux d’asthmatiques parmi les enfants a très fortement augmenté en liaison avec la pollution.)"
Bourdieu, Entretien du 26 janvier 2000 par Bertrand Chung, Mondialisation et domination : de la finance à la culture, Cités, 2012/3 (n° 51), Bourdieu politique , PUF, 2012, p.133

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jeudi 17 mai 2018

vidéo: Christel Coton, Officiers. Des classes en lutte sous l’uniforme


Christel Coton
Officiers 
Des classes en lutte sous l’uniforme
Agone
L'Ordre des choses
2017

 
Présentation de l'éditeur
La reproduction sociale dans l’armée, un éclairage sur la violence du monde social.
"Les remarques anodines sur les tares des armes non combattantes sont légion et elles contribuent toujours à les dévaluer plus ou moins gentiment.
David, saint-cyrien, évoque la piètre qualité de l’annexe « Génie de l’exercice » dont il fait partie. Damien, membre de l’infanterie, s’en amuse et, tout en élevant la voix et en bombant le torse, il lui lance : « Ça, c’est un truc que tu n’as pas encore compris. Que vous n’êtes qu’une annexe ! Sans nous, vous n’existez pas. » Il lui tend son pied à baiser et lance mi-sérieux, mi-complice : « Sans l’infanterie, vous êtes rien du tout ! Vous n’existez que par nous et pour nous ! » David ne s’en offusque pas et nourrit même l’interaction de quelques clichés bien trouvés sur les sapeurs peu disposés à se surcharger de travail."
Alors que la lutte contre le terrorisme nous habitue toujours plus à la présence de militaires dans l’espace public, et que certains en appellent à l’armée pour « recadrer » et « remotiver » la jeunesse déshéritée, on sait en réalité bien peu de choses sur cette institution. Cet ouvrage, fruit d’une enquête par immersion en milieu officier, nous ouvre les portes d’un univers encore méconnu et en renouvelle les cadres d’analyse tout à la fois sociologiques et politiques. L’auteure, sociologue, a mené cette enquête en devenant stagiaire dans une école d’état-major, puis civile « embarquée » dans un régiment de combat. On découvre une institution étonnante traversée par des conflits et des rapports de force qui nous éclairent sur la violence ordinaire du monde social. Sous l’uniforme, des tensions sociales, scolaires et politiques polarisent très fortement l’entre-soi militaire. Tout en nous apprenant qui sont les futurs chefs de l’armée française, cet ouvrage vient rappeler que tandis que la critique antimilitariste a beaucoup faibli depuis la fin de la conscription, l’armée continue de recruter largement dans les classes populaires.
Christel Coton est maître de conférences en sociologie à l’université Paris Panthéon Sorbonne, membre du Centre européen de sociologie et de science politique (CESSP-CSE). Ses recherches portent principalement sur l’institution militaire et les rapports de classe.




lundi 20 mars 2017

Christel Coton, Officiers. Des classes en lutte sous l’uniforme

Christel Coton
Officiers 
Des classes en lutte sous l’uniforme
Agone
L'Ordre des choses
2017
Présentation de l'éditeur
La reproduction sociale dans l’armée, un éclairage sur la violence du monde social.
"Les remarques anodines sur les tares des armes non combattantes sont légion et elles contribuent toujours à les dévaluer plus ou moins gentiment.
David, saint-cyrien, évoque la piètre qualité de l’annexe « Génie de l’exercice » dont il fait partie. Damien, membre de l’infanterie, s’en amuse et, tout en élevant la voix et en bombant le torse, il lui lance : « Ça, c’est un truc que tu n’as pas encore compris. Que vous n’êtes qu’une annexe ! Sans nous, vous n’existez pas. » Il lui tend son pied à baiser et lance mi-sérieux, mi-complice : « Sans l’infanterie, vous êtes rien du tout ! Vous n’existez que par nous et pour nous ! » David ne s’en offusque pas et nourrit même l’interaction de quelques clichés bien trouvés sur les sapeurs peu disposés à se surcharger de travail."
Alors que la lutte contre le terrorisme nous habitue toujours plus à la présence de militaires dans l’espace public, et que certains en appellent à l’armée pour « recadrer » et « remotiver » la jeunesse déshéritée, on sait en réalité bien peu de choses sur cette institution. Cet ouvrage, fruit d’une enquête par immersion en milieu officier, nous ouvre les portes d’un univers encore méconnu et en renouvelle les cadres d’analyse tout à la fois sociologiques et politiques. L’auteure, sociologue, a mené cette enquête en devenant stagiaire dans une école d’état-major, puis civile « embarquée » dans un régiment de combat. On découvre une institution étonnante traversée par des conflits et des rapports de force qui nous éclairent sur la violence ordinaire du monde social. Sous l’uniforme, des tensions sociales, scolaires et politiques polarisent très fortement l’entre-soi militaire. Tout en nous apprenant qui sont les futurs chefs de l’armée française, cet ouvrage vient rappeler que tandis que la critique antimilitariste a beaucoup faibli depuis la fin de la conscription, l’armée continue de recruter largement dans les classes populaires.
Christel Coton est maître de conférences en sociologie à l’université Paris Panthéon Sorbonne, membre du Centre européen de sociologie et de science politique (CESSP-CSE). Ses recherches portent principalement sur l’institution militaire et les rapports de classe.