Pierre Bourdieu, in Pour un mouvement social européen,
Le Monde Diplomatique, juin 1999 — Pages 1, 16 et 17, aussi in Contre-feux 2, Raisons d'agir, 2001, p. 13-23

"L'histoire sociale enseigne qu'il n'y a pas de politique sociale sans un mouvement social capable de l'imposer ( et que ce n'est pas le marché, comme on tente de le faire croire aujourd'hui, mais le mouvement social qui a « civilisé » l'économie de marché, tout en contribuant grandement à son efficacité ). En conséquence, la question, pour tous ceux qui veulent réellement opposer une Europe sociale à une Europe des banques et de la monnaie, flanquée d'une Europe policière et pénitentiaire ( déjà très avancée ) et d'une Europe militaire ( conséquence probable de l'intervention au Kosovo ), est de savoir comment mobiliser les forces capables de parvenir à cette fin et à quelles instances demander ce travail de mobilisation. "


jeudi 20 février 2014

Xavier Zunigo, La prise en charge du chômage des jeunes. Ethnographie d’un travail palliatif

Xavier Zunigo
La prise en charge du chômage des jeunes
Ethnographie d’un travail palliatif
éditions du Croquant
2013

Présentation de l'éditeur
Depuis quarante ans, la lutte contre le chômage des jeunes est présentée comme une « prio­rité » sinon comme une « cause nationale ». Mais, si on considère les résultats, le constat d’échec s’impose : depuis le début des années 1980, le taux de chômage des jeunes stationne aux environs de 22 % et atteint plus de 50 % chez les non-diplômés. Cependant, l’incapacité des pouvoirs publics à réduire le chômage ne signifie pas pour autant que les politiques d’insertion sont inutiles.
Si les « travailleurs sociaux » – qui se confrontent aux difficultés de ceux qui accèdent, désarmés, au marché du travail – ne sauraient résoudre le problème du chômage, ils répondent, dans l’intimité des bureaux des missions locales et des salles surchargées des organismes de formation, à de multiples autres attentes. Leurs pratiques, au jour le jour, consolident celles des cadres ordinaires de socialisation (institution scolaire, famille, groupe de pairs, etc.) pour valider les prétentions professionnelles légitimes, indiquer les opportunités ouvertes ou fermées sur le marché du travail, certifier ou renforcer la valeur professionnelle accordée aux candidats, sanctionner et réformer les conduites disqualifiantes dans les entreprises.
Ce travail d’insertion participe à l’« étayage » du rapport au travail de ces publics et ne peut, en ce sens, connaître l’échec. Il s’avère même une modalité à part entière de la gestion publique du chômage des jeunes dans la mesure où ses effets contribuent à la construction du rapport au monde de ceux qui en bénéficient.
Xavier Zunigo est docteur en sociologie. Ses travaux scientiques portent notamment sur les jeunes, et les politiques publiques. Ils ont donné lieu à de nombreuses publications scientifiques, notamment un ouvrage sur le volontariat chez Mère Teresa à Calcutta. Il enseigne notamment à l’université Paris-Dauphine et à l’École normale supérieure et poursuit aujourd’hui ses travaux dans l’agence de recherche ARISTAT dont il est le fondateur.  

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