"Une des difficultés de la lutte politique aujourd'hui, c'est que les dominants, technocrates ou épistémocrates de droite ou de gauche, ont partie liée avec la raison et l'universel: on se dirige vers des univers dans lesquels il faudra de plus en plus de justifications techniques, rationnelles, pour dominer et dans lesquels les dominés, eux aussi ,pourront et devront de plus en plus se servir de la raison pour se défendre contre la domination, puisque les dominants devront de plus en plus invoquer la raison, et la science, pour exercer leur domination. Ce qui fait que les progrès de la raison iront sans doute de pair avec le développement de formes hautement rationalisées de domination (comme on voit, dès aujourd'hui, avec l'usage qui est fait d'une technique comme le sondage), et que la sociologie, seule en mesure de porter au jour ces mécanismes, devra plus que jamais choisir entre le parti de mettre ses instruments rationnels de connaissance au service d’une domination toujours plus rationnelle ou d’analyser rationnellement la domination et tout spécialement la contribution que la connaissance peut apporter à la domination."
Pierre Bourdieu, in Intérêt et désintéressement, cours du Collège de France à la Faculté d'Anthropologie et de Sociologie de l'Université Lumière Lyon 2, les 1er et 8 décembre 1988 in Cahiers de Recherche n° 7, nouvelle publication 1er trimestre 1993, aussi Un acte désintéressé est-il possible ? in Raisons pratiques. Sur la théorie de l'action, Seuil, 1994, Points 1996, p. 167


samedi 10 mars 2012

Le beau danger. Un entretien de Michel Foucault avec Claude Bonnefoy

Le beau danger
Michel Foucault
entretien avec Claude Bonnefoy
Édition établie et présentée par Philippe Artières
EHESS
2011
Présentation de l'éditeur
Pour la première fois publié, cet entretien de Michel Foucault avec le critique d’art Claude Bonnefoy nous révèle le penseur intime, qui déroule le fil de sa vie pour décrire son rapport à l’écriture. Nous voici dans les coulisses du travail du savant.
Foucault vient d’achever les Mots et les choses et fait avec Claude Bonnefoy, critique d’art, une expérience de langage : peu habitué du genre de l’entretien, il lui est demandé d’évoquer son rapport à l’écriture. Au début réticent et inquiet, Foucault adopte pour réfléchir à la manière dont il travaille, pour dire ses difficultés d’écrivant, un registre inédit, une langue nouvelle, avoue finalement son plaisir à défaire son langage habituel. Il déroule le fil de sa vie pour dire l’histoire de son écriture, revient sur ses écrits, ceux des autres aussi, décrit le poids de son milieu « médical » où la parole était dévalorisée, les filiations repérables dans son écriture, notamment ce « regard de diagnosticien ».

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